Explication de l’icône de la Dormition de la Mère de Dieu
Cette icône alépine est riche en éléments qu’on trouve rarement dans d’autres icônes de la Dormition. Par exemple, il est inhabituel de voir représentée la mise au tombeau de la Vierge : c’est une scène qu’on ne lit ou ne voit qu’ici. S’y ajoutent des personnages qu’on ne trouve pas d’ordinaire dans l’icône de la Dormition. Tout cela enrichit l’icône et lui donne un éclat qui la distingue des autres.
La Vierge, au centre de l’icône, est étendue sur une sorte de lit, dont la partie inférieure est joliment décorée, recouvert d’un drap rouge, avec un oreiller rouge. Le corps de Marie est légèrement incliné vers celui qui regarde, avec beaucoup de douceur. Son visage respire la paix et le calme, comme si elle dormait. Ses mains sont croisées, et elle porte une robe brune (signe de la nature humaine mortelle) et un manteau doré (signe de la divinité).
Le Seigneur apparaît debout au centre de l’icône, son corps entouré d’une splendide auréole de lumière éternelle sur fond sombre, surmontée de l’inscription IC XC, en grec, c’est-à-dire Jésus-Christ. Le Seigneur porte un vêtement doré qui couvre tout son corps et ses mains, dans lesquelles il tient un petit enfant enveloppé de blanc, d’où rayonne la lumière : c’est la Vierge Marie, qui naît de nouveau au ciel dans les mains de son Fils, son Seigneur et son Dieu.
Des anges entourent le Seigneur des deux côtés. Les deux premiers portent un flambeau ; ils sont suivis de deux anges qui croisent les mains sur la poitrine et portent des vêtements dorés. On voit quatre autres anges de chaque côté, qui entourent le Seigneur et le désignent de la main ; sur la tête de chaque ange brûle une petite flamme rouge.
À droite et à gauche de la Mère de Dieu, on voit dix apôtres dont le visage est marqué par la tristesse.
D’un côté :
1. Pierre se tient à la tête de la Vierge, un encensoir à la main.
2. L’apôtre Philippe.
3. Denys l’Aréopagite tient un livre où l’on lit, en arabe : « Salut, toi qui passes de la terre aux demeures célestes. Va en paix. Salut, toi qui as rassemblé en une seule assemblée, sur une nuée légère, le cortège des disciples. Salut, espérance de notre salut. »
4. Jacques, frère du Seigneur ; tous deux portent des vêtements sacerdotaux.
5. L’apôtre Barnabé.
6. L’évangéliste Marc.
7. L’apôtre Barthélemy.
8. L’apôtre Thaddée.
9. L’évangéliste Luc.
10. Jacques.
De l’autre côté :
1. L’évangéliste Jean, penché sur les pieds de la Vierge, un encensoir à la main, comme s’il embrassait sa civière avec une profonde tristesse.
2. L’apôtre Paul, tenant une feuille ouverte où il est écrit : « Réjouis-toi, Mère de la vie, cause de ma prédication ; car bien que je n’aie pas vu le Christ dans la chair, en te voyant, il me semble le voir lui-même. »
3. Onésime.
4. André, tenant une lettre roulée.
5. Jacques.
6. Hiérothée, en vêtements sacerdotaux, tenant un livre ouvert où il est écrit : « Ô Vierge, en qui a habité la Vie de tous, je te vois étendue, les mains… les épaules… et je suis saisi d’étonnement, ô Toute-Pure. »
7. L’évangéliste Matthieu.
8. L’apôtre Tite.
9. Simon.
10. Timon. On voit aussi trois femmes, en correspondance avec les femmes du côté droit, qui se couvrent le visage de leurs mains voilées par leur manteau.
