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Lettre de Carême de Mgr Ibrahim Ibrahim, évêque des Melkites catholiques du Canada

Lettre de Mgr Ibrahim Michael Ibrahim

par la grâce de Dieu, évêque des Grecs-melkites catholiques du Canada, que nous sommes fiers d’avoir pour guide spirituel de notre radio, la radio Sawt el Rab.
Carême 2017
Aux pères, aux diacres, aux moines et moniales, aux fidèles et aux amis de notre éparchie gardée par Dieu.
Mes chers enfants,
Le Carême est un temps de pénitence, de prière, d’aumône et d’entraînement équilibré de l’âme et du corps, pour nous préparer à accueillir la fête des fêtes, la plus grande de toutes : la résurrection d’entre les morts de notre Seigneur Jésus-Christ.
Pour vivre ce temps saint en profondeur et en vérité, nous devons spiritualiser nos choix, afin de ne pas nous laisser dominer par des pratiques routinières qui rendraient nos efforts stériles et sans fruit. Le jeûne a deux ailes inséparables : si l’une d’elles est paralysée, le jeûne tombe en plein vol et ne peut plus s’élever.

La première aile, c’est le jeûne lui-même, c’est-à-dire s’abstenir de nourriture pendant des temps déterminés, et l’« abstinence » bien connue, qui vise à entraîner le corps aux mortifications et à la maîtrise de soi, pour créer un point de rencontre entre l’âme qui aspire au bien et à la sainteté, et le corps qui doit s’élever à la hauteur de cette quête de justice et de pureté. Le premier péché est né, symboliquement, d’un fruit défendu, lorsque le Seigneur Dieu donna cet ordre à Adam : « Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras » (Genèse 2, 16-17). Mais « la femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea » (Genèse 3, 6). Le péché est attirant et désirable, il est agréable aux yeux, mais il a pour fruit la mort et la ruine. Et ce que le péché corrompt en nous, la grâce le purifie, dans le Christ Jésus notre Sauveur, qui a changé la nourriture qui tue en nourriture qui donne la vie, devenant pour nous l’arbre de vie : qui en mange ne mourra jamais. « Prenez, mangez : ceci est mon corps » (Matthieu 26, 26).

La seconde aile, c’est la prière, la charité vécue, la mise en valeur et la pratique des vertus évangéliques, et le bien accompli à partir de la valeur et de la dignité infinie de l’autre, parce qu’il est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, même s’il est différent de moi par la race, la couleur, la religion ou la croyance. Cette seconde aile consiste aussi à ne pas m’ériger en juge des autres, et à garder la volonté du Christ qui nous a commandé : « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; le jugement que vous portez contre les autres sera porté contre vous ; la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. Quoi ! tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Comment vas-tu dire à ton frère : “Laisse-moi enlever la paille de ton œil”, alors qu’il y a une poutre dans ton œil à toi ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère » (Matthieu 7, 1-5).
Spiritualiser le jeûne, c’est donner à nos décisions et à nos actes la couleur de l’Esprit, pour qu’il n’y ait plus de divorce entre ce que nous disons et ce que nous faisons. À quoi sert-il au jeûneur de mortifier et de dompter son corps, si le fruit n’en est pas le bien et la bonté ? Combien de fois jeûnons-nous de nourriture sans jeûner de déchirer les autres ! Comme le dit saint Basile le Grand : « Tu ne manges peut-être pas de viande, mais tu dévores ton frère. Tu t’abstiens de vin, mais tu ne mets pas de frein aux passions qui brûlent dans ton âme. Tu attends le soir pour manger après le jeûne, mais tu passes toute la journée dans les tribunaux à plaider. »
Spiritualiser les pratiques du jeûne, c’est faire de notre conscience le juge de nos actes. À quoi me sert-il d’accomplir le jeûne comme un devoir accommodé à mes envies, à mes plaisirs et à mon confort ? Par exemple, je peux m’abstenir de viande le vendredi alors que je suis végétarien : quel mérite ai-je ? Ou remplacer la viande par les poissons les plus chers, ou bien observer parfaitement le jeûne tout en dépensant sans compter, sans faire l’aumône à mon frère étouffé par le besoin.
Spiritualiser le jeûne, c’est ne pas m’attacher à la lettre, au point de devenir esclave du sabbat et d’étouffer l’Esprit qui cherche à guider mes pas. Pour tout cela, je vous invite à vivre un jeûne fondé sur l’équilibre et l’harmonie entre la foi et les œuvres. Un jeûne spiritualisé, où l’amour abonde et où les simples pratiques comptent moins. Que tout notre jeûne soit fondé sur l’amour, afin que le « moi » diminue en nous, que le Seigneur grandisse en moi et que l’autre trouve sa place dans ma vie et dans mes préoccupations.
Pour conclure, je vous souhaite un Carême béni, où vous marcherez d’un pas assuré vers la participation à la victoire du Christ dans la Pâque glorieuse, en ouvrant à Dieu les portes de nos cœurs et en partageant avec le faible et le pauvre nos biens et la joie de la Résurrection. Je me confie, ainsi que mon éparchie, à l’intercession et à la protection de la très sainte Mère de Dieu toujours vierge Marie, lui demandant de garder le Canada et notre cher Orient de tout mal, de nous rendre la paix et de répandre sur notre éparchie du Canada

les bénédictions de son Fils, le Sauveur Jésus-Christ. Alléluia.

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