Sainte Jeanne d’Arc
Qui est sainte Jeanne d’Arc ?
C’est une jeune sainte qui vécut à la fin du Moyen Âge ; elle mourut en 1431, à l’âge de dix-neuf ans.
Cette sainte française, souvent citée dans le Catéchisme de l’Église catholique, est une jeune femme du peuple, laïque et consacrée dans la virginité ; une mystique engagée, non pas dans le cloître, mais au milieu des réalités les plus dramatiques de l’Église et du monde de son temps. Elle est l’une des figures les plus représentatives de ces « femmes fortes » qui, à la fin du Moyen Âge, portèrent sans peur la grande lumière de l’Évangile dans les vicissitudes complexes de l’histoire.
À cette époque, l’Église vivait la grande crise du Grand Schisme d’Occident, qui dura près de quarante ans.
Quand Jeanne naquit, en 1412, il y avait un pape et deux antipapes. À ce déchirement à l’intérieur de l’Église s’ajoutaient des guerres fratricides entre les peuples chrétiens d’Europe, dont la plus dramatique fut l’interminable guerre de Cent Ans entre la France et l’Angleterre.
Jeanne naquit à Domrémy, un petit village situé à la frontière entre la France et la Lorraine. Ses parents étaient des paysans aisés, connus de tous comme de bons chrétiens. Elle reçut d’eux une bonne éducation religieuse, marquée par la spiritualité du Nom de Jésus, enseignée par saint Bernardin de Sienne et répandue en Europe par les franciscains. Au Nom de Jésus est toujours uni celui de Marie ; ainsi, dans le cadre de la religiosité populaire, la spiritualité de Jeanne était profondément christocentrique et mariale. Dès son enfance, elle manifesta une grande charité et une grande compassion envers les plus pauvres, les malades et tous ceux qui souffraient, dans le contexte dramatique de la guerre.
La vie religieuse de Jeanne mûrit comme une expérience mystique à partir de l’âge de treize ans. Par la « voix » de l’archange saint Michel, elle se sentit appelée par le Seigneur à intensifier sa vie chrétienne et à s’engager personnellement pour la libération de son peuple. Sa réponse immédiate, son « oui », fut le vœu de virginité, avec un nouvel engagement dans la vie sacramentelle et la prière : participation quotidienne à la messe, confession et communion fréquentes, longs moments de prière silencieuse devant le Crucifié ou l’image de la Vierge. La compassion et l’engagement de la jeune paysanne française face à la souffrance de son peuple furent rendus encore plus forts par sa relation mystique avec Dieu. L’un des aspects les plus originaux de la sainteté de cette jeune fille est précisément ce lien entre expérience mystique et mission politique. Après les années de vie cachée et de maturation intérieure vinrent les deux années, brèves mais intenses, de sa vie publique : une année d’action et une année de passion.
Au début de l’année 1429, Jeanne commença son œuvre de libération.
Les nombreux témoignages nous montrent cette jeune femme de dix-sept ans seulement comme une personne très forte et décidée, capable de convaincre des hommes peu sûrs d’eux et découragés. Surmontant tous les obstacles, elle rencontra le dauphin Charles, qui, à Poitiers, la soumit à un examen mené par des théologiens de l’université. Leur jugement fut positif : ils ne virent en elle rien de mal, seulement une bonne chrétienne.
Le 22 mars 1429, Jeanne dicta une lettre importante au roi d’Angleterre et à ses hommes qui assiégeaient la ville d’Orléans. Sa lettre était une véritable proposition de paix dans la justice entre les deux peuples chrétiens, à la lumière des noms de Jésus et de Marie ; mais elle fut rejetée, et Jeanne dut s’engager dans la lutte pour la libération de la ville. L’autre moment culminant de son action politique fut le couronnement du roi Charles VII à Reims, le 17 juillet 1429. Pendant une année entière, Jeanne vécut avec les soldats, accomplissant au milieu d’eux une véritable mission d’évangélisation. Jeanne voyait Jésus comme le « Roi du ciel et de la terre » ; sur son étendard, elle fit peindre l’image de « Notre Seigneur qui tient le monde », icône de sa mission politique. Nombreux sont les témoignages sur sa bonté, son courage et son extraordinaire pureté.
