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Méditation du troisième dimanche du Carême : dimanche de la Vénération de la sainte Croix (Marc 8, 34 – 9, 1)

Méditation du troisième dimanche du Carême : dimanche de la Vénération de la sainte Croix (Marc 8, 34 – 9, 1)

L’homme ne réussit dans son combat contre le péché que s’il combat uni au Christ. Et voici la Croix plantée au milieu du grand Carême pour nous fortifier et être pour nous une échelle céleste, par laquelle nous montons avec le Crucifié vers les hauteurs et ressuscitons avec lui pour atteindre les cieux.
Selon la tradition, c’est le 6 mars 326 que sainte Hélène, mère de l’empereur saint Constantin le Grand, retrouva la précieuse Croix. L’Église aurait dû fêter l’Exaltation de la Croix ce jour-là, le 6 mars. Mais l’empereur construisait alors l’église de la Résurrection à Jérusalem ; c’est pourquoi l’Exaltation de la Croix n’eut lieu qu’en 335, le 14 septembre, après la dédicace de l’église de la Résurrection la veille, le 13 septembre. Sainte Hélène s’était endormie dans le Seigneur vers 330.

Mais comme la Croix avait été retrouvée le 6 mars (calendrier oriental), en plein grand Carême, l’Église ne pouvait passer sous silence ce grand événement : elle a fixé la vénération de la Croix chaque année au troisième dimanche du grand Carême et lui a donné une place éminente.

Ce jour-là, nous approchons de la mi-Carême, et nous voyons que certains fidèles se lassent de ce combat et se fatiguent. Pour qu’ils n’abandonnent pas cet effort et ne tombent pas dans la tentation, l’Église notre Mère élève la Croix devant leurs yeux en procession ; ils s’avancent pour la vénérer et l’embrasser, afin de se rappeler qu’ils sont crucifiés avec le Christ et qu’ils aspirent à sa résurrection.
Lorsqu’ils ont embrassé la Croix, élevée sur un plateau et entourée de basilic ou de fleurs, le prêtre donne à chacun une fleur, pour leur rappeler que par la Croix la joie est venue dans le monde entier ; et ainsi ils sont fortifiés.
C’est à cause de cette mémoire que nous lisons l’Évangile où le Seigneur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » C’est un appel à suivre Jésus dans notre vie quotidienne, à nous inspirer de lui dans tout ce que nous faisons, à obéir à son enseignement, et à ne suivre ni personne d’autre ni nos convoitises.

Car la Croix est la source de tous les biens : à la Croix le péché est mort, et à la Croix la mort est morte. Tout ne s’est pas arrêté à la Croix : la résurrection l’a suivie. Le Seigneur n’est passé à la résurrection que par la Croix. Un philosophe athée (Nietzsche) a dit, pour se moquer des chrétiens : « Il n’y a eu qu’un seul chrétien, et il est mort sur la croix. » Voilà notre défi permanent : prouver que nous sommes comme notre Christ ; sinon, le christianisme est mort avec le Christ sur la croix !

Il y a plusieurs fêtes où nous célébrons la sainte Croix, dont la plus importante est l’Exaltation de la Croix le 14 septembre ; et aujourd’hui, la fête de la Vénération de la précieuse Croix, au milieu du saint jeûne de quarante jours. Nous remarquons la différence entre les textes de l’Écriture choisis pour ces fêtes. À la fête de l’Exaltation de la Croix, nous lisons la lettre de l’apôtre Paul où il dit que la Croix est notre fierté, alors qu’elle est scandale pour les uns et folie pour les païens ; et l’Évangile raconte la crucifixion du Christ entre deux larrons. Tout cela renvoie au sens même de la fête : la découverte de la Croix du Christ par la reine Hélène, et la Croix vue comme le signe de la victoire chrétienne.

Mais dans les lectures choisies pour aujourd’hui, la fête de la Vénération de la Croix, nous lisons un passage de la lettre aux Hébreux qui parle du Christ comme grand prêtre et de son sacrifice. Et l’Évangile ne nous parle pas de la Croix comme d’une histoire, mais comme d’une cause : il nous parle du don de soi chez les disciples du Christ.

Oui, la Croix du Christ, grand prêtre, fut son autel. La Croix est l’autel sur lequel le Christ est devenu celui qui offre et celui qui est offert, le sacrificateur et le sacrifice, le prêtre et la victime. Voilà le vrai sens de la Croix : « l’autel ». C’est pourquoi nous la vénérons ; c’est pourquoi nous la portons sur notre poitrine, nous en traçons le signe et nous l’élevons dans nos maisons… Tout lieu doit devenir un autel où et sur lequel le chrétien s’offre lui-même en sacrifice. Sinon, la parole du philosophe se vérifie en nous : le Christ fut le dernier chrétien.

On reconnaît les chrétiens au message de la Croix, c’est-à-dire à l’offrande constante d’eux-mêmes sur cet autel aux deux bois, l’horizontal et le vertical. Les chrétiens en sont fiers, et ils se servent de la sainte Croix en tout temps et en tout lieu. Nous dressons la Croix comme un autel, pour y offrir chaque action en sacrifice d’amour. Quand nous portons la Croix sur notre poitrine, c’est en réalité elle qui nous porte. Tout lieu où le signe de la Croix a été élevé ou tracé ressemble aux pierres qu’Abraham assembla pour y offrir Isaac en sacrifice. La Croix est un autel pour le Seigneur.

Traçons le signe de la Croix avant le repas, et nous comprendrons que notre part est ce dont nous avons besoin, que le reste est la part de l’autre, et qu’assouvir l’égoïsme est refusé. Traçons le signe de la Croix avant de disposer de toute somme d’argent, et nous comprendrons aussitôt que l’argent n’est pas à nous, que notre part est notre besoin, et que le reste appartient aux autres. Traçons la Croix sur tout ce que nous regardons, et comprenons que nous n’en retenons que la chasteté. Rappelons-nous la Croix avant chaque parole que nous prononçons, et elle nous conduira à la sagesse. En un mot, crucifions tous nos désirs, et ils ressusciteront sains, purifiés par elle de tout égoïsme. Le propre des disciples de Jésus est de marcher à sa suite, crucifiés sur l’autel de l’amour vivant. La Croix est un autel qui fait passer notre vie d’une vie de larrons à une vie de prêtres. L’égoïsme est un brigandage ; le don de l’amour est un sacerdoce. Porter la Croix ainsi, c’est cela même le jeûne. Ces pratiques sont nos jeûnes.

Le jeûne, en profondeur, est une immolation continuelle, et ses blessures se poursuivent pour guérir notre égoïsme. Le jeûne fait de nous des prêtres de l’amour divin, qui vivent non pour eux-mêmes mais, comme notre Maître, pour les autres. C’est pourquoi le jeûne va de pair avec la Croix, comme l’amour avec l’autel.

Le Christ est l’amour sacrifié sur la Croix. Et notre amour pour lui nous élève sur notre propre croix dans l’Église, pour que nous soyons des sacrifices et des holocaustes d’amour et d’humanité pour tout homme.

Voilà l’autel nouveau : notre croix quotidienne, que nous portons partout, en suivant les pas de notre Maître ; ainsi nous devenons ses disciples, nous mourons avec lui d’une mort semblable à la sienne et nous ressuscitons avec lui d’une résurrection semblable à la sienne.

Nous adorons ta Croix, ô notre Maître, et nous chantons et glorifions ta sainte Résurrection. Amen.

P. Gérard Abi Saab

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