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Vie de Saint Cyprien

Thascius Caecilius (Caecilianus) Cyprien naquit entre les années 200 et 210 apr. J.-C., au sein d’une noble famille païenne. Son père comptait parmi les plus éminents magistrats de la ville.

Il reçut une éducation de haut niveau, conforme aux exigences de son époque et à son rang social. Il acquit de vastes connaissances, notamment en logique, en philosophie et en éloquence. Il se maria et eut des enfants.

Parvenu à l’âge adulte, il devint un orateur éloquent et un maître de rhétorique, et sa renommée se répandit. Il vécut plongé dans le vice, comme beaucoup de jeunes gens de son époque. Vers l’an 246 apr. J.-C., il se convertit au christianisme par l’intermédiaire d’un vieux prêtre de Carthage nommé Caecilianus (Caecilius), et rejoignit les rangs des catéchumènes. Lorsque la grâce divine toucha son cœur, il fut profondément bouleversé par la corruption qui s’était emparée de l’humanité, tant chez les individus que dans la société et les gouvernements, et embrassa la foi chrétienne.

Il reçut le sacrement du baptême des mains de ce prêtre et, par affection pour lui, ajouta son nom au sien, devenant ainsi « Caecilius Cyprien ». Un changement radical se produisit alors dans sa vie, comme il le dit lui-même :

« Après avoir été baptisé, je fus lavé de mon passé de péchés par l’eau régénératrice du baptême, et une lumière venue du ciel se répandit dans mon cœur repentant, dissipant les doutes et chassant les ténèbres.

Ce qui me paraissait autrefois difficile me semblait désormais facile.

Ce que je croyais impossible devint une réalité.

Ma vie passée m’apparut alors comme terrestre, née de la chair, tandis que maintenant j’étais né de l’eau et de l’Esprit. Ceci est l’œuvre de Dieu. »

Après avoir reçu le baptême, Cyprien franchit quatre étapes importantes dans sa vie :

– Il vendit la plus grande partie de ses biens et en distribua le produit aux pauvres et aux nécessiteux.

– Il fit vœu de virginité avec le consentement de son épouse et confia celle-ci, ainsi que leurs enfants, au vieux prêtre Caecilianus.

– Il renonça aux sciences profanes pour se consacrer quotidiennement à l’étude de la Sainte Écriture, accordant une attention particulière aux écrits du docteur Tertullien. Le saint disait de lui-même qu’après son baptême, il avait délaissé l’éloquence humaine et cessé d’accorder de l’importance aux ornements du discours et à la recherche de belles paroles.

– Il consacra ses talents au service du Royaume de Dieu.

Moins d’un an après son accession à l’épiscopat, une violente vague de persécution éclata sous l’empereur Dèce, qui promulgua en l’an 250 un édit impérial contre le christianisme. Ce fut la première persécution générale à s’étendre à l’ensemble de l’Empire romain.

Beaucoup reçurent la couronne du martyre ; certains faiblirent et apostasièrent, d’autres prirent la fuite, tandis que d’autres encore furent comptés parmi les confesseurs. Certains renièrent la foi et offrirent de l’encens aux idoles. D’autres obtinrent de faux certificats attestant qu’ils avaient sacrifié aux dieux afin d’échapper à la torture et à la mort.

Saint Cyprien écrivit que Dieu avait permis cette terrible persécution en raison du relâchement des fidèles dans leur vie spirituelle. Après avoir connu une période de paix sous Philippe l’Arabe et son fils, le peuple s’était, selon lui, absorbé dans les gains temporels, tandis que les membres du clergé et les religieux s’étaient relâchés dans leur vocation sacrée et que le goût du luxe et du confort s’était répandu. Il voyait donc dans cette épreuve un appel à la repentance.

Cyprien jugea alors préférable de se soustraire aux regards, non par peur de la mort, mais « pour que son audace extrême n’attise pas la colère des gouverneurs », car il craignait que la persécution ne provoque la chute des plus faibles dans la foi.

