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Un regard sur le temps au début de cette année

Un regard sur le temps au début de cette année

« Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. »
Luc 2, 20-21. 40-52
Aujourd’hui, c’est le début de l’année, et nous la commençons par la prière, en élevant les mains en sacrifice de louange et d’action de grâce, et en sacrifice de demande, pour qu’elle soit un temps de salut, dans le service et en compagnie de la grâce.

Le texte de l’Évangile parle clairement de l’entrée de Jésus au cœur du temps, lui le Verbe divin qui est au-dessus du temps. Celui qui est sans limites s’incarne, et l’Éternel commence.
Il est circoncis le huitième jour selon les coutumes des hommes et reçoit le nom de « Jésus » ; mais cet enfant, à l’âge de douze ans, s’assoit au milieu des maîtres âgés, qui tous l’écoutaient, étonnés de son intelligence et de ses réponses.

Même si Dieu est au-dessus de « notre temps », il y entre et y intervient pour notre salut et pour prendre soin de nous. L’Écriture commence et se termine par des indications de temps (Gn 1, 1 et Ap 22, 20) : depuis la création jusqu’à ce qu’il vienne bientôt, Dieu se meut « en hâte », si l’on peut dire, pour l’homme. « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre », répondit le Seigneur Jésus aux Juifs qui comprenaient mal le repos du sabbat.
L’homme est un être qui vit dans un lieu et dans un temps déterminés. Ce sont les deux éléments qui, ensemble, le définissent ; chacun pris isolément n’en donne pas une image juste. Pour parler de l’homme, ou de tout ce qui concerne sa vie, nous devons préciser « où » et « quand » cela s’est passé. Il y a le « où » et il y a le « quand » pour situer toute réalité de la vie : il y a donc le lieu, et il y a aussi le temps.

Le lieu a trois dimensions : la longueur, la largeur et la profondeur, et les choses se situent dans ces trois dimensions. Mais l’homme étant un être vivant, c’est-à-dire en mouvement, l’autre élément de sa définition est le changement ou le développement, ce que la langue scientifique appelle la « vitesse », c’est-à-dire le temps. La plupart des chercheurs considèrent que l’homme vit dans quatre dimensions : les trois dimensions de l’espace et la dimension du temps, comme quatrième dimension pour situer les réalités de la vie. Aucune chose dans un lieu ne se connaît sans qu’on précise son passé – sa source – et son avenir – son but. Rien n’est aujourd’hui exactement ce qu’il sera demain, et ce qui convient maintenant peut ne pas convenir à un autre moment. Les réalités de la vie ne sont pas un tableau figé, fait pour rester tel quel : Dieu a fait la création en mouvement, et l’on ne peut connaître la moutarde à partir de sa petite graine sans regarder son grand arbre ! Quant au lieu, ce sont les sens qui nous relient à lui, qui le perçoivent et entrent en rapport avec lui. Pour sanctifier le lieu, le respecter et lui donner la valeur qu’il a aux yeux de Dieu, l’Église nous a donné les jeûnes : c’est la vertu qui nous fait traiter le lieu avec la chasteté de l’esprit, lui rendre ce qui lui est dû et l’utiliser selon sa fin. La chasteté du regard, la sobriété dans la nourriture, la retenue dans l’écoute… tout cela sanctifie le lieu. C’est ainsi que le chrétien traite son environnement.

Quant au temps, les cinq sens ne le perçoivent pas : l’œil ne voit pas hier, et la main ne saisit pas demain. C’est l’intelligence humaine qui en saisit le mouvement, dans sa succession et sa vitesse. La vertu de l’esprit que l’Église a établie pour que nous traitions le temps avec chasteté, c’est la prière. La prière est le mouvement chaste de l’esprit ; autrement dit, tout mouvement chaste de l’esprit est prière. Ce n’est donc pas en vain que l’Église a établi des prières pour chaque moment de la vie : au lever, avant et après le repas, avant et après l’étude, avant le coucher ; il y a l’office du matin, les Heures (les heures du jour), les vêpres… Il ne suffit pas de prier ainsi, toujours, mais de prier en lien avec notre matin et notre soir, et avec chaque mouvement et chaque moment du temps de notre vie. C’est ainsi que le temps est sanctifié.

Nous devons étendre la prière comme un filet sur lequel reposent toutes nos actions. Nous prions le matin pour établir le début de la journée dans le courant de la bienveillance divine, et nous prions le soir pour rendre grâce et demander une nuit paisible. La prière imprime la sainteté sur les heures et le temps de la vie, et elle sanctifie l’œuvre de nos mains. « Affermis nos pas pour accomplir tes commandements » : c’est ainsi que nous prions au début du jour.

Le temps est de deux sortes : le temps cosmique et le temps personnel. Il y a deux sortes d’histoire. Il y a l’histoire générale, c’est-à-dire la succession des jours et des années dans l’ordre de leur mouvement cosmique ; l’homme semble appartenir à cette histoire.

Et il y a l’histoire personnelle, qui ne se compte pas selon les mesures cosmiques naturelles, mais selon le nombre des expériences directes, c’est-à-dire selon les fruits du temps de la vie et ses moments décisifs. C’est ce temps-là qui appartient à l’homme. Nous trouvons par exemple dans l’Évangile de Jean plusieurs indications de temps précises. Ces indications n’ont pas un caractère scientifique et cosmique : elles portent l’histoire d’une connaissance et d’une expérience personnelles. C’est pourquoi il dit qu’il était « la dixième heure » lorsqu’il rencontra Jésus pour la première fois. Ce chiffre « dix » marque une heure de l’histoire de sa vie personnelle : il ne nous indique pas un horaire quelconque, mais un moment décisif dans la vie de l’évangéliste Jean. C’est une heure de son histoire personnelle, et elle fut très importante.

C’est pourquoi, à partir de cette conception du temps, nous comprenons ce que dit la littérature monastique : chaque jour où nous ne prions pas est un jour perdu de notre vie. C’est bien un jour du temps cosmique, auquel nous appartenons inévitablement, mais qui ne nous appartient pas ; ce n’est pas un temps de notre histoire personnelle : c’est un temps perdu.

Et parce que nous prions peu, nous ne gagnons que peu de temps… (Le texte arabe original s’interrompt ici.)

P. Gérard Abi Saab

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