Saint Nimatullah Kassab Al-Hardini
(Sa vie et ses miracles)
Joseph Kassab naquit en 1808. Son père était Girgis Kassab et sa mère Mariam Raad, fille du curé Youssef Yaacoub. Il avait quatre frères, parmi lesquels Élias, et l’ermite Élisée, qui mena la vie érémitique au monastère de Qozhaya, puis à l’ermitage du monastère d’Annaya. Dès son jeune âge, Nimatullah était pieux, religieux et craignait Dieu. Son père l’envoya à l’école des moines du monastère de Houb, où il apprit les rudiments de la lecture, de l’écriture et de la langue syriaque.
À vingt ans, l’appel du Christ s’était enraciné en lui ; il se rendit au monastère Saint-Antoine de Qozhaya et entra au noviciat en novembre 1828. Il prit un nouveau nom et devint frère Nimatullah. Au monastère, il apprit la reliure, qu’il maîtrisa parfaitement. Le noviciat durait deux ans : si le novice montrait durant ce temps son aptitude à la vie religieuse, il pouvait prononcer ses vœux, revêtir le schéma et devenir membre à part entière de l’Ordre. Au terme de ses deux années de formation, Nimatullah prononça ses premiers vœux le 14 novembre 1830. Frère Nimatullah fut envoyé au monastère Saint-Cyprien de Kfifane, où se trouvait l’école de théologie qui formait les séminaristes.
Au terme de ses études, il fut ordonné prêtre par Mgr Simon Zouein, vicaire patriarcal, sur ordre du patriarche Joseph Hobeiche, le 25 décembre 1833. Il fut élu assistant général au conseil de l’Ordre trois fois de suite. Tout en exerçant cette charge, il continua d’enseigner les enfants dans les écoles de l’Ordre et la théologie aux séminaristes ; parmi ses élèves figurait saint Charbel.
Le père Nimatullah était un homme de prière et de piété, particulièrement dévoué au Saint-Sacrement et à la Vierge Marie. Jour et nuit, il ne cessait de prier, de méditer et de s’entretenir avec Dieu. Aux heures d’épreuve et de trouble, il courait à l’église, se prosternait devant la statue de la Vierge Marie et lui demandait son aide.
Al-Hardini ne dédaignait aucun travail qu’on lui confiait ; jamais il ne refusa un ordre. Il était au contraire un travailleur actif et zélé, toujours prêt à aider un confrère dans le besoin. Aussi était-il respecté de ses supérieurs, aimé de ses frères moines et de tous ceux qui le connaissaient. Il offrait tout son travail comme une prière au Seigneur Jésus-Christ.
En décembre 1858, au monastère Saint-Cyprien, il fut exposé au vent du nord, connu pour ses effets redoutables ; il tomba malade et une forte fièvre le cloua au lit. Il restait silencieux, rendant grâce à Dieu pour son état. Les remèdes prescrits ne l’améliorèrent pas, et les médecins désespérèrent de sa guérison. Ses souffrances augmentaient de jour en jour et l’épuisaient. Le père Nimatullah subit trois crises violentes en dix jours, et il rendit l’âme au dernier jour, à minuit, le mardi 14 décembre 1858, à l’âge de cinquante ans. Au moment où son âme pure quitta son corps, il s’assit sur son lit, serra entre ses mains une image de la Vierge Marie en murmurant : « Ô Marie, je te remets mon âme », puis il s’allongea et rendit l’esprit.
Après sa mort, des témoins oculaires rapportent qu’une lumière brillait sur le lieu où il avait été enterré. Ce phénomène étrange se répéta plusieurs nuits. Bientôt, le parfum de sa sainteté se répandit dans toutes les régions du Liban ; les gens accouraient pour visiter sa tombe et recevoir sa bénédiction, et de nombreux miracles eurent lieu.
Al-Hardini, plongé dans les mystères de Dieu, reçut de lui, de son vivant, le don d’accomplir des miracles. Après sa mort, on l’appela à juste titre le saint de Kfifane et le saint de la vie commune. Les gens affluaient avec foi pour être témoins de cet événement surnaturel qui annonçait la naissance d’un nouveau saint. L’un de ses directeurs spirituels, le père Raphaël Bzaouni, rapporta avoir vu un rayon de lumière sortir de sa bouche à l’heure où son âme pure se sépara de son corps.
Moins d’un an après son inhumation, les supérieurs décidèrent d’ouvrir le tombeau pour recueillir ses restes, afin qu’ils ne se perdent pas parmi ceux des autres moines défunts. Quelle ne fut pas leur surprise : son corps était intact, préservé de la corruption, sans aucune odeur désagréable ; rien n’avait changé en lui. Le patriarche Massaad ordonna alors de placer le corps dans un cercueil particulier et de le laisser dans le caveau commun, où il resta jusqu’en 1862.