Il semble qu’il ait pris cette décision à la suite d’une révélation divine. Depuis sa cachette, il continua à guider son peuple. En bon pasteur, il lui adressait des messages pour le soutenir et l’exhortait même à aimer ses persécuteurs.

Il écrivit de nombreuses lettres pour fortifier les confesseurs détenus dans les prisons et les mines, exalter la gloire du martyre et recommander aux ministres et au clergé de prendre soin des confesseurs et des martyrs sur les plans matériel, psychologique et spirituel. Il envoyait également, durant la nuit, des personnes chargées de recueillir et d’ensevelir les corps des martyrs, tout en veillant aux besoins spirituels, psychologiques et matériels de leurs familles.

Certains schismatiques tentèrent de critiquer le saint à cause de sa fuite. Mais, selon son disciple, il avançait rapidement vers la couronne qui lui était préparée et avait été préservé à ce moment-là « par ordre du Seigneur ».

La persécution dura quinze mois, durant le règne de Dèce. Après la mort de l’empereur, l’Église connut une période de repos et le saint retourna à son siège.

Saint Cyprien honora les martyrs et rassembla autour de lui les confesseurs qui avaient souffert pour la foi. Ses lettres expriment à la fois une profonde joie pour les martyrs et les confesseurs, ainsi que pour ceux qui avaient fui afin de ne pas renier leur foi, et une grande tristesse pour ceux qui avaient apostasié.

Il demanda à ces derniers de faire pénitence avec humilité et de reconnaître leurs fautes. Tout en maintenant la porte de la repentance ouverte à tous, il refusait cependant toute complaisance. Il tenait à affirmer la maternité de l’Église, qui engendre les croyants, les élève, les corrige et les accueille en son sein.

En l’an 251, les évêques d’Afrique tinrent un concile consacré à cette question, connu sous le nom de concile de Carthage, afin d’examiner la situation des apostats qui souhaitaient revenir dans l’Église.

Certains avaient renié publiquement leur foi, tandis que d’autres avaient soudoyé des magistrats païens afin d’obtenir un certificat attestant qu’ils avaient offert un sacrifice aux dieux. Saint Cyprien considérait cette dernière pratique comme une forme d’hypocrisie, et beaucoup regrettèrent leur conduite.

La sévérité des règles de pénitence dissuadait cependant certains de revenir à l’Église. Plusieurs se tournèrent alors vers les confesseurs emprisonnés pour leur foi et leur demandèrent d’intercéder auprès de l’Église afin qu’elle leur pardonne, les réadmette dans la communion et allège leur pénitence. Cette pratique engendra une certaine forme de relâchement.

Le concile se montra particulièrement ferme envers les membres du clergé qui avaient renié leur foi : ils pouvaient être réadmis parmi les fidèles, mais ne pouvaient reprendre leur ministère sacerdotal. Quant à ceux qui avaient obtenu des certificats païens, ils furent réadmis après avoir accepté les règles de pénitence qui leur étaient imposées.

Le concile excommunia Félicissime et ses partisans et exigea que les déchus fassent pénitence. Leur réadmission dans l’Église était soumise aux conditions établies par le concile.

Lorsque des barbares envahirent la province de Numidie et firent prisonniers de nombreux chrétiens, le saint encouragea les fidèles à contribuer par leurs aumônes au rachat de leurs frères captifs. Une somme importante fut ainsi recueillie et permit de libérer de nombreux croyants.

Vers l’an 251, une épidémie de peste se répandit en Éthiopie, en Égypte et à Carthage, puis continua de menacer différentes régions de l’Empire pendant de nombreuses années.

Selon son disciple Pontius, Cyprien fut comme le Tobie de son temps, prenant soin des malades et des mourants sans faire de distinction entre chrétiens et non-chrétiens. Il insista auprès de son peuple sur la nécessité de servir tous les hommes sans distinction, de faire l’aumône à tous et de pratiquer généreusement le don de soi.

Malgré la gravité de l’épidémie et le danger de contagion, les chrétiens comprirent leur mission de témoins et d’enfants de Dieu : prendre soin des personnes frappées par la maladie sans se laisser dominer par la peur de la contagion ou de la mort.

