Il n’est pas à l’église. Et il ne semble avoir aucun lien avec la vie de Dieu. Pourquoi ne t’en soucies-tu pas ?
Ne te demandes-tu pas : où est ton frère ? Son état spirituel et physique ne te préoccupe-t-il pas ?
– Se peut-il qu’il ait quitté sa maison et qu’il soit maintenant mêlé à des affaires illégales ?
– Peut-être est-il désespéré ?
– Peut-être est-il pris dans les pièges des hérétiques, de l’égarement, de la sorcellerie ou du culte de Satan ?
– Peut-être fréquente-t-il des lieux de perdition sans pouvoir s’en éloigner, et y perd-il toute la vitalité de sa jeunesse ?
– Peut-être est-il influencé par un courant philosophique athée, ou engagé dans des mafias ?
Où est ton frère ?
Une question qui accuse et embarrasse ceux d’entre nous qui vivent la vie religieuse en se suffisant à eux-mêmes, avec arrogance.
Où est donc ton frère ?
– Il est toujours absent de la maison de Dieu. Et nous ne le voyons pas sur le droit chemin.
– Peut-être est-il très loin, mort à la foi ?
– Et si c’était toi le responsable de sa mort spirituelle ?
Quelle est notre faute dans la mauvaise situation de l’autre et dans son éloignement ?
– Assurément, nous sommes très coupables.
– Nous sommes coupables tant que nous n’avons pas l’amour.
– Nous sommes coupables parce que nous sommes paresseux pour annoncer l’Évangile.
Nos manquements, notre inertie et notre paresse spirituelle sont, au fond, de la dureté et de l’inhumanité.
C’est ce qu’enseigne le divin Chrysostome :
« Voilà pourquoi tout est bouleversé : à cause de notre indifférence, de notre inhumanité et de nos négligences. »
– Le coupable n’est pas seulement celui qui lève un couteau et tue l’autre.
– Le coupable, c’est celui qui arme la main du criminel. Ce qui, fondamentalement, arme la main des malfaiteurs et des criminels, c’est l’indifférence de ceux qu’on dit bons et la torpeur de ceux qu’on considère comme chrétiens. L’absence d’amour ouvre grand le chemin au crime.
Le coupable, c’est aussi celui qui porte le coup de grâce à la victime. Dans la parabole bien connue du bon Samaritain, les coupables ne sont pas les brigands, mais ces deux hommes, le prêtre et le lévite, tous deux des personnages religieux. Par leur indifférence, leur suffisance et leur égoïsme sans limites, ils ont pour ainsi dire porté le coup de grâce au voyageur mourant.
Nous avons notre part de responsabilité dans chaque injustice qui se produit dans le monde.
Nous sommes encore plus coupables quand nous agissons, de manière indirecte, contre nos frères ; quand nous méprisons les autres, qui sont l’image de Dieu.
Mais que pouvons-nous faire ? Serions-nous les gardiens de nos frères ? Est-ce à nous de les garder ?
Oui, tu es le gardien de ton frère, puisque son problème est ton problème. Tu es le gardien de ton frère, car ton frère n’est pas un étranger : il est toi-même. Si ton frère se perd, tu en seras responsable, parce que tu n’as pas été un gardien vigilant au poste d’observation de l’amour.
La femme de la parabole de l’Évangile a mis sa maison sens dessus dessous pour retrouver la drachme perdue. Nous, nous ne mettons pas le monde sens dessus dessous, et nous ne prenons même pas la peine de faire le plus petit geste pour retrouver notre frère perdu, notre frère dont la valeur personnelle n’a pas de prix, puisque le Christ a été crucifié pour lui. Alors nous demandons :
Que pouvons-nous faire ?
Le Christ fait l’éloge de la femme qui a allumé sa lampe et a cherché avec soin jusqu’à ce qu’elle retrouve la drachme perdue (Luc 15, 8-10).
– Allumons donc avec zèle la lampe de l’amour.
– Mettons-nous en mouvement avec ardeur dans toute la maison et dans la société, par un geste d’attention inattendu.
– Cherchons avec sérieux et avec une prière ardente.
Et quand nous aurons cherché l’autre avec sérieux et obtenu un bon résultat, alors nous pourrons nous réjouir et inviter d’autres à partager notre joie.
Car il n’y a pas dans l’Église de fête comparable à celle où l’on retrouve des personnes égarées et où elles sont sauvées.
Et cette fête se célèbre avec celle des anges.
Extrait du livre « Sais-tu ce que signifie l’amour ? »
de l’archimandrite Daniel Aerakis