En haut de l’icône, on voit le Temple ; à gauche, un rocher surmonté d’un petit édifice au-dessus duquel est écrit, en calligraphie arabe, « Gethsémani ». Dans le tombeau apparaît la Vierge enveloppée de bandelettes ; deux personnages, sous le tombeau, portent le couvercle, tandis que trois apôtres d’un côté et cinq de l’autre s’efforcent de déposer la Vierge. Au-dessus, deux anges semblent ouvrir les portes des cieux pour accueillir la Vierge ; à l’intérieur de cette porte, des demi-cercles, avec à droite le soleil et à gauche la lune, qui ont chacun un visage. Au centre, la Vierge occupe encore la place principale : elle porte une robe dorée et un manteau rouge orné de trois étoiles. On la voit tendre la main droite pour donner la sainte ceinture à l’apôtre Thomas. Douze petites nuées sont réparties symétriquement, chacune portant un apôtre.
Le Nouveau Testament
Le Nouveau Testament ne nous donne pas d’informations particulières sur l’enfance de la Vierge ou sur sa vie privée : les évangélistes n’ont parlé de la Vierge que dans la mesure où elle était liée au Christ. Les événements de sa vie qui ne concernaient pas directement le Christ ont été laissés de côté, mais on les trouve dans certains livres apocryphes, comme le Protévangile de Jacques, l’Évangile du Pseudo-Matthieu, l’Évangile de Thomas, l’Histoire de Joseph le charpentier et le Livre du Passage de la très sainte Marie. Les informations contenues dans ces livres nous permettent de reconnaître certains éléments visibles dans l’icône.
Le lieu de la sépulture
Selon la tradition de notre Église, la Dormition de la Mère de Dieu eut lieu le 15 août. La Vierge avait coutume d’aller au pied du mont des Oliviers, au jardin de Gethsémani, qui appartenait à la famille de Zébédée ; elle s’y prosternait, arrosait la terre de ses larmes et offrait d’ardentes prières. À l’approche de la fin de son séjour terrestre, elle reçut la consolation d’un ange du Seigneur qui lui révéla son prochain départ vers le ciel : l’ange Gabriel lui annonça : « Voici ce que dit ton Fils : les jours où je vais te prendre auprès de moi sont proches, car dans trois jours tu passeras à la vie éternelle. » On rapporte que la Vierge vécut environ soixante-cinq ans sur la terre, que sa dormition eut lieu à Jérusalem, et qu’elle demanda que son corps très pur soit enseveli au mont des Oliviers, dans le jardin de Gethsémani, où avaient été ensevelis ses parents Joachim et Anne et son époux saint Joseph. On comprend ainsi pourquoi la sépulture eut lieu à Gethsémani.
La présence des femmes
On rapporte que la Vierge se rendit à Bethléem sous la pression des Juifs. Le texte dit que la Vierge réunit autour d’elle toutes les femmes du voisinage et leur dit : « Paix à vous, mes sœurs. Je veux aller à Bethléem et demeurer dans ma maison là-bas, car les Juifs m’empêchent d’aller prier près du tombeau et au Golgotha, de peur que je ne provoque un tumulte. Si l’une de vous veut venir avec moi, qu’elle vienne, car j’ai confiance dans le Seigneur qui est au ciel et qui accomplit ses promesses. » Le texte ajoute que « trois saintes vierges partirent avec elle et la servaient… ». Et dans le récit du trépas de Marie, on mentionne la présence d’Ève, la première mère, d’Anne, mère de la Vierge, et d’Élisabeth, mère de Jean. Tout cela peut nous expliquer la présence des femmes.
