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Homélie de Noël de Mgr Ibrahim Ibrahim

Homélie de Noël de Mgr Ibrahim Ibrahim

Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. Ces paroles, nous les appelons « le chant des anges ». Elles n’ont évidemment pas été écrites par un auteur de la terre, ni chantées cette nuit-là par des chorales de la terre : c’est nous qui les avons répétées ensuite. Mais nous ne nous sommes peut-être jamais demandé qui a écrit ces paroles. Les anges eux-mêmes ? Dieu le Père ? L’Esprit Saint ? Peu importe de le savoir, car nous comprenons que ce sont des paroles descendues du ciel et chantées par des êtres célestes : c’est le plus beau chant que l’histoire ait connu, et la plus belle description de ce qui s’est passé à Noël. Car lorsque Jésus est né, trois réalités nouvelles nous sont apparues, à nous les terrestres : la gloire de Dieu, la paix de la terre et la joie des hommes. La gloire de Dieu et sa grandeur infinie ne peuvent être ni décrites ni possédées ; nous, les hommes, voyons de cette gloire ce que Dieu nous en montre et ce qu’il découvre à nos yeux selon son choix, et ce que nous voyons en Jésus-Christ, le Fils venu habiter parmi nous. Mais chaque fois que nous proclamons notre foi en la gloire de Dieu, cette gloire nous est donnée, parce que nous devenons ses enfants. N’est-ce pas ce que nous lisons dans l’Évangile de Jean : « À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom, eux qui ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme, mais de Dieu » (Jn 1, 12-13). Si l’adoption filiale m’a été donnée, et la gloire de Dieu en héritage, je ne convoiterai plus aucune autre gloire : ni la gloire d’une civilisation, d’une patrie, d’un parti ou d’une institution, si haut placés soient-ils. Le chrétien dit : que d’autres prennent ces gloires-là ; pour moi, la gloire de Dieu et sa filiation me suffisent. Et il nous suffit, comme dit saint Paul, que le Christ n’ait pas honte de nous appeler frères (He 2, 11).

Les anges poursuivent leur chant : « Et paix sur la terre ». Ainsi s’accomplit la prophétie d’Isaïe, prononcée environ sept cents ans plus tôt : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel… Prince de la Paix » (Is 7, 14 ; 9, 5). Le Christ est né pour nous annoncer la vraie paix ; bien plus, il est devenu lui-même notre paix, en nous réconciliant avec Dieu : car c’est Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation (2 Co 5, 19). Nous ne parlons pas ici de la paix faite par les hommes, comme le traité de Versailles ou Camp David, ou une trêve ici ou là, souvent une paix qui ne dure pas ; nous parlons de la réconciliation entre nous et Dieu, réalisée à Noël, puisque Dieu s’est incarné pour nous donner la vie éternelle, le pardon des péchés et la paix avec lui. Qu’importe que j’aie toute la paix du monde et toute la sécurité, si je porte en moi des guerres qui n’existent même pas dans le cœur de ceux dont le pays est ravagé par la guerre ? La guerre peut être en moi : je la porte et elle part avec moi partout où je vais. Et il en est de même de la paix. Je suis le champ de bataille et je suis le lieu de la paix, et c’est à moi de choisir. Voilà Noël : choisir la paix. À la fin du chant des anges, nous entendons : « aux hommes qu’il aime », ou, selon une autre lecture, « joie parmi les hommes » : Noël est la fête de la joie. En vérité, la joie dont il est question ici est la joie de Dieu envers les hommes qu’il s’est réconciliés par Jésus-Christ, son Fils incarné. Par l’Incarnation, Dieu peut se réjouir de nous et être satisfait de nous, parce que nous avons cru en son Fils, qui a revêtu notre nature pour la sanctifier, la purifier et lui rendre sa beauté première. C’est la joie qui suit la réconciliation, la fin de l’inimitié et la venue de la paix. Mais cela ne nous empêche pas de dire que Noël est aussi la joie des hommes en Dieu, dans le salut qui vient, dans l’accomplissement des promesses et dans l’acquisition d’une nouvelle identité : l’identité de la joie. Tu ne peux pas être chrétien sans avoir la joie en toi. Mais la joie ne signifie pas que Montréal devienne Miami, ni que l’on trouve un remède contre la vieillesse, ni que l’on gagne son pain sans effort, ni que l’on ait des relations sans déceptions ; et bien sûr, la joie ne consiste pas à gagner à la loterie, même si nous en rêvons. La joie, c’est de trouver la force dans le pardon, l’amour dans les larmes, de récolter la réussite à partir de la chute, et de s’élever par l’humilité et la sainteté. Si tu veux devenir joie, arrête dès maintenant, sans aucun retard, de jouer le rôle de la victime et de voir l’autre comme une menace. Il y a des gens qui, s’ils entendent aux informations qu’il pleut en Chine, prennent un parapluie à Montréal ! Tu veux être joie ? Ne perds pas les gens qui t’aiment. Arrête de te plaindre, et accepte qu’on te dise non. Il n’est pas nécessaire que tout soit à ton goût. Noël est la fête de la joie bâtie sur le roc de la foi. Pas de Noël sans joie, et pas de chrétien sans joie. Je vous souhaite à tous une bonne fête, et je remercie le P. Rabih, qui m’a assisté dans cette messe, ainsi que tous ceux qui l’aident ; je remercie la radio Sawt el Rab pour la retransmission en direct, la chorale, les diacres, les servants d’autel et tous les bénévoles dans leurs nombreux services. J’appelle sur vous les bénédictions du Sauveur, et je vous souhaite une nouvelle année 2018 heureuse et bénie.

Le Christ est né… Glorifiez-le !

Mgr Ibrahim Ibrahim

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