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La fête de la Nativité de la Vierge Marie

La fête de la Nativité de la Vierge Marie

La naissance de la Vierge Marie a changé la face de la terre défigurée par le péché et a inversé le cours de l’histoire. Par cette naissance, Dieu, le Seigneur Créateur, a rendu à la création son éclat et sa splendeur d’origine. Cette naissance fut un défi lancé à une humanité déchue : le péché et ses conséquences — la haine, l’aversion, la convoitise et l’égoïsme — n’ont pu dominer Marie, conçue sans péché originel. Elle a bénéficié par avance des grâces salvifiques du Christ Rédempteur.

Et Dieu le Père, en choisissant la Vierge Marie comme « mère » de son Fils unique, et par sa naissance merveilleuse, a surpris le peuple élu, et surtout ses chefs, égarés dans diverses philosophies très éloignées de sa logique divine, et l’a appelé à revenir à son authenticité : « C’est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n’en était pas ainsi » (Mt 19, 8).

Dieu le Père a choisi la Vierge Marie parmi les filles de sa race, elle qui était sans tache, qui vivait dans la simplicité d’une villageoise et agissait avec la douceur des enfants de Dieu. Et lorsque le temps de l’attente fut accompli : « L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : “Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi” » (Lc 1, 26-28).

Par sa naissance, unique en son genre, le Christ a renversé les idées reçues : il a cherché pour sa naissance une place dans une petite ville, et non dans les palais, et il a choisi une fille d’une humble maison, et non une reine ou une princesse : « Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël » (Mt 2, 6). Et quand le Seigneur du ciel et de la terre se manifesta à elle, il ne lui imposa pas sa volonté, mais lui proposa ce qu’il s’apprêtait à accomplir, et attendit son consentement : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »

Car l’amour ne force ni ne contraint personne : il attire à lui. L’amour n’enchaîne personne : il libère de tout ce qui asservit. L’amour n’agit pas dans le tumulte et le désordre : il crée dans le calme et le silence.

La naissance de la Vierge Marie est aussi devenue la naissance d’une mentalité nouvelle, car l’amour pousse à la compréhension et à la connaissance pleine et vraie. Lorsque Marie entendit la salutation de l’ange et comprit le fond de son message et la volonté divine, elle saisit avec une entière clarté sa proposition dans tous ses aspects et toutes ses exigences. Et c’est en toute responsabilité qu’elle donna son accord à l’appel du Très-Haut ; elle y adhéra et s’y engagea, bien que l’enfant fût « destiné à provoquer la chute et le relèvement de beaucoup en Israël ; il sera un signe de contradiction — et toi, ton âme sera traversée d’un glaive —, ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre » (Lc 2, 34-35).

La naissance de la Vierge Marie est devenue la naissance d’une vie nouvelle. Alors que les grands et les notables attendaient de tous les honneurs, des petits comme des grands, l’obéissance du peuple et le service des serviteurs…, la Vierge Marie est venue renverser ces idées. Voici qu’après avoir appris de l’ange la nouvelle surprenante concernant sa parente Élisabeth — « Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu » —, « Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth » (Lc 1, 36-40).

La Vierge Marie avait pleinement conscience de sa grandeur, et elle reconnut que tout vient de Dieu : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles » (Lc 1, 47-49).

Par sa glorieuse naissance, la Vierge Marie a ouvert une page nouvelle dans l’histoire de l’humanité : « Le Christ s’est manifesté parmi nous, lui qui siège ici sur l’autel. La voix de la paix s’est fait entendre, le saint baiser a été donné, l’inimitié a disparu et l’amour s’est répandu sur chacun » (liturgie arménienne).

La naissance de la Vierge Marie sur la terre, passant par les étapes de cette vie mortelle et éprouvée au creuset des difficultés de l’existence, devient une vie glorifiée et éternelle, en pleine harmonie avec la vie de la Sainte Trinité et en elle. La Vierge Marie est le vrai tabernacle, où le Christ, Dieu Sauveur, a demeuré neuf mois ; et jamais elle n’a gardé égoïstement son trésor pour elle seule. Elle l’a porté comme lumière au monde assombri par la matière, et comme amour ouvert à une humanité aveuglée par son égoïsme. Toute son existence a trouvé son sens dans le Christ et avec lui. Son unique souci est de donner le Christ à chacun de nous et à tous les hommes, car il est « le Chemin, la Vérité et la Vie ».

Chaque instant de la vie de la Vierge Marie brûlait de l’amour de l’Esprit Saint et de sa lumière, qui éclairait ses chemins vers le bonheur éternel. Chaque étape de sa vie sur la terre était foi vivante, espérance ferme et amour ardent. Et elle ne cesse de répandre cet amour et cette lumière dans nos cœurs assoiffés de la transparence des enfants de Dieu. La Vierge Marie a cru au Dieu tout-puissant et a mis en lui toute son espérance : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni » (Lc 1, 42).

Cette grâce n’a pas tenu la vie de la Vierge Marie à l’écart des peines, des difficultés, des épreuves et du calvaire, qui auraient pu la détourner de sa voie et du but de sa vie. Mais sa fermeté face à tous ces obstacles a été couronnée par la joie de l’Assomption au ciel, avec son âme et son corps, pour y être établie Reine du ciel et de la terre. Du haut du ciel, elle veille sur notre vie et nous offre son Fils, source et fin de notre vie chrétienne.

Ô Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Mère ! Donne-nous ton Fils, lumière sur notre chemin dans cette vallée de larmes, et fais de ces larmes des sourires de foi, d’espérance et d’amour. Intercède pour nous, afin que nous soyons dans notre vie des temples vivants, portant au monde malheureux et désespéré le Sauveur bien-aimé, Jésus-Christ.

Mgr Krikor-Augustin Coussa

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