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Vie de saint Charbel et étapes de sa canonisation

Vie de saint Charbel et étapes de sa canonisation

Saint Charbel Makhlouf, ou Mar Charbel, est un moine, prêtre et ermite libanais maronite. Né Youssef Antoun Makhlouf à Bekaa Kafra, au Liban, en 1828, il mena une vie de moine, de prière et d’ascèse, puis choisit la vie érémitique à l’ermitage des Saints-Pierre-et-Paul d’Annaya, où il passa les dernières années de sa vie. Il mourut la veille de Noël 1898, et l’Église l’a proclamé saint en 1977.

Voici la vie de saint Charbel, depuis sa naissance et son entrée dans l’Ordre libanais maronite, en passant par sa vie au monastère Saint-Maron et à l’ermitage d’Annaya, jusqu’à sa mort, aux étapes de sa béatification et de sa canonisation, et au rayonnement de ses miracles au Liban et dans le monde.

Naissance et jeunesse de saint Charbel

Youssef Antoun Makhlouf naquit le 8 mai 1828 à Bekaa Kafra (Liban-Nord), de parents maronites, Antoun Zaarour Makhlouf et Brigitta Chidiac. Il avait deux frères, Hanna et Bechara, et deux sœurs, Kawn et Warda. Youssef reçut une éducation chrétienne qui lui donna, dès l’enfance, l’amour de la prière.

Il se sentit attiré par la vie monastique et érémitique, à l’exemple de ses deux oncles maternels, ermites à l’ermitage du monastère Saint-Antoine de Qozhaya, dont il reçut le flambeau de l’héroïsme des vertus.

Son père mourut le 8 août 1831 à Ghirfine, un village près d’Amchit, alors qu’il rentrait chez lui après avoir été soumis aux travaux forcés par l’armée turque. Sa mère l’éleva donc orphelin. Elle se remaria ensuite avec Lahoud Ibrahim, qui devint prêtre de la paroisse sous le nom d’Abdel Ahad.

Youssef apprit les bases de l’arabe et du syriaque à l’école du village. Il était si pieux que les habitants de son village l’appelaient « le saint ».

Chaque jour, il menait son petit troupeau au pâturage, puis se rendait dans une grotte où il s’agenouillait devant une image de la Vierge Marie et priait. La grotte devint ainsi son oratoire et son premier ermitage ; elle devint plus tard un lieu de prière et de pèlerinage pour les fidèles.

L’entrée de saint Charbel dans l’Ordre libanais maronite

Un matin de l’année 1851, Youssef quitta sa famille et son village et se rendit au monastère Notre-Dame de Mayfouq pour devenir moine ; il y passa la première année de son noviciat. Il fut ensuite envoyé au monastère Saint-Maron d’Annaya, où il entra dans l’Ordre libanais maronite, prenant le nom de Charbel, un martyr de l’Église d’Antioche du IIᵉ siècle.

Le 1ᵉʳ novembre 1853, il prononça ses vœux religieux dans ce même monastère, en connaissant parfaitement les exigences de ces vœux : obéissance, chasteté et pauvreté.

Il acheva ses études de théologie au monastère des Saints-Cyprien-et-Justine de Kfifane (Batroun), auprès de son maître, saint Nimatullah Kassab Al-Hardini, qui était un modèle pour les moines et une image vivante des grands moines saints, dans sa vie privée comme dans sa vie publique.

Le 23 juillet 1859, le frère Charbel Makhlouf fut ordonné prêtre à Bkerké par l’imposition des mains de Mgr Youssef Al-Marid, vicaire patriarcal maronite.

La vie de saint Charbel au monastère Saint-Maron d’Annaya et à l’ermitage

Le Père Charbel vécut seize ans au monastère Saint-Maron d’Annaya. Il y fut obéissant à ses supérieurs et observa rigoureusement la règle monastique. Il était aussi dur envers lui-même par l’ascèse et les mortifications. Il se dépouilla de toute chose de ce monde pour se consacrer au service de son Seigneur et au salut de son âme.

Au début de l’année 1875, Dieu inspira au Père Charbel de se retirer à l’ermitage des Saints-Pierre-et-Paul, qui dépend du monastère Saint-Maron d’Annaya, bien que les supérieurs n’accordent pas facilement, d’ordinaire, la permission de vivre en ermite. Alors que le Père supérieur hésitait, il reçut un signe du ciel : le miracle de la lampe.

Un soir, le Père Charbel demanda au serviteur de remplir sa lampe d’huile ; celui-ci la remplit d’eau au lieu d’huile. Et la lampe s’alluma normalement. Ce prodige ouvrit le livre des miracles de saint Charbel et rapprocha le jour où l’ermite monterait vers l’ermitage tant désiré.

Le 15 février 1875, le Père Charbel s’installa définitivement à l’ermitage, où il fut le modèle du saint et de l’ascète. Il passait son temps dans le silence, la prière, l’adoration et le travail manuel aux champs, et ne quittait l’ermitage que sur ordre de son supérieur.

