Commentaire de la deuxième partie de l’Hymne acathiste à la Mère de Dieu
« La naissance du Christ »
De la septième à la douzième strophe
Septième strophe :
Elle évoque l’adoration des bergers devant le grand Nouveau-né, et la louange des anges qui apparurent à sa naissance, louant et glorifiant Dieu, et qui leur annoncèrent la grande joie destinée à tout le peuple. Nous avons ici sous les yeux le récit de la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ à Bethléem, où des bergers passaient la nuit, et l’apparition d’une troupe de l’armée céleste, tel que le rapporte l’Évangile de saint Luc.
Huitième strophe :
Elle évoque clairement la venue des mages d’Orient (peut-être de Perse) à Jérusalem : ayant vu une étoile (un astre à l’aspect étrange) qui se dirigeait vers cette ville, ils la suivirent pour s’informer du roi qu’annonçaient son apparition et sa course étrange.
Neuvième strophe :
Cette strophe de l’hymne complète la précédente. Elle parle des jeunes Chaldéens, c’est-à-dire des mages, qui offrirent leurs présents à la Vierge (dans le texte de l’Évangile, à l’Enfant, c’est-à-dire au Christ), et de leurs acclamations à la Vierge, parce qu’elle est la Mère de l’Astre (le Christ) qui ne se couche pas, et l’aurore du jour mystique. Dans les acclamations des mages adressées à la Vierge, elle reçoit de nombreux titres : celle qui éteint la fournaise de l’erreur, c’est-à-dire qui abolit le culte des religions corrompues ; celle qui illumine les initiés de la Trinité, c’est-à-dire qui proclame la foi en la Sainte Trinité ; celle qui chasse du pouvoir le tyran inhumain ; celle qui manifeste l’amour du Christ pour les hommes ; celle qui délivre et sauve le monde du culte des idoles de toutes sortes, et surtout du culte du feu.
Dixième strophe :
Elle parle du retour des mages dans leur pays et de leur annonce du Sauveur né à Bethléem de Judée. Cette strophe de l’hymne prolonge les deux précédentes et conclut la visite des mages au grand Nouveau-né à Bethléem. Le récit de cette courte strophe se trouve dans l’Évangile de Matthieu, qui dit : « Avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. »
Onzième strophe :
Elle évoque la fuite de la Sainte Famille en Égypte, dont les idoles tombèrent à l’arrivée du Seigneur Christ. Dans cette strophe, de nouvelles voix acclament la Vierge : après lui avoir attribué le relèvement des hommes, la chute des démons, l’écrasement de l’erreur trompeuse et la dénonciation de la fraude des idoles, ceux qui l’acclament puisent leurs symboles dans certains événements de l’Ancien Testament : la noyade de Pharaon, l’eau jaillie du rocher pour les assoiffés, la colonne de feu, la manne, et la Terre promise où ruissellent le lait et le miel.
Douzième strophe :
Elle évoque l’accueil du Christ par le vieillard Siméon, lorsque Joseph et Marie, sa mère, le présentèrent au Temple, au quarantième jour après sa naissance, selon les prescriptions de la Loi de Moïse.
Synthèse théologique :
Les textes des prières de l’Acathiste sont parmi les plus belles et les plus riches hymnes de l’Église, par leur sens, leurs images et leur thème. Dans cette neuvième strophe des vingt-quatre, l’hymnographe évoque la visite des mages à la Vierge, mère de l’Enfant. Voyant le Dieu incarné, devenu serviteur, et comprenant le mystère de sa naissance, les mages (les jeunes Chaldéens) acclament la Mère de Dieu :
Nous sommes venus guidés par une étoile ordinaire, qui annonce un jour naturel ne durant que quelques heures ; mais toi, tu es l’étoile qui nous conduit vers l’aurore d’un jour mystique qui dure éternellement.
