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Le jeûne et l’abstinence de la Mère de Dieu, du 1er au 14 août

Le jeûne et l’abstinence de la Mère de Dieu, du 1er au 14 août

1. Le jeûne de la Mère de Dieu
L’Église exulte de joie à l’arrivée du jeûne de la Mère de Dieu, et les fidèles jeûnent volontiers. Le jeûne de la Vierge est l’un des jeûnes importants et aimés d’un grand nombre de chrétiens pratiquants. On dit que c’est le peuple fidèle qui l’a introduit dans le calendrier de l’Église, car jusqu’au XIe siècle il ne figurait pas parmi les jeûnes prescrits par le droit canonique, et on ne le trouve dans aucun canon sur le jeûne.
Ce jeûne était connu comme le jeûne des vierges ; on le considérait comme un soutien de la pureté et de la virginité, et c’est pourquoi il était surtout pratiqué par les ascètes et les moines.
Puis le peuple se mit à le pratiquer à tous les niveaux, en faisant une occasion de renouveau de la vie spirituelle et un temps de conversion.
Dans ce jeûne, la Vierge Marie est le modèle vivant de la pureté et de la virginité, mais aussi l’intercesseur fidèle par qui nous recevons de Dieu la force et la grâce de mener cette vie.
Le secret de ce jeûne tient donc à celle qui en est la patronne : la Vierge est une puissante intercesseur pour tous ceux qui recourent à elle dans la foi, l’espérance et l’amour. Cela offre, dans l’Église, l’une des plus belles images spirituelles : un peuple qui s’engage dans ce jeûne sans obligation ni directive, ce qui laisse penser que ce jeûne est entré dans le cœur du peuple par la bonne porte, par amour et par conviction.

2. Les fêtes de la Mère de Dieu, la Vierge Marie
La Vierge Marie tient dans l’Église une place éminente et singulière dans la liturgie et la vie des fidèles. Elle a cinq fêtes :
sa Nativité (8 septembre), son Entrée au Temple (21 novembre), la Présentation du Seigneur au Temple (2 février), l’Annonciation (25 mars) et sa Dormition (15 août).
Il faut remarquer ici que même les fêtes liées à la Vierge Marie sont à l’origine liées au Seigneur Jésus : on les appelle « fêtes du Seigneur », parce qu’elles sont rattachées au Seigneur. La raison en est que la théologie de l’Église byzantine est liée au Seigneur Jésus et tourne autour de lui, car il en est le centre.
La Vierge Marie a aussi d’autres fêtes, comme :
la Synaxe de la Mère de Dieu (26 décembre), juste après Noël ; la Déposition de la ceinture de la Vierge (31 août) ; la Déposition du vêtement de la Vierge (2 juillet) ; la Source de vie (le vendredi après Pâques) ; et la Grande Hymne acathiste (le vendredi de la cinquième semaine du Carême).

3. La vénération de la Mère de Dieu
L’Évangile de Luc nous présente l’Annonciation, et comment Dieu, par l’ange, l’appela pleine de grâce et bénie entre toutes les femmes, et comment l’Esprit de Dieu descendit sur elle.
Mais cela ne fait absolument pas d’elle un objet d’adoration : elle est l’objet d’une vénération, car l’adoration n’est due qu’à Dieu, le Seigneur Jésus-Christ, et à nul autre.
À côté de l’Annonciation, nous trouvons dans l’Évangile des événements qui mettent en lumière l’importance de la Vierge Marie :
– les événements autour de la Nativité ;
– sa visite à Élisabeth, qui lui dit : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » ;
– la Présentation de Jésus au Temple ;
– les noces de Cana, où elle signale au Seigneur que le vin manque et dit aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » ;
– sa présence au pied de la croix.

4. La Dormition de la Mère de Dieu
La Sainte Écriture ne dit rien de la Dormition de la Mère de Dieu, mais les Pères, dans leurs homélies, citent de nombreux versets bibliques qui évoquent la Dormition de la Vierge et son élévation avec son corps :
– La parole de David : « Monte, Seigneur, vers le lieu de ton repos, toi, et l’arche de ta force » (Ps 131, 8 selon la Septante ; Ps 132, 8). Selon l’interprétation des Pères, ce verset signifie que le Christ a fait entrer au ciel le corps d’où il était né selon la chair.
– On s’appuie aussi sur cette parole de David : « À ta droite, la reine, parée de l’or d’Ophir » (Ps 44, 10 selon la Septante ; Ps 45, 10). Nous voyons dans ce verset la Vierge Marie parée d’un vêtement royal, se tenant à la droite du Seigneur, c’est-à-dire au ciel.
– On cite aussi un verset de l’Apocalypse de Jean : « Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles » (Ap 12, 1).
Les versets cités ne sont que des symboles bibliques qui touchent au thème de la Dormition de la Mère de Dieu et de son élévation au ciel avec son corps. Le fondement du récit de la Dormition de la Vierge nous vient de la Tradition.

