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Le samedi des défunts

Pourquoi y a-t-il un samedi des défunts, et pourquoi célébrons-nous pour eux le sacrifice de la Divine Liturgie ?

Nous pouvons prier pour les défunts, et surtout faire mémoire d’eux dans le sacrifice de la Divine Liturgie, car la Liturgie est l’achèvement de toutes les prières et le sommet de la communion chrétienne.
Si les Juifs demandaient le pardon de leurs péchés et de ceux de leurs défunts par le sang des animaux, combien plus les chrétiens par le sang du Christ !
Rien n’égale, pour les âmes des défunts, la grâce de la Divine Liturgie et des saints Dons ; rien d’autre ne peut apporter aux défunts le bonheur et la béatitude, ni le paradis, ni le sein d’Abraham, ni l’absence de tristesse, de douleur et de gémissement, rien de plus que cette coupe et ce pain. Saint Jean Chrysostome insiste sur le profit que les défunts tirent surtout du Sacrifice divin : « Si les sacrifices que Job offrait chaque jour à Dieu pour ses enfants avaient une telle force pour obtenir le pardon de leurs péchés, comment pourrions-nous douter de ce que le Sacrifice divin peut apporter aux défunts, alors que nous avons le Corps et le Sang du Christ, versés pour purifier le monde entier ? » Et il poursuit : « Quand tout le peuple se tient avec les prêtres, les mains levées dans la prière, pour accomplir le redoutable Sacrifice divin, comment n’obtiendrions-nous pas la bienveillance de Dieu envers les défunts en priant pour eux ? Confiants dans la miséricorde de Dieu, nous devons prier et supplier pour eux et faire mémoire d’eux avec les martyrs, les confesseurs et les prêtres. » Saint Syméon de Thessalonique affirme lui aussi la nécessité et le bienfait du Sacrifice divin pour les défunts.

Il le montre par les nombreux miracles dont il a été témoin ou dont il a reçu le récit par écrit. C’est pourquoi l’Église insiste et enseigne que les proches des défunts ne doivent pas quitter l’église avant la fin de la Liturgie, juste après l’office des défunts, car la communion et l’action de grâce en sont la partie la plus importante. De telles habitudes vont à l’encontre du sens même de la prière pour les défunts. Elles viennent de l’ignorance de la profondeur de notre foi et de l’oubli qu’il n’y a pas, dans le christianisme, de salut individuel ni de prières privées : il y a une seule Église, dont chacun, vivant ou défunt, est membre ; elle prie pour lui et porte ses demandes, et lui prie en elle et avec elle.
L’absence des proches du défunt à la communion, c’est-à-dire au cœur même de cette commémoraison, va donc contre son sens. Saint Éphrem le Syrien, peu avant sa mort, dit en faisant ses adieux à ses disciples : « Prenez garde, mes frères : quand viendra le jour de ma commémoraison, ne péchez pas contre les saints Dons, mais approchez-vous-en avec recueillement et humilité, avec la dignité qui convient, dans la pureté et la vigilance, de peur que je ne paraisse plus condamné à cause de votre conduite inconvenante. » Car dans la Divine Liturgie, toute l’Église, l’unique Corps du Christ, les vivants et les défunts, communie dans une unité solide, où les affligés sont consolés et les défunts reposent en paix.

On peut aussi prier à tout moment pour les défunts hors de la Divine Liturgie, par un office particulier appelé « Trisagion ». L’Église du Christ a reçu des prescriptions mêmes des Apôtres (Constitutions apostoliques, livre VIII, chapitre 42) l’usage de faire mémoire des défunts le troisième, le neuvième et le quarantième jour, et ainsi de suite. Le choix de ces jours n’a aucune explication métaphysique : il vient d’une part de raisons pratiques, comme abrégé des quarante Liturgies que l’on célébrait autrefois pour l’âme des défunts, et que l’on célèbre encore aujourd’hui dans les monastères ;

et d’autre part, ces jours sont des multiples du chiffre trois, cher aux chrétiens, comme le nombre de la Trinité et le troisième jour, jour de la résurrection du Christ. En plus de ces jours liés à chaque décès, l’Église a fixé deux samedis dans l’année où nous célébrons la mémoire des défunts : le samedi qui précède le dimanche de Carnaval (de l’abstinence de viande) et le samedi qui précède la Pentecôte. Chaque samedi de la semaine est d’ailleurs consacré liturgiquement aux défunts, selon le cycle liturgique hebdomadaire où chaque jour a son thème : le lundi aux anges, le mardi à saint Jean Baptiste, le mercredi à la Croix, le jeudi aux Apôtres et le vendredi de nouveau à la Croix. L’usage s’est établi de célébrer chaque samedi le Sacrifice pour les défunts, et que les familles en deuil assistent à la Liturgie et communient en priant pour les défunts,

surtout lors des deux samedis mentionnés. Avec le temps, les samedis des défunts se sont multipliés : aux deux premiers se sont ajoutés le samedi du dimanche de la Tyrophagie (de l’abstinence de laitages) et le samedi de la première semaine du Carême. Il est préférable, bien sûr, que les commémoraisons aient toujours lieu le samedi (jour consacré aux défunts) et non le dimanche (jour de la Résurrection). Pour la même raison, l’Église interdit de célébrer des commémoraisons lors des grandes fêtes et des grands temps liturgiques, comme Noël, Pâques et l’Ascension, du samedi de Lazare au dimanche de Thomas (la Semaine sainte et la Semaine du Renouveau), ainsi que le jour de la Pentecôte et la fête de la Dormition.

P. Gérard Abi Saab

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