L’arrivée des apôtres sur les nuées
La tradition de notre Église rapporte que la Mère de Dieu demanda à voir, avant de quitter ce monde, les saints disciples dispersés à travers le monde pour annoncer l’Évangile, afin de leur dire adieu. Elle annonça à Jean le bien-aimé son prochain départ ; Jean l’annonça à Jacques, frère du Seigneur, et Jacques à tous les fidèles de Jérusalem et des environs. Une grande foule de fidèles vint alors se rassembler autour de la Mère de Dieu. Soudain, on entendit un bruit comme le tonnerre, et une nuée lumineuse enveloppa la maison. Par ordre de Dieu, les apôtres dispersés à travers le monde furent enlevés et amenés tous à Jérusalem, sauf l’apôtre Thomas, et ils furent déposés devant la porte de la maison où demeurait la Mère de Dieu. C’est pourquoi nous lisons dans le Ménée, aux vêpres : « Les apôtres porteurs de Dieu furent enlevés de toutes parts, montés sur les nuées au signe divin. »
Et aussi dans l’exapostilaire du ton 3, aux matines de la fête :
« Apôtres, rassemblés ici des extrémités de la terre, dans le village de Gethsémani, ensevelissez mon corps ; et toi, mon Fils et mon Dieu, reçois mon esprit. »
L’homme aux mains coupées
La tradition rapporte qu’après la Dormition de la Mère de Dieu, pendant le transfert de son corps de Sion, à travers Jérusalem, jusqu’à Gethsémani, une nuée ronde en forme de couronne, rayonnant d’une lumière splendide, accompagnait le cortège. Beaucoup de Juifs qui n’avaient pas cru au Christ, entendant ces chants extraordinaires, quittèrent leurs maisons et se joignirent à la foule. Lorsque les grands prêtres et les scribes l’apprirent, ils s’enflammèrent de haine, excitèrent certains et envoyèrent les serviteurs du Temple et des soldats pour disperser le cortège, avec l’ordre de tuer les disciples du Christ et de brûler le corps de la Mère de Dieu.
À ce moment, un prêtre juif nommé Athonios, ou Athanase selon certains, passait sur le chemin. Voyant les saints apôtres et la foule des chrétiens portant des cierges et chantant autour du cortège de la Mère de Dieu, il fut rempli de haine et de jalousie ; il se précipita vers la civière pour jeter à terre le corps de la Vierge. Mais à peine ses mains eurent-elles touché la civière qu’elles furent tranchées par le coup invisible d’un ange, armé du glaive de la colère divine ; elles restèrent collées au lit, et il tomba à terre en pleurant et en gémissant. Cela amena un grand nombre de Juifs à reconnaître le Seigneur Jésus comme le vrai Dieu, et sa Mère, la Vierge Marie.
Athonios reconnut alors son péché ; il se repentit et appela les apôtres : « Ayez pitié de moi, serviteurs du Christ ! » Pierre lui répondit : « Nous ne pouvons pas te guérir ; le Seigneur seul te donnera la guérison. » Alors Athonios s’écria d’une voix forte, confessant que le Christ est le Fils de Dieu, le Sauveur du monde, qu’on l’avait livré par jalousie et qu’il était ressuscité le troisième jour. Lorsqu’Athonios eut confessé et regretté son péché, les apôtres et tous les fidèles se réjouirent du salut de cette âme perdue. Saint Pierre lui ordonna de placer ses bras coupés contre les mains restées collées à la civière et d’invoquer avec foi la Mère de Dieu. Dès qu’il le fit, ses mains se ressoudèrent aussitôt, et il ne resta de l’amputation qu’une ligne rouge autour des coudes. Alors il se prosterna devant la civière, glorifiant le Seigneur Jésus et sa Mère très sainte, puis il se joignit à la foule qui accompagnait le cortège vers Gethsémani. Il fut ensuite baptisé. Cet épisode apparaît clairement dans l’icône de la Dormition.
La venue du Seigneur et de ses anges
À l’approche de l’heure de sa dormition, la Vierge leva les mains vers le ciel et demanda aux apôtres d’allumer l’encens et de prier, car le Christ venait avec ses anges sur un trône de chérubins. Une lumière céleste indicible illumina la chambre, et l’on entendit du ciel une voix semblable au tonnerre. C’est pourquoi nous voyons dans l’icône les deux chandeliers, ainsi que les encensoirs.
Le Christ, Roi de gloire, apparut, entouré des anges, des archanges et de toutes les puissances célestes, et avec eux les patriarches, les saints et les prophètes qui avaient prophétisé au sujet de la Vierge très pure. Saint Jean Damascène, décrivant cet événement, dit qu’il y avait aussi avec eux Anne, mère de la Mère de Dieu, Élisabeth, Abraham, Isaac, Jacob, David et le chœur des saints. Voyant son Fils s’approcher, elle s’écria d’une voix forte : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! » (Lc 1, 46-47)
Elle se leva de son lit comme pour aller à sa rencontre et se prosterna devant lui. Il la regarda et lui dit : « Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens » (Ct 2, 10). Elle se leva, bénit chaque disciple de sa main et rendit gloire à Dieu. Puis elle se recoucha sur son lit et remit son esprit très pur entre les mains de son Fils. Le Seigneur tendit ses mains très pures et reçut son âme sainte, exempte de toute souillure, sans qu’elle ressentît aucune douleur : c’était comme si elle s’endormait. « Celui qu’elle avait enfanté sans corruption et porté sans douleur reçoit maintenant son âme, séparée de son corps très pur. » C’est pourquoi nous voyons le Seigneur tenir dans sa main un petit enfant, image de son âme très pure.