5. La Dormition de la Vierge et son élévation au ciel avec son corps
La source où les Pères ont puisé le récit de la Dormition de la Vierge et de son élévation au ciel avec son corps est un écrit apocryphe (les récits du « Transitus Mariae ») qui circulait dès les premiers siècles, y compris dans des milieux gnostiques. Il rapporte sa dormition et son élévation corporelle au ciel telles que nous les connaissons aujourd’hui. Cet écrit fait partie des apocryphes qui racontent la vie de la Vierge Marie et dont l’Église a retenu certains éléments.
Dans les premiers siècles, l’Église fit circuler le récit de la Dormition de la Vierge avec une grande prudence, entre acceptation et refus, et cela jusqu’au VIe siècle.
Mais, à cause de l’apparition de l’hérésie nestorienne, l’Église accueillit de la tradition transmise tout ce qui concernait la glorification de la Vierge et son honneur. De nombreux Pères consolidèrent ce récit dans leurs écrits et leurs homélies, notamment saint Modeste de Jérusalem et André de Crète.
À la fin du VIe siècle, saint Grégoire le Grand, dans son sacramentaire, mentionna la Dormition de la Vierge Marie et son Assomption.
À la fin du VIe siècle également, saint Grégoire, évêque de Tours, écrivit un livre intitulé « La Gloire des martyrs », où il dit : « Le Seigneur fit enlever le corps de la Vierge et le transporta sur les nuées au ciel. »
Nous trouvons aussi des homélies célèbres qui témoignent de cette fête, prononcées par saint Germain, patriarche de Constantinople, et par saint Jean Damascène.
Saint Jean de Thessalonique parla aussi de la fête dans la première moitié du VIIe siècle. L’idée de l’Assomption de la Vierge ne s’est clarifiée qu’entre la fin du VIe et le début du VIIe siècle.
Pour les quatre premiers siècles, il n’existe aucun témoignage sur la Dormition de la Vierge, si ce n’est un passage du livre « Les Noms divins » attribué à Denys l’Aréopagite.
On trouve aussi, dans une chronique attribuée à Eusèbe de Césarée, cette phrase : « En l’an 48 après Jésus-Christ, Marie fut élevée en personne au ciel, selon ce qu’on trouve écrit par des personnes qui ont attesté que cela leur avait été révélé personnellement. »
Il existe aussi une homélie sur le même sujet attribuée au bienheureux Augustin, mais certains disent qu’elle serait de saint Jérôme.
La rareté des informations et le peu d’intérêt pour les détails de la Dormition de la Vierge Marie et de son Assomption, ainsi que l’apparition tardive de la fête au VIe siècle, s’expliquent par la crainte de l’Église qu’un excès dans la vénération de la Vierge ne conduise les fidèles à une sorte d’idolâtrie, comme les païens qui adoraient de nombreuses fausses « mères des dieux ». L’adoration n’est due qu’à Dieu seul.
Le retard de la célébration de la Dormition de la Vierge s’explique aussi par les persécutions que l’Église subit dans les premiers siècles : elle ne put pratiquer tous ses rites et son culte qu’après la fin des dix grandes persécutions.

