Je jeûnerai, mais…
Je jeûnerai pour ceux que la vie a forcés à jeûner, privés d’une galette de pain, et qui se sont endormis sous une tente de réfugiés, tandis que la faim restait à garder la porte de la tente.
Je jeûnerai pour ceux que le chef a fait jeûner exprès, pour qu’ils viennent frapper à sa porte le matin en mendiant une assiette de nourriture, et qu’ils votent pour lui le soir… et la patrie est restée exilée loin de ses enfants.
Je jeûnerai pour les hommes d’Église – et j’en suis un – qui ont privé les fidèles du pain du ciel, pour aller aux tables appétissantes des riches dévorer, au nom de la religion, la nourriture des pauvres… et le moule des hosties est resté vide.
Je jeûnerai pour les savants qui ont découvert un remède mais privent les malades de la santé ; ils ont adoré l’argent, et l’homme est resté la proie de la maladie, du médicament et de l’homme… et la Vierge a pleuré de nouveau sur Jésus crucifié sur le bois de l’argent.
Je jeûnerai pour les dirigeants des États qui ont privé tant de gens de travail, de voyage, de rêve, de retrouvailles avec leurs proches, de paix, parce que leur sécurité passe avant leur foi… et Lazare le pauvre est resté sept siècles à leur porte, l’injustice et la tyrannie infectant ses plaies.
Je jeûnerai pour ceux qui ont lavé le cerveau de nos jeunes gens et de nos jeunes filles avec l’eau du fanatisme : l’un a mis l’image du Christ sur son arme et a combattu pour « libérer », l’autre a collé un verset sur son poignard et a égorgé des enfants pour convertir les autres de force… et la religion est restée une usine à terrorisme, et les démons ont emporté les lambeaux de l’humanité à Lucifer.
Je jeûnerai pour les trafiquants de drogue qui habitent des palais bâtis sur l’overdose d’un jeune mort à vingt ans… des trafiquants qui habitent des palais bâtis sur les larmes de parents qui ont tout vendu pour sauver leur fille de l’addiction ; et les voici aujourd’hui, les parents et la fille, sous le pont, dépendants ensemble des larmes et du désespoir… et le grand trafiquant est resté sur son balcon, fumant sa pipe sur les cadavres des jeunes… Hier, ce dernier a donné de l’argent pour construire une mosquée et une église.
Je jeûnerai pour celui qui a fait renvoyer son collègue pour monter en grade aux dépens de la pauvreté de son collègue. Je jeûnerai pour celui qui est entré dans la vie d’un couple pour commettre l’adultère sur le lit des enfants du couple.
Je jeûnerai pour celui qui a trompé son frère pour hériter plus que lui.
Je jeûnerai pour celui qui a quitté celle qu’il aimait pour l’argent et la gloire… et l’humanité a continué de saigner sur les pages de la vie.
Je jeûnerai pour tous ceux-là, afin qu’ils se convertissent, qu’ils brûlent au feu de l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu.
Je jeûnerai pour tous ceux-là, afin que le fouet du Christ brise leurs temples, leurs idoles, leur argent, leurs trafics et leurs vices… Alors la cendre fleurira sur mon front, à moi aussi : lumière et amour. Et j’entendrai sûrement la Mère de l’humanité, Marie, s’écrier de toute sa voix : « Mon fils est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! »
(P. Fadi Rouhana)