Nous lisons ainsi aux vêpres, au « Seigneur, je crie vers toi », ton 5 : « Chantez, peuples, la Mère de notre Dieu, chantez, car aujourd’hui elle a remis son âme toute lumineuse entre les mains très pures de Celui qui s’est incarné d’elle sans semence… » Et aussi, à l’avant-fête de la Dormition, aux matines, dans le Triode : « Ô Mère de Dieu toute louée, les anges des cieux ont exulté lorsqu’ils t’ont reçue montant de la terre. »
L’ascension de la Vierge et son passage par les portes
Nous lisons aux grandes vêpres : « Les puissances célestes suprêmes vinrent avec leur propre Maître pour accompagner le corps qui a reçu Dieu, digne de tout honneur ; saisies de crainte, elles le précédaient d’une manière qui dépasse le monde, et criaient invisiblement aux chefs des ordres célestes : Voici que vient la Reine de tous, la divine Jeune Fille ; levez les portes et recevez, d’une manière qui dépasse le monde, la Mère de la lumière inépuisable. » Ce passage nous montre clairement pourquoi des portes s’ouvrent au sommet de l’icône et pourquoi des anges portent la Vierge. Car elle est montée avec son corps, comme nous le lisons à l’avant-fête : « Ô Mère de Dieu très sainte, ton tombeau divin est désormais vide de ton corps, mais il est rempli de grâce, car il répand pour nous des fleuves de guérisons, dissipant toute faiblesse. »
La ceinture donnée à Thomas
La tradition rapporte qu’au moment de la dormition de la Mère de Dieu, saint Thomas annonçait l’Évangile en Inde. Une nuée transporta les apôtres à Gethsémani, sauf saint Thomas, par une disposition divine, afin que les fidèles soient confirmés dans la foi en la résurrection du Christ grâce au doute de Thomas. Le troisième jour après l’ensevelissement, une nuée enleva saint Thomas et l’amena dans les airs, au-dessus du tombeau de la Vierge. De là, il vit son corps s’élever au ciel ; elle dénoua sa ceinture et la lui donna. Thomas descendit alors et trouva les autres disciples qui gardaient le tombeau de la Mère de Dieu ; il leur demanda d’ouvrir le tombeau pour voir son corps très pur et lui dire adieu. Lorsque les apôtres ouvrirent le tombeau, ils restèrent stupéfaits en découvrant que son corps avait disparu : il ne restait que les linges funéraires, d’où émanait un parfum indicible. Thomas leur raconta alors qu’il avait vu son corps s’élever au ciel et qu’elle lui avait donné sa précieuse ceinture ; et ils furent remplis de joie.
Conclusion
Ce travail est une modeste tentative de comprendre et de lire cette icône. Je crois que la meilleure conclusion est un apostiche de l’office de la fête, qui résume tout ce qui a été dit : « Ô Vierge Mère de Dieu, lorsque tu passas vers Celui qui est né de toi de manière ineffable, étaient présents Jacques, frère du Seigneur et premier hiérarque, Pierre, le vénérable coryphée, chef des théologiens, avec tout le chœur divin des apôtres, proclamant clairement des paroles divines et chantant le mystère divin et stupéfiant de l’économie du Christ Dieu ; et ils préparaient avec joie ton corps, principe de vie et réceptacle de Dieu, ô toute glorieuse. Les puissances angéliques très saintes, penchées d’en haut, étaient saisies d’étonnement et se disaient les unes aux autres : Levez vos portes et recevez la Mère du Créateur du ciel et de la terre, et célébrons par des hymnes de gloire son corps. »
Père Gérard Abi Saab