6. La fixation de la date de la fête de la Dormition
La tradition ecclésiale de l’Assomption de la Vierge Marie au ciel après sa dormition remonte, dit-on, aux temps apostoliques ; sinon, l’Église tout entière ne la célébrerait pas.
Le premier à fixer cette fête au 15 août et à ordonner qu’elle soit célébrée dans tout l’Orient avec une grande solennité fut l’empereur Maurice, vers l’an 600. Le pape Grégoire le Grand, lui aussi, prescrivit la célébration de la fête. En Occident, avant cette date, on la célébrait le 18 janvier.
La fête fut ensuite introduite dans le calendrier de l’Église de Rome. Au VIIe siècle, le pape Serge ajouta une procession pour rehausser l’éclat de la fête. Puis, au IXe siècle, le pape Léon IV lui donna une octave. En Orient, la fête reçut une clôture (apodose), une vigile monastique (qui dure toute la nuit) et un jeûne de quatorze jours (du 1er au 14 août).
L’empereur Andronic consacra tout le mois d’août à la glorification et à l’honneur de la Mère de Dieu, en 1297. C’est pourquoi l’Église appelle ce mois d’août le mois de la Vierge Marie, très sainte Mère de Dieu.
Le mois d’août a donc un caractère marial : les quatorze premiers jours ne sont qu’une préparation à la fête, et les jours suivants, jusqu’à la clôture, n’en sont que le prolongement.

7. La théologie de la fête de la Dormition de la Mère de Dieu
On a employé le mot « dormition » plutôt que « mort » ou « décès » pour deux raisons principales :
– La première : dans le christianisme, la mort n’a pas le dernier mot. Dans le Symbole de Nicée-Constantinople, par exemple, il n’est pas dit du Christ qu’il est mort, mais qu’il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, qu’il a souffert, qu’il a été mis au tombeau et qu’il est ressuscité des morts.
– La seconde : le Christ l’a élevée avec son corps après qu’elle se fut endormie et eut reposé au tombeau, sans connaître la corruption.
Il faut noter que la proclamation du dogme de la Mère de Dieu (Théotokos) au concile d’Éphèse (en 431) a ouvert la voie à la compréhension de son élévation après sa dormition naturelle.
Sachant que l’Église de Jérusalem avait institué la mémoire de la Dormition de Notre-Dame, la Mère de Dieu, vers l’an 425, avant le concile d’Éphèse, il est donc certain que l’Église de Jérusalem voyait dès cette époque la Vierge Marie dans la gloire céleste.

8. Marie et Jésus dans la théologie
Depuis le concile d’Éphèse, l’Église a compris qu’il y a entre la Mère et le Fils une unité absolue, bien que la Vierge Marie soit sur la terre et dans le temps, tandis que le Christ, qui possède la nature divine parfaite, est dans le ciel et dans l’éternité. L’Église croit aussi que le Fils de Dieu, qui a pris la nature humaine dans le sein de la Vierge, devait faire entrer dans sa gloire la servante de l’Incarnation, sa Mère.
Dieu s’est incarné de la Vierge Marie et a pris une nature humaine complète sans rien perdre de sa divinité ; quant à la Vierge Marie, elle est devenue la Mère de Dieu incarné, appelé Fils de Dieu et Fils de l’homme, parce qu’il possède les deux natures complètes, divine et humaine. Ainsi Marie a obtenu la gloire et n’a pas connu la corruption du tombeau et de la mort. Et ainsi rien n’a pu séparer la Mère du Fils, pas même dans le corps.

9. Marie et l’Esprit Saint
L’élévation de la Vierge Marie, avec son corps et son âme à la fois, après sa mort, est le fruit de l’action de l’Esprit Saint en elle. Celui qui est descendu sur elle et l’a rendue apte à devenir la Mère du Fils de Dieu est le même qui achève son œuvre en elle, vivifie son corps mortel et le fait passer dans la gloire.
L’Esprit Saint est la puissance vivifiante et infinie de Dieu. C’est par cette puissance que Jésus guérissait les malades, chassait les démons et ressuscitait les morts ; c’est par elle aussi qu’il est lui-même ressuscité des morts, et par elle qu’il ressuscitera les morts.
Quant à la Vierge Marie, elle s’est livrée entièrement à l’action de l’Esprit Saint. C’est pourquoi elle a obtenu, dès sa dormition, la résurrection du corps, sans corruption.

10. Marie et l’humanité
Les premiers chrétiens croyaient que la Vierge Marie avait obtenu, trois jours après sa mort, la résurrection du corps, qui est le destin de tous les croyants à la fin des temps.
L’élévation de la Vierge Marie au ciel après sa dormition est un honneur rendu directement à toute l’humanité.
Le corps de la Vierge, semblable au nôtre, a été jugé digne de cet honneur et de cette gloire anticipée, comme gage et preuve de la résurrection que connaîtront tous nos corps.
Dieu s’est incarné pour sauver l’homme, l’unir à lui et le relever de l’abîme de la perdition et de la corruption.
Et voici la Vierge qui en est le témoin.

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