Le dimanche de la femme hémorroïsse.
Cette pauvre femme souffrait depuis douze ans d’une perte de sang. En plus de la douleur physique, elle portait seule une souffrance plus dure encore, morale et psychologique : elle devait s’isoler de la communauté, car sa maladie était considérée comme une punition de Dieu… et c’était donc une honte pour elle de se montrer parmi les gens. La pauvre n’avait négligé aucun moyen pour guérir ; elle avait dépensé tout son argent et tout ce qu’elle possédait, sans résultat. Douze ans d’hémorragie, de douleur, d’humiliation, de fatigue et d’isolement… Elle était lasse de tourner en rond, fatiguée des regards de ceux qui l’entouraient, épuisée par les chuchotements des conversations, mise à l’écart par les doigts pointés vers elle…
Elle désirait un toucher de vie qui lui rende la vie ; des yeux qui la regardent avec amour et renouvellent la face de sa terre desséchée ; des paroles qui ébranlent les paroles humiliantes des autres et gravent dans son livre déchiré des mots de dignité, de fierté et de valeur… quelqu’un qui se tienne devant elle, face à tous, et l’invite à se tenir debout devant tous ces gens pour témoigner avec fierté de la vie, de ce qui lui était arrivé en secret par Celui qui vient, Dieu avec nous.
« Elle déclara devant tout le peuple pourquoi elle l’avait touché, et comment elle avait été guérie à l’instant même. »
Cette femme nous éblouit par son humilité, blessée par la peur des gens, et par son courage devant tout le monde… Son humilité hésitante l’a poussée à venir en silence et en secret, avec une volonté ferme : il suffit de toucher une petite partie de son vêtement… et elle sera guérie. Admirable, cette femme ! Je vois en elle nos mères, et tant de femmes qui prient en silence ou qui se rendent pieds nus dans un sanctuaire, une église ou un monastère, suppliant et se frappant la poitrine pour obtenir quelque chose pour elles-mêmes ou la guérison d’un membre de leur famille. Je m’incline devant elles et j’admire leur foi et leur piété. Nous sommes tous nés du sein de cette piété pure et intime avec Dieu.
Et elle nous éblouit par son courage, quand elle se tient face à face, regard contre regard, devant le peuple, et proclame la vérité de ce qui s’était passé en secret entre elle et Jésus, et comment elle avait obtenu la guérison.
« Va en paix, ma fille, ta foi t’a sauvée. » Peut-être les mots « ma fille » ont-ils touché son cœur plus fortement que « ta foi t’a sauvée », car elle avait tant désiré entendre une telle parole d’amour et de tendresse…
Ma fille…
Ô « femme hémorroïsse », toi qui as eu la grâce d’être touchée par le Seigneur et qui as reçu de lui la guérison, je te regarde avec amour et admiration : aide-nous par ta prière à venir à lui comme toi, avec ta grande foi, pour toucher ne serait-ce que la frange de
son manteau, et obtenir la guérison de l’hémorragie de nos maladies spirituelles, psychologiques et physiques.
P. Joseph Abi Aoun