Avec la bénédiction du patriarche cardinal Mar Nasrallah Boutros Sfeir, on ouvrit le procès d’enquête sur le miracle de la guérison d’André Najm. Le dossier fut reçu par la Congrégation pour les causes des saints à Rome ; les cardinaux de la Congrégation reconnurent à l’unanimité l’authenticité du miracle devant le pape Jean-Paul II. En conséquence, la béatification fut célébrée au Vatican par le pape le 10 mai 1998.
Six ans plus tard, le pape Jean-Paul II l’éleva au rang des saints, le 16 mai 2004.
Quelques-uns de ses miracles durant sa vie terrestre
La connaissance des choses cachées :
– Alors qu’il était à genoux en prière, il appela le berger du monastère et lui demanda de faire sortir vite les vaches de l’étable ; à peine les avait-il fait sortir que l’étable entière s’effondra.
La multiplication des provisions :
– Le père Bernard, supérieur du monastère de Qattara, apprenant que les provisions du monastère étaient presque épuisées, appela le père Nimatullah et lui demanda d’entrer dans la réserve pour voir ce qu’il fallait. Al-Hardini se tint à la porte de la pièce, récita une courte prière et bénit ; puis il prit un peu d’eau, la bénit et en aspergea les sacs. Peu après, l’économe vint voir ce qui restait des provisions : il trouva les sacs pleins, et se mit à crier de toutes ses forces : « Miracle, miracle ! »
Miracles survenus après sa mort
– En 1891, les médecins ne parvenaient pas à guérir le futur père Mansour Awwad, alors encore enfant, avec les moyens dont ils disposaient, et ils avertirent ses parents qu’il mourrait tôt ou tard. Mais ses parents ne désespérèrent pas : ils demandèrent avec foi l’intercession du père Nimatullah pour sauver leur enfant. Dieu entendit leur prière et accorda à Mansour la guérison. Par reconnaissance, Mansour se consacra à Dieu dans le sacerdoce.
– À la suite d’un accident, John Chahwan eut de la matière cérébrale qui sortait de la tête, et ses intestins s’enroulèrent autour des roues d’une bicyclette. Alors qu’on le croyait mort, sa mère dit aux médecins que son fils était encore vivant, même s’ils avaient perdu tout espoir : « C’est ce qu’Al-Hardini m’a assuré. » Quelque temps après, chaque organe reprit sa place sans l’intervention des médecins.
– Mariam Antoun, qui faisait la lessive au monastère de Kfifane, déclara qu’elle avait complètement perdu la vue ; elle demanda l’intercession du saint, qui l’exauça.
– Une femme druze stérile raconta qu’elle craignait que son mari ne la répudie si elle ne lui donnait pas d’enfant. Sur le conseil d’une voisine maronite, elle fit le vœu d’aller visiter le saint de Kfifane si elle avait un enfant. Dieu lui accorda un fils, mais son mari ne lui permit pas de faire cette visite, et l’enfant mourut. Elle fit de nouveau le vœu et eut un autre fils ; son mari refusa encore la visite, et l’enfant mourut. Elle eut un troisième fils, qui tomba malade ; elle supplia alors son mari de l’accompagner pour accomplir son vœu au tombeau du saint. En chemin, l’enfant devint un corps froid, mais elle ne laissa pas son mari le porter, pour qu’il ne s’en aperçoive pas. Après deux heures et demie de route, ils arrivèrent à Kfifane ; elle déposa l’enfant sous le cercueil du saint et sortit en se lamentant. Et voici qu’un moine l’appela pour qu’elle vienne reprendre son enfant, car il pleurait. Elle accourut, serra son enfant contre elle et se mit à crier que le saint le lui avait rendu de la mort.
– André Najm naquit en 1966 en parfaite santé. Mais en juin 1986, il commença à ressentir une grande faiblesse et un épuisement nerveux ; il ne pouvait plus marcher, même sur une courte distance. Après des examens au Liban et à l’étranger, les médecins diagnostiquèrent une anémie grave due à une aplasie de la moelle osseuse, qui exigeait d’importantes transfusions de sang et une greffe de moelle. Mais la greffe était impossible, car il n’avait ni frère ni sœur. Les médecins, désespérant de son état, proposèrent à ses parents de le ramener à la maison pour y mourir. Mais sa foi et celle de ses parents furent plus fortes que le désespoir. Le 27 septembre 1987, André se rendit avec ses parents et ses amis au tombeau du vénérable père Nimatullah Al-Hardini. Il s’agenouilla devant le tombeau et s’écria avec foi : « Par ton intercession, saint Nimatullah, obtiens-moi une goutte du sang de Jésus présent dans l’hostie, et je suis sûr que je guérirai. » Aussitôt, il sentit comme des fils électriques parcourir ses veines et son sang, et il éprouva un feu, une force et une paix qu’il n’avait jamais connus. Il se mit à marcher et à courir seul, sans aide. Dès cet instant, André fut guéri et n’eut plus besoin d’une seule goutte de sang. C’est ce miracle qui fut retenu pour la béatification du vénérable père Al-Hardini.