Tous l’appelaient, et elle-même se désignait ainsi, « la Pucelle », c’est-à-dire la vierge.
La passion de Jeanne commença le 23 mai 1430, quand elle tomba prisonnière aux mains de ses ennemis. Le 23 décembre, elle fut conduite à Rouen. C’est là que se déroula le long et dramatique procès de condamnation, qui se termina le 30 mai 1431 par le bûcher. Ce fut un procès important et solennel, présidé par deux juges ecclésiastiques, l’évêque Pierre Cauchon et l’inquisiteur Jean Le Maistre, mais conduit en réalité par un nombreux groupe de théologiens de la célèbre université de Paris, qui participaient au procès comme assesseurs. C’étaient des ecclésiastiques français qui, ayant fait des choix politiques opposés à ceux de Jeanne, portaient un jugement négatif sur sa personne et sa mission. Ce procès est une page bouleversante de l’histoire de la sainteté, et aussi une page éclairante sur le mystère de l’Église qui, selon les paroles du concile Vatican II, est « à la fois sainte et appelée à se purifier » (Lumen gentium, 8). C’est la rencontre dramatique entre cette sainte et ses juges, qui étaient des ecclésiastiques. Jeanne fut accusée et jugée par eux, jusqu’à être condamnée comme hérétique et envoyée à la mort terrible du bûcher. À la différence des saints théologiens qui avaient illuminé l’université de Paris, comme saint Bonaventure, saint Thomas d’Aquin et le bienheureux Duns Scot,
ces juges étaient des théologiens auxquels manquaient la charité et l’humilité pour voir en cette jeune fille l’action de Dieu. Viennent à l’esprit les paroles de Jésus selon lesquelles les mystères de Dieu sont révélés à qui a le cœur des tout-petits, alors qu’ils restent cachés aux sages et aux savants qui n’ont pas d’humilité (cf. Luc 10, 21). Les juges de Jeanne étaient radicalement incapables de la comprendre, de voir la beauté de son âme : ils ne savaient pas qu’ils condamnaient une sainte. Le tribunal rejeta l’appel de Jeanne au jugement du pape, le 24 mai. Le matin du 30 mai, elle reçut pour la dernière fois la sainte communion en prison, puis fut aussitôt conduite au supplice sur la place du Vieux-Marché.
Elle demanda à l’un des prêtres de tenir devant le bûcher une croix de procession. Ainsi, elle mourut en regardant Jésus crucifié et en prononçant plusieurs fois, à haute voix, le nom de Jésus. Environ vingt-cinq ans plus tard, le procès en nullité, ouvert sous l’autorité du pape Calixte III, se conclut par une sentence solennelle déclarant nulle la condamnation. Ce long procès, qui recueillit les dépositions des témoins et les jugements de nombreux théologiens, tous favorables à Jeanne, met en lumière son innocence et sa parfaite fidélité à l’Église. Jeanne d’Arc fut canonisée par Benoît XV en 1920.
C’est avec amour, et par amour pour Jésus, que Jeanne travailla à la libération de son peuple et pour la justice humaine. Son engagement est un bel exemple de sainteté pour les laïcs engagés dans la vie politique, surtout dans les situations les plus difficiles. La foi est la lumière qui guide tout choix.
Sainte Jeanne d’Arc a profondément influencé une jeune sainte des temps modernes : Thérèse de l’Enfant-Jésus. Dans une vie tout autre, passée au cloître, la carmélite de Lisieux se sentait très proche de Jeanne, vivant au cœur de l’Église et participant aux souffrances du Christ pour le salut du monde. Elle exprima le désir de mourir comme Jeanne, en prononçant le nom de Jésus, et elle était animée du même grand amour pour Jésus et pour le prochain, vécu dans la virginité consacrée.
Sa fête est le 30 mai.