Il y suivit la voie des saints Pères ermites, agenouillé sur une natte de roseaux devant le Saint-Sacrement, conversant avec lui et s’enivrant de sa présence des nuits entières.

Il passa vingt-trois ans à l’ermitage, tout entier au service de son Seigneur, observant la règle des ermites avec exactitude et en pleine conscience.

La mort de saint Charbel

Le 16 décembre 1898, alors qu’il célébrait la messe, il fut frappé de paralysie et entra dans une agonie qui dura huit jours ; il en supporta les souffrances dans le calme et la paix, malgré de très vives douleurs.

Pendant son agonie, le Père Charbel ne cessa de répéter la prière qu’il n’avait pu achever à la messe : « Père de vérité, voici ton Fils, sacrifice qui te plaît !… », ainsi que les noms de Jésus, de Marie, de saint Joseph et des saints Pierre et Paul, patrons de l’ermitage.

L’âme de Charbel s’envola, libre, vers la maison du Père, comme la goutte de rosée retourne au vaste océan, le 24 décembre 1898, veille de Noël. Il fut enterré dans le cimetière du monastère Saint-Maron d’Annaya.

La lumière merveilleuse qui brilla sur la tombe de saint Charbel

Après sa mort, des lumières surnaturelles apparurent au-dessus de sa tombe. Elles furent la cause du transfert de son corps, qui suintait de la sueur et du sang, dans un cercueil particulier, avec la permission du patriarcat maronite ; il fut placé dans une nouvelle tombe à l’intérieur du monastère.

Dès lors, des foules de pèlerins affluèrent pour demander son intercession, et Dieu accordait à beaucoup des guérisons et des grâces spirituelles.

En 1925, la cause de sa béatification et de sa canonisation fut présentée au pape Pie XI par l’abbé général Ignace Dagher Al-Tannouri et son procureur général, le Père Martinos Tarabay ; elle fut acceptée en 1927, avec celles du Père Nimatullah Kassab Al-Hardini et de sœur Rafqa Al-Rayess.

En 1950, la tombe du Père Charbel fut ouverte en présence de la commission officielle et de médecins. Ils constatèrent que le corps était intact, rédigèrent un rapport médical et le placèrent dans une boîte à l’intérieur du cercueil.

Les guérisons de toutes sortes se multiplièrent alors de manière soudaine et stupéfiante, et des dizaines de milliers de pèlerins de toutes confessions et de toutes communautés affluèrent au monastère d’Annaya pour demander l’intercession du saint.

Les miracles de saint Charbel et leur rayonnement dans le monde

Les miracles de Mar Charbel ont dépassé les frontières du Liban. Les lettres et les rapports conservés dans les registres du monastère Saint-Maron d’Annaya sont une preuve claire du rayonnement de sa sainteté dans le monde entier.

Ce phénomène unique a provoqué un retour aux bonnes mœurs, un retour à la foi et un renouveau des vertus dans les âmes. Le tombeau de Mar Charbel est devenu un pôle qui attire les gens de toutes conditions et de tous âges ; devant lui, tous sont égaux dans le recueillement et la supplication, sans distinction de religion, de confession ou de communauté. Pour lui, tous sont appelés enfants de Dieu.

Les guérisons enregistrées dans les registres du monastère Saint-Maron d’Annaya, que le Seigneur a accomplies par l’intercession de saint Charbel, se comptent par dizaines de milliers, sans parler des guérisons survenues partout dans le monde, parmi des personnes de religions et de confessions différentes, qui ne sont pas enregistrées dans les registres du monastère.

Dix pour cent des guérisons ont concerné des personnes non baptisées. Chaque guérison s’est faite d’une manière particulière : par la prière et la demande d’intercession, par l’huile et l’encens, par les feuilles des chênes de l’ermitage, par la terre prise sur sa tombe, par la visite de son tombeau en touchant la porte de la tombe, ou par son image et sa statue.

Certaines de ces guérisons sont d’ordre physique, mais les plus importantes sont les guérisons de l’âme. Combien de pénitents sont revenus à leur Seigneur par l’intercession de Mar Charbel, en franchissant le seuil du monastère Saint-Maron d’Annaya ou de l’ermitage des Saints-Pierre-et-Paul !

Béatification et canonisation de saint Charbel

En 1954, le pape Pie XII signa le décret d’introduction de la cause de béatification de l’ermite Charbel Makhlouf.

Le 5 décembre 1965, le pape Paul VI présida la béatification du Père Charbel, à la clôture du concile Vatican II.

En 1975, le pape Paul VI signa le décret reconnaissant le miracle en vue de la canonisation du bienheureux Charbel, qui eut lieu lors d’une célébration mondiale le 9 octobre 1977.

Parmi les nombreux miracles attribués à l’intercession de l’homme de Dieu, l’Église en a retenu deux pour sa béatification et un troisième pour sa canonisation :

  • la guérison de sœur Marie-Abel Kamari, des Sœurs des Saints-Cœurs ;
  • la guérison d’Iskandar Naïm Obeid, de Baabdate ;
  • la guérison de Mariam Awwad, de Hammana.
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