Prière :
Mon Seigneur et mon Dieu, Jésus-Christ, tu nous as appelés ce soir à nous rassembler en ton nom, avec des cœurs pleins de confiance qui veulent exprimer une grande foi en toi, et peut-être aussi un peu de reproche pour les prières non exaucées et pour ce silence divin qui nous laisse sans aucun signe des temps, sans consolateur qui nous apporte la sécurité et la paix. Peut-être ressentons-nous ce que tu as ressenti lorsque tu as crié : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Pourquoi nous laisses-tu en ce temps des armes, des massacres, des déplacements forcés, de l’injustice, de la faim et de la maladie ? Nous aussi, notre âme est triste à en mourir. Nous aussi, nous te demandons d’éloigner de nous cette coupe. Les conditions difficiles de la vie nous font suer du sang, et le prix de notre foi en toi nous semble parfois bien au-delà de nos moyens de régler la facture. Et nous nous demandons, et nous te demandons, avec le reproche des fils et l’espérance des pénitents : pourquoi un nouveau Job et un nouveau tourment doivent-ils se répéter en chacun de nous ? Pourquoi la souffrance peut-elle semer en nous des larmes que tu nous as promis d’essuyer, alors que tu nous as promis que personne ne pourrait nous ravir notre joie ? Combien de personnes, comme Job, ont maudit le jour de leur naissance ? Combien de jeunes se sont abandonnés au désespoir, n’ont plus trouvé ni sens ni goût à la vie, et ont décidé d’en finir ? Et la plus grande question demeure : pourquoi les méchants peuvent-ils commettre tout ce mal et continuer à vivre ? « Pourquoi les méchants restent-ils en vie ? » Nous renouvelons le cri de Job : « Pourquoi les méchants restent-ils en vie, vieillissent-ils et grandissent-ils en puissance ? … Leurs maisons sont en paix, sans crainte, et le bâton de Dieu ne les frappe pas. » Notre plainte est celle de Job, et elle est amère ; beaucoup tombent dans le doute, et nous ne trouvons plus de réponses à ceux qui nous interrogent sur toi. « Où est votre Dieu ? » nous demandent-ils pour nous désorienter et nous dire : « Votre foi est vaine. » Et combien de nos enfants ont commencé à avoir honte et préfèrent capituler parce que leurs armes sont faibles ? Ils sentent que tu es loin, et même absent, et que le mal domine et triomphe. Nous leur disons : « N’ayez pas peur, Dieu est avec vous. » Et ils nous répondent comme Gédéon, à qui l’ange du Seigneur apparut en disant : « Le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier ! » Gédéon lui répondit : « Pardon, mon seigneur ! Si le Seigneur est avec nous, pourquoi tout cela nous est-il arrivé ? Où sont tous ses prodiges que nos pères nous ont racontés en disant : “Le Seigneur ne nous a-t-il pas fait monter d’Égypte ?” Maintenant le Seigneur nous a délaissés, il nous a livrés entre les mains de Madiane. » (Juges 6). Et aujourd’hui, nous nous sentons abandonnés entre mille mains de ceux qui gouvernent cette terre et disposent du destin des peuples. Et comme le prophète Jérémie, nous t’ouvrons ce soir nos cœurs et nos consciences, nous déposons devant toi notre plainte et nous disons : « Tu es trop juste, Seigneur, pour que j’entre en procès avec toi ; pourtant, je veux te parler de tes jugements. Pourquoi le chemin des méchants mène-t-il au succès ? Pourquoi les traîtres sont-ils tranquilles ? » (Jérémie 12)
Mais notre espérance, Seigneur, est toujours du côté de la lumière, et l’obscurité n’a pu ni éteindre notre foi ni nous voler notre lampe. Comme saint Charbel, elle nous dit encore que nous pouvons allumer notre lampe avec de l’eau, parce que tu es dans notre cœur et que tu y murmures des paroles de vie, et parce que l’Esprit continue de nous consoler et de nous fortifier. Aucun doute ne peut nous briser ni nous détruire, car le sceau de tes dons saints fortifie notre faiblesse et nous assure que notre relation avec toi n’est pas régie par des calculs logiques ni par des voies humaines. Ce n’est pas par la philosophie que nous te découvrirons, ni par la logique que nous te comprendrons ; mais ton amour pour nous, manifesté en Jésus-Christ, est notre nouvelle logique et notre compréhension certaine. Nous te connaissons dans la mesure où tu te révèles à nous, et ta générosité envers nous n’a pas de limites. Parce que tu nous as aimés, nous vivons dans la sécurité de l’amour ; et parce que tu nous as rachetés par ton Sang précieux, lorsque tu as été cloué sur la croix et transpercé par la lance, l’immortalité a jailli pour nous et tu nous as donné la vie éternelle. Comment pourrions-nous oublier un seul jour que tu nous as enseignés par l’exemple, que tu t’es fait homme comme nous en toute chose, excepté le péché, que tu as souffert, que tu es mort et que tu as vaincu la mort par la résurrection, afin que nous aussi, à l’image de ta mort et de ta résurrection, nous soyons renouvelés pour la vie éternelle ? Avec toi, il est impossible de semer du blé et de récolter des épines, car tu es fidèle à tes promesses et tes jugements sont justice et droiture. Et comme te l’a dit saint Augustin, nous te le disons aussi : notre cœur ne trouvera de repos qu’en toi, ô Dieu. Avec toi, le voyage est sûr : ce n’est ni une aventure ni un pari sur les ressources de la vie que tu as semées en nous. Avec toi, il n’y a rien que nous ne puissions comprendre, et le doute ne peut pas devenir une doctrine ; mais tu nous tiens par la main dans la certitude et la confiance. Comment l’enfant blotti dans les bras de ses parents pourrait-il être troublé par la peur ? Et qui peut sentir, percevoir et aimer ses parents avant même de les comprendre, autant que les enfants ? Il en est ainsi avec toi, Seigneur : nous sommes des enfants qui trouvent en toi leur être véritable et découvrent leur volonté ; nous avons compris que tu habites en nous plus que nous-mêmes, et que le mal qui est en nous vient de notre liberté de choisir : il n’est que le bien que nous n’avons pas choisi, et même que nous avons refusé. Unis à toi, il n’y a plus de place pour le mal, ni pour l’échec, ni pour la chute, et les ténèbres du doute et de l’angoisse n’ont plus aucun pouvoir sur nos âmes assoiffées de connaissance et de vérité. Sans toi, Seigneur, nous sommes sans volonté et sans être, sans nom et sans identité, car nous venons de toi ; et si nous doutons de toi, c’est de nous-mêmes que nous doutons. Tu es, Seigneur, la vérité des vérités ; notre raison cherche sans cesse et demande la foi, et notre foi demande la raison. Donne-nous, Seigneur, d’abord le don de la foi, afin que, lorsque nous croyons, notre foi soit raisonnable. Et accorde-nous, en cette nuit, de découvrir une part de la vérité, qui est toi.
Amen.
Mgr Ibrahim Ibrahim






