- Seigneur ! Nous avons vraiment peur, et nous ne savons plus prier. Peut-être à cause de toutes ces pensées et ces nouvelles qui tournent dans nos têtes, nous sommes enfermés dans un tombeau d’égarement et nous ne comprenons rien ; chaque jour apporte du nouveau…!
- Seigneur, il n’y a pas que la peur : les soucis vont nous étouffer, comme le grain de blé tombé dans les épines au bord du chemin. Nous ne nous voyons plus les uns les autres, ni même le chemin ; nous sommes tous devenus comme l’aveugle de Jéricho. Nous luttons entre l’abandon à ta volonté et nos pensées et nos rêves d’avenir, que nous sentons nous échapper.
Certains pleurent, d’autres désespèrent, d’autres sont affligés par leurs pertes, et d’autres se demandent comment ils vont manger et nourrir leurs enfants.
Seigneur, nous sommes devenus comme Pierre qui avait peur, comme Jacques qui s’interrogeait, comme Thomas qui refusait de croire un autre que toi, et comme Jean qui craignait de proclamer sa foi de peur que ses aînés ne le rejettent…! - Qu’il est dur d’être dans l’incertitude ! Le plus dur, c’est quand on se retrouve à la croisée de nombreux chemins sans savoir dans quelle direction aller, sans confiance et sans route ; on se sent suspendu entre ciel et terre.
- Seigneur, augmente notre foi en cette nuit… Car toi, tu nous as montré le chemin, mais nous ne voulons pas y croire. Quand ton disciple t’a demandé : « Nous ne savons pas le chemin », tu lui as répondu : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres. » Nous ne voulons pas croire qu’aujourd’hui nous appartient, mais que demain est entre tes mains ; nous ne voulons pas croire que ce qui nous manque aujourd’hui, tu nous l’avais donné gratuitement, et que nous n’en connaissions pas la valeur : ni le temps, ni la liberté, ni le travail, ni la parole, ni même la valeur de la présence de l’autre dans notre vie. Nous avons construit des murs dans nos têtes et des barricades dans nos maisons, et nous avons fait de nos langues des fusils et de nos paroles des balles pour critiquer et blâmer, au lieu de prier, de glorifier et de louer.
Pardonne-nous, Seigneur ! Remets-nous nos péchés, et aide-nous à comprendre la valeur de tout ce que nous avons perdu.
Mes bien-aimés, en cette nuit, semblable à la nuit où le Seigneur a remis son esprit, les disciples, par peur, s’étaient rassemblés autour de la Vierge au Cénacle ; ils y formèrent une petite Église domestique et prièrent avec elle, avec courage, confiance et foi, jusqu’à ce que le Seigneur leur apparaisse, leur donne la paix et les affermisse dans la foi. Venez, rassemblons-nous en famille et prions comme les apôtres autour de l’image de la Vierge, prions avec elle avec confiance et foi : elle connaît le chemin, elle sait nous apprendre à prier, jusqu’à ce que se lève la lumière du Seigneur et qu’elle chasse de nous les ténèbres de ce temps.
13 avril 2020
Père Esber Antoun
Curé de la paroisse Saints-Serge-et-Bacchus, Fatqa (Liban)



