Vie de saint Éphrem le Syrien
Saint Éphrem le Syrien,
surnommé « Docteur de l’Église » et « Harpe de l’Esprit Saint »
(Fête le 28 janvier)
Saint Éphrem naquit vers 306 à Nisibe, en Mésopotamie, de parents chrétiens qui l’élevèrent dans la crainte du Seigneur et lui racontèrent ce que ses ancêtres avaient souffert pour garder la foi et l’amour du Christ.
Il devint le disciple de saint Jacques, évêque de Nisibe, qui le baptisa à l’âge de dix-huit ans. L’évêque l’aima beaucoup et fit de lui à la fois son disciple et son secrétaire ; il l’ordonna diacre, le revêtit de l’habit monastique et, selon la tradition, l’emmena en 325 au concile de Nicée. À leur retour, saint Jacques fonda à Nisibe une école dont il confia l’enseignement à son disciple Éphrem. Après la mort de saint Jacques, Éphrem prit la direction de l’école. C’est là qu’il composa ses magnifiques poèmes et ses hymnes émouvantes, connus sous le nom de Carmina Nisibena, qui sont un tableau remarquable de la vie de cette époque dans la région. Il y décrit ce que sa ville souffrit des sièges et des guerres : située à la frontière des empires perse et romain, elle subissait des guerres acharnées, passant tantôt sous la domination perse, tantôt sous la domination romaine. Éphrem vécut ces drames, et ses écrits montrent la foi en Dieu et la confiance en lui qui habitaient son grand cœur et celui de tout bon citoyen. Il y loue aussi les hommes d’Église qui, avec honneur, encourageaient leur peuple en temps de guerre à défendre la ville avec vaillance, jusqu’au don de leur vie.
La langue syriaque était la langue officielle d’enseignement à l’école de Nisibe, car Nisibe était au IVᵉ siècle une ville entièrement syriaque, par sa langue et sa culture. En philosophie, l’école suivait la méthode de l’école d’Antioche, qui s’appuyait davantage sur Aristote que sur Platon ; ses principes exigeaient en toute matière la simplicité de la méthode, la clarté de l’exposé et l’intelligence dans l’enseignement de la foi.
De cette école sortirent des savants remarquables, ce qui n’est pas étonnant, puisque son directeur et premier maître était Éphrem, géant de la littérature syriaque, qui depuis son jeune âge passait ses jours et ses nuits à étudier, plongé dans la lecture de la Sainte Écriture ; il en approfondit la science et maîtrisa parfaitement la langue syriaque.
Éphrem vivait toujours dans l’ascèse et jeûnait sans cesse. Saint Grégoire de Nysse le décrit ainsi : « Il ne mangeait que du pain d’orge et des légumes secs, et ne buvait que de l’eau, au point de ressembler à un squelette, ou plutôt à une statue d’argile. Quant à ses vêtements, c’était un habit usé, ou plutôt des haillons. »
Pour lui, la vie monastique n’était pas seulement mystique, retrait du monde, jeûne et prière ; c’était aussi un service de l’humanité et un moyen de préserver le patrimoine de son peuple. C’est pourquoi il fit des monastères des centres importants de science et de savoir, où les sciences et les lettres fleurirent de son temps. À son exemple, ses disciples, et après eux la plupart des moines syriaques, se consacrèrent à l’étude, à la recherche et à la composition d’ouvrages, et nous ont laissé des œuvres littéraires précieuses.
Lorsque Nisibe fut cédée aux Perses en 363, Éphrem la quitta avec un groupe choisi de maîtres et d’élèves de son école, et ils vinrent à Édesse. Éphrem y vivait tantôt en ascète dans une grotte de sa montagne sainte, tantôt se consacrait à l’enseignement dans sa célèbre école, fondée à l’aube du christianisme, qu’Éphrem et ses compagnons renouvelèrent et firent prospérer, et qui dura jusqu’en 489. Les élèves y recevaient des cours d’explication de la Bible, Ancien et Nouveau Testament, en s’appuyant sur le commentaire d’Éphrem, le plus ancien commentateur de la Bible chez les Syriaques. Ils apprenaient aussi de lui la théologie, pour établir les vérités de la foi et réfuter les enseignements de Tatien, de Marcion, de Bardesane, de Mani et d’Arius, et leurs graves hérésies. Ses écrits devinrent ainsi le modèle de l’enseignement théologique dans l’Église syriaque.
On dit qu’Éphrem rendit visite à l’abbé Bishoy et à d’autres ascètes d’Égypte, puis à saint Basile, évêque de Césarée de Cappadoce.