La persécution reprit en l’an 257 sous le règne de l’empereur Valérien. Cyprien fut convoqué et comparut devant le gouverneur romain d’Afrique conformément au décret impérial. Lorsqu’on lui demanda s’il persistait dans son refus de suivre la religion de Rome, il répondit qu’il était chrétien et évêque et qu’il n’adorait que le Dieu unique, Créateur du ciel et de la terre.

Aspasius, alors gouverneur de Carthage, n’osa pas mettre saint Cyprien à mort en raison du grand respect dont il jouissait auprès du peuple. Il ordonna donc son exil.

Le saint passa une année en exil, à environ cinquante milles de Carthage, où il écrivit abondamment sur le martyre. Lorsque Aspasius fut relevé de ses fonctions et remplacé par Galerius Maximus, Cyprien retourna à Carthage, aspirant à recevoir la couronne du martyre dans sa patrie et au milieu de son peuple. Dieu exauça son désir.

Saint Cyprien est considéré comme l’un des grands théologiens latins après Tertullien. Saint Jérôme dit de lui dans son ouvrage Des hommes illustres : « Il avait coutume de ne laisser passer aucun jour sans lire les écrits de Tertullien. »

Son diacre Pontius, qui l’accompagna jusqu’au jour de son martyre, nous a transmis le récit de sa vie, qu’il rédigea peu après sa mort.

Il ne faut pas confondre cet évêque martyr avec Cyprien le Magicien, mentionné dans la vie de la martyre Justine.

Le jour de son arrestation, tous venaient lui faire leurs adieux, tandis qu’il demeurait calme et digne, animé d’un esprit d’espérance et de foi. Lorsqu’il entendit au tribunal du gouverneur sa condamnation à mourir par l’épée, il répondit : « Grâces soient rendues à Dieu ; je remercie Dieu et je le bénis. »

La foule le suivit jusqu’au lieu de son martyre, à l’extérieur de la ville. Là, il ôta son vêtement sacerdotal et le remit à son diacre. Il adressa quelques paroles de consolation à son peuple, puis s’agenouilla pour prier.

Voyant le bourreau trembler, il lui donna cinq pièces d’or pour l’encourager. Certains de ses fidèles étendirent leurs vêtements sous lui afin de recueillir son sang. Cyprien se banda ensuite les yeux de ses propres mains et se remit entre les mains de son Sauveur.

C’était le 14 septembre de l’an 258. Il reçut ainsi la couronne du martyre.

Durant la nuit, les fidèles portèrent son corps à la lumière des cierges et au milieu des prières, dans un cortège de victoire, jusqu’à son dernier lieu de repos.

Parmi ses écrits les plus célèbres :

« Les yeux du porc, qui regardent toujours vers le bas, ne peuvent contempler les merveilles du ciel. Ainsi en est-il de l’âme que la chair entraîne vers le bas : elle ne peut lever son regard pour contempler la beauté d’en haut.

Elle se tourne vers les choses basses et animales. L’âme qui veut fixer son regard sur les joies célestes laisse derrière elle ce qui est terrestre et ne prend pas part à ce qui l’enchaîne à la vie de ce monde.

Elle détourne toutes les forces de son amour des choses matérielles pour les orienter vers la contemplation spirituelle de la beauté immatérielle.

La virginité du corps est profitable à une telle âme. Elle vise à créer dans l’âme un oubli complet des désirs naturels et à l’empêcher de descendre sans cesse vers la satisfaction des désirs corporels.

Lorsque l’âme s’est libérée de ces choses, elle peut tourner toute son attention vers les joies célestes et immaculées, et se détacher des habitudes qui l’enchaînent aux réalités terrestres…

Seule la pureté du cœur qui gouverne la vie peut captiver l’âme.

Par la mort, nous atteignons le port de notre patrie céleste, le repos éternel, et par elle nous obtenons l’immortalité.

Telle est notre paix et notre tranquillité, qui jaillissent de la foi, et notre repos ferme et éternel. »

Préparé par Rita, de l’équipe Voix du Seigneur

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