Notre terre, à Babylone, alluma un jour la fournaise pour brûler les trois jeunes gens ; et toi, maintenant, en enfantant le Dieu de vérité, tu l’éteins, pour allumer le feu du phare de la vérité pour tous ceux qui croient en la Trinité, manifestée ouvertement par toi dans l’incarnation du Fils.
En enfantant le Seigneur, tu as destitué Satan, l’ennemi des hommes, et tu as manifesté le Seigneur, ami des hommes.
Par toi, ô Mère de Dieu, nous avons été sauvés de la religion des idoles et de la méchanceté de leurs œuvres.
Par toi a pris fin le culte du feu dans les religions, et par ton enfantement du Seigneur, nous éteignons le feu des passions et vivons dans la paix de la grâce.
Puis l’hymnographe conclut par une admirable synthèse de ce que la naissance du Christ de la Vierge a apporté au monde : la joie et la chasteté.
Ces comparaisons entre l’étoile apparue aux mages et la Vierge, étoile qui ne se couche pas ; entre les cultes immoraux d’autrefois et le culte nouveau en esprit et en vérité ; entre la corruption des mœurs anciennes et la joie et la chasteté, donnent toutes une beauté admirable au dessein divin. L’hymnographe met toutes ces images dans la bouche des mages, chercheurs de vérité par l’observation du ciel et des astres.
À travers toutes ces belles louanges, l’hymnographe aborde en profondeur une question très importante de la vie : les sources et les chemins de la connaissance de la vérité. Il y a en effet, dans les hymnes comme dans la réalité, deux sources de connaissance : d’un côté les mages, de l’autre la Vierge, Mère de Dieu ! Il y a la méthode de recherche des mages savants, et il y a la manière dont la Trinité révèle les vérités de la vie.
Les mages n’étaient pas des sorciers ni des charlatans ! C’étaient les astronomes de l’époque. Mais le cosmos était la source de leur connaissance, et rien d’autre. Ils représentent les chercheurs et les savants qui déchiffrent les énigmes de l’univers à la recherche des vérités de la vie et de l’avenir. Pour les chercheurs et les savants, le cosmos est la source de la connaissance, son instrument et aussi sa fin. Le cosmos existe, se meut et vit de manière automatique. Le cosmos serait en quelque sorte éternel, matière informe qui aurait pris forme ensuite, peut-être par une explosion cosmique, en orbites, soleils et planètes… ; et il nous faudrait déchiffrer scientifiquement ses énigmes, ses lois et ses systèmes pour le maîtriser et l’utiliser.
Pour la science, comme mode de connaissance, le cosmos est le point de départ et le but de la recherche ; il n’y a ni main extérieure qui agit, ni personne qui intervient, ni force qui oriente. Pour ces chercheurs, de telles théories religieuses relèvent des « illusions et des mythes », nés de l’ignorance humaine dans l’explication des mystères des lois de l’univers. Le cosmos est sans commencement et sans fin, mécanique dans son existence et son mouvement, et il est à lui-même sa propre fin.
À l’inverse, nous constatons avec surprise que la Sainte Écriture jette une autre lumière sur les vérités. Le cosmos est la création du Seigneur Créateur. Le cosmos est un don. Le cosmos a été donné pour construire une relation. Le cosmos ne se comprend pas comme une existence mécanique, mais comme un appel divin. Lorsque tu offres un cadeau à ton fils, et que celui-ci prend le cadeau et y fixe les yeux sans te regarder ni te dire merci, il a ignoré la vérité de ce cadeau, si précieux soit-il, et il a perdu ce qui est plus précieux encore : son père, l’amour, et le but de ce cadeau, son sens et son message.
Le christianisme ne porte pas un regard négatif sur la création, les sciences appliquées, la recherche, la créativité et les inventions ; celles-ci ne peuvent susciter chez les chrétiens ni « jalousie », ni « peur », ni « hostilité », bien au contraire. Le christianisme sanctifie ces énergies et ces chemins de connaissance. Mais il précise que la recherche et le cosmos, si sacrés soient-ils, n’abolissent pas et ne doivent pas faire oublier la vérité du Créateur qui les donne.