À Édesse, Éphrem forma le premier chœur de jeunes filles syriaques, à qui il enseigna les mélodies qu’il avait composées ou empruntées, ainsi que les poèmes spirituels et les hymnes émouvantes qu’il avait écrits, dans lesquels il exposait les dogmes et la vraie foi. C’est à Éphrem que revient le mérite d’avoir organisé la vie liturgique de l’Église syriaque et d’avoir fondé les chœurs d’église.
Quand la famine frappa Édesse pendant l’hiver 372-373 et qu’un grand nombre d’habitants moururent, Éphrem se mit à faire le tour des maisons des riches pour les exhorter aux œuvres de miséricorde ; il recueillait leurs aumônes et les distribuait aux pauvres. Il fonda aussi des maisons où il installa trois cents lits (on dit même mille trois cents), qui devinrent un refuge pour les infirmes, et il veillait lui-même à leurs soins. À la suite de la famine, une épidémie se répandit ; Éphrem se dévoua pour soigner et consoler les malades, jusqu’à en être atteint à son tour. Il supporta avec patience de vives souffrances et rendit son âme pure le 9 juin 373. Selon son testament, il fut enterré dans le cimetière des étrangers, hors de la ville d’Édesse, et un monastère, appelé le « monastère d’en bas », fut bâti sur sa tombe. Ses saintes reliques furent ensuite transférées dans le cimetière des évêques de la grande église d’Édesse ; on dit qu’elles furent transportées en Europe en 1145 avec les reliques d’autres saints. L’Église, en Orient comme en Occident, le fête.
Dans les dernières heures de sa vie, à l’agonie, il dicta en vers à ses disciples son testament, qu’ils mirent aussitôt par écrit. Il fut traduit en grec peu après sa mort, et saint Grégoire de Nysse le cite cinq fois. Dans ce testament, Éphrem confesse sa foi, montre son attachement à la doctrine chrétienne et exhorte ses disciples à l’imiter.
En raison de leur importance, les œuvres d’Éphrem furent traduites en grec de son vivant ou dans la décennie qui suivit sa mort, puis en de nombreuses langues, dont l’arabe, le latin, l’anglais, le français, l’allemand et l’italien.
Quelques-unes de ses paroles
Le sage ne hait personne ; s’il hait quelqu’un, c’est l’insensé. Mais l’insensé n’aime personne, sinon son compagnon insensé.
Acquiers l’or avec mesure, mais la science sans limite, car l’or multiplie les malheurs, tandis que la science procure le repos et le bonheur.
Sois humble dans ta jeunesse, pour être élevé dans ta vieillesse.
La sagesse vaut mieux que la parure, la science mieux que les richesses, et un jeune homme sage mieux qu’un vieux roi insensé.
L’envie est une flèche perçante qui tue celui qui la lance.
Celui qui possède de l’or pur ne craint pas qu’on l’éprouve au feu.
Ce n’est pas le grand nombre d’enfants qui fait vivre les parents.
Si le Seigneur des créatures le veut, un seul enfant en vaut beaucoup.
Paroles sur saint Éphrem
« Éphrem, vigne de Dieu aux fruits abondants… La lumière de sa vie et de sa science a illuminé le monde ; Éphrem est connu de tous ceux sur qui le soleil se lève, et seul l’ignore celui qui ignore Basile le Grand, l’astre lumineux de l’Église. » — saint Grégoire de Nysse
« Éphrem, harpe de l’Esprit Saint, trésor de vertus, consolateur des affligés, guide des jeunes gens, conducteur des égarés ; il était pour les hérétiques comme une épée à deux tranchants. » — saint Jean Chrysostome
« Il est au-dessus de toute louange ; il a orné toute l’Église de la plus belle parure et a surpassé les écrivains grecs par l’éclat de sa parole, l’originalité de sa pensée et la justesse de ses arguments. » — Sozomène, historien grec
« Éphrem, diacre de l’Église d’Édesse, écrivit de nombreux ouvrages en langue syriaque ; il acquit une telle renommée et une telle vénération que, dans certaines églises, on lit ses écrits au peuple après la lecture des Saintes Écritures. J’ai lu en grec son livre sur le Saint-Esprit, traduit du syriaque, et j’y ai reconnu, même en traduction, la hauteur de son génie. » — saint Jérôme
« Mar Éphrem, source abondante dont les eaux ont arrosé la terre de la foi, vin vieux qui tient ses qualités du sang du Golgotha… l’aigle dressé parmi les douces colombes… lui qui, à l’égal de Moïse et de sa sœur Myriam, apprit aux vierges, aux jeunes filles et à l’assemblée des fidèles des mélodies savantes où il répandit l’enseignement de la vraie Église, et par elles remporta la couronne de la victoire sur ses ennemis… le poète inspiré dont le cœur bouillonnait comme la vaste mer de discours sans nombre et d’hymnes innombrables… Il est la couronne mystique de notre nation. » — saint Jacques de Saroug






