La résurrection du fils de la veuve de Naïm
Nous avons entendu dans l’Évangile d’aujourd’hui le récit d’un miracle accompli par Jésus dans une ville appelée Naïm : une mère veuve marche derrière le corps de son fils unique, noyée dans un océan de tristesse, de douleur, de désespoir et de larmes. L’Évangile nous dit qu’en la voyant, Jésus fut saisi de compassion pour elle. Ici, nous voyons Jésus plongé dans un océan de consolation, de compassion et d’amour pour les gens, portant leurs soucis, avec un désir sans fin d’essuyer les larmes de leurs yeux. Mais se soucier de l’autre, porter les soucis des gens et avoir compassion d’eux ne s’arrêtent pas à de simples sentiments.
Ici nous nous demandons : comment traduire ces sentiments en actes ? On dira peut-être que les problèmes des gens dépassent nos moyens. Mais je me demande : quels étaient les moyens de Mère Teresa de Calcutta ? Il nous manque deux choses : d’abord, savoir que nos moyens, si petits soient-ils, restent grands, comme l’obole de la veuve ; ensuite, décider et avoir la volonté de transformer nos sentiments en actes. L’Écriture dit : « Les désirs du paresseux le tuent. » Jésus n’était pas paresseux : il s’approcha du cercueil, le toucha et dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » Aussitôt la vie revint dans ce jeune homme, et il se mit à parler. Peut-être a-t-il dit : « Pourquoi vous me portez ? Qu’est-ce qui se passe ? » Et nous aussi, nous nous demandons, après une crise, une chute, un coma, une guérison, un accident de voiture : que s’est-il passé ? Qui m’a protégé ? Qui m’a guéri ? Qui m’a sauvé ? Mais la plupart du temps, nous ignorons qu’à chaque instant le Seigneur nous relève de toutes sortes de dangers de mort.
La raison est claire : Jésus fait tout pour nous, parce qu’il aime les gens. Il nous aime chacun personnellement : « Je te le dis, lève-toi. Je te le dis : je suis avec toi, n’aie pas peur. » À cette veuve, il a dit deux petits mots : « Ne pleure pas. » Et à toi comme à moi, il dit aujourd’hui : « Ne pleure pas. » Je sais que tu es fatigué, que tu es fatiguée. Je sais que tes soucis pèsent comme des montagnes sur tes épaules, et qu’il y a une grande blessure en toi. Je sais que tu es traité injustement, que tu es perdu et que tu désespères de la vie. Je sais que tu es jeune, que les soucis de l’école et de l’université t’épuisent, et que l’incompréhension des gens et de tes parents te fait mal. Je sais que les habitudes qui te dominent t’ont rendu captif, et que ta dépendance t’enferme derrière les barreaux d’une douleur amère. Je sais que tu as quitté ta terre et que la nostalgie te brûle. Je sais que le souci de tes enfants et de leur avenir t’a volé ta joie et ta paix. Je sais que ta maladie a brisé ta dignité et changé ton visage et ton cœur. Je sais que la vieillesse est un tunnel difficile, étroit et sombre. Je sais, je sais, je sais… Jésus connaît notre faiblesse, et ce n’est pas seulement au fils unique de la veuve de Naïm qu’il a ordonné de vaincre la mort : à nous aussi il l’a ordonné, et il nous l’ordonnera par sa mort sur la croix, par amour pour nous, pour que nous soyons les enfants de la résurrection.
Nous devons compter sur la parole de Jésus, qui a dit à chacun de nous : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. » Nous attendons toujours un miracle, et nous oublions que le miracle est un signe, et que le signe est la parole du Seigneur par laquelle il nous guérit. Un verset de l’Évangile n’est pas moins puissant que le signe qu’est un miracle. Le signe et le miracle sont un enseignement, une parole qui montre le sens de l’Évangile et de son message, et pas seulement la grandeur et la puissance de Dieu.
Si aujourd’hui tu es en montée ou en descente, dans la joie ou la tristesse, dans la faiblesse ou la force, dans l’échec ou la réussite, Jésus te dit dans l’Évangile d’aujourd’hui : ne pleure pas, ne t’inquiète pas, n’aie pas peur, ne sois pas triste, n’abandonne pas, ne désespère pas, ne perds pas la foi ; je suis à côté de toi, je suis avec toi, je suis à toi, je t’aime, je te sauve, je te guéris, je te fortifie, j’essuie tes larmes ; mais toi, crois, et tout est possible à celui qui croit. Amen.
Homélie de Mgr Ibrahim Ibrahim