Le cosmos est une création qui a sa cause et sa finalité. Et cette cause et cette finalité, la recherche scientifique ne les explique pas. Dans le christianisme, le savant doit être plus qu’un « chercheur ». Dans la vision cosmique, le savant est celui qui accumule la plus grande quantité et la plus grande variété d’informations : le savant est d’autant plus grand que son stock d’informations est vaste. Ce n’est pas là le savant selon le christianisme. Le savoir informatif n’est pas la sagesse de vie. Chez le génie et le savant, les connaissances ne suffisent pas : il faut voir, à travers tout cela, sa sagesse. L’image du génie qui ne sait pas se conduire avec sagesse dans la vie, du savant qui ne sait pas bâtir une famille digne, ou du chercheur qui passe sa vie au microscope sans savoir nouer une amitié : aucune de ces images n’est pour nous le véritable modèle de l’homme.
Ce sont des beautés qui ajoutent à la parure de l’homme, mais elles ne constituent pas son essence. La recherche nous fait connaître le « comment » de la création, tandis que la révélation divine nous dit le « pourquoi ». Savoir comment la terre tourne autour du soleil est une chose très importante, et même sacrée du point de vue religieux ; mais ne pas savoir « pourquoi », c’est une « véritable ignorance » ! Car nous perdons alors les vérités les plus importantes de la connaissance. Le cosmos ne peut pas devenir la fin de l’homme, mais seulement un moyen. C’est pourquoi la question du « comment » ne peut jamais devenir plus importante que celle du « pourquoi ». La vraie connaissance de toute chose exige d’en connaître d’abord la cause et la finalité, puis d’en rechercher le fonctionnement.
Cette causalité, quant au commencement et quant à la fin — pourquoi le cosmos existe-t-il ? vers quoi va-t-il ? —, n’est pas une question moins importante que : comment fonctionne le cosmos ? En même temps, le christianisme n’est pas une religion philosophique qui pousserait l’homme à se résigner à l’ignorance et à la paresse, à renoncer à la recherche, et le jetterait dans des questions philosophiques pour satisfaire son ignorance. Au contraire, le christianisme est une mise en ordre des vérités, de sorte que nous unissions dans la vie les deux questions, avec la priorité et la hiérarchie qui conviennent.
Dans la célèbre réponse de Jésus lors de la tentation sur la montagne, « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu », deux vérités apparaissent. La première, quand il dit « seulement », indique que le pain aussi est nécessaire ; la seconde, quand il dit « mais », montre que la parole divine occupe la première place dans la hiérarchie. Vaut-il mieux choisir de nourrir l’homme en le privant de ses droits humains, ou choisir — s’il le faut — une privation de nourriture en préservant tout ce qui est humain ?
Le Seigneur Jésus appelle à l’équilibre : garder le pain dont nous avons besoin, « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », et préserver la primauté et la souveraineté de l’esprit : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice. »
C’est exactement la « chasteté » par laquelle l’hymnographe conclut : user de tout ce qui est dans le monde, mais à trois conditions. Premièrement, rendre grâce au Donateur et se souvenir de lui ; deuxièmement, en user le mieux possible, en développant la recherche scientifique, la créativité et la raison ; troisièmement, savoir pourquoi nous en usons, c’est-à-dire conduire le cosmos à sa fin, l’élever vers Dieu comme un royaume. Nous l’avons reçu de lui comme un don ; nous le lui rendons comme une offrande et un hymne d’action de grâce.
Il y a donc deux manières de connaître les vérités de la vie. La première est la manière tronquée et étroite : la recherche cosmique et scientifique sans regard plus large sur les vérités premières du cosmos. La seconde est la révélation divine, qui explique les commencements et les fins, les causes et la finalité.
La première manière part du cosmos et s’y achève. La seconde part de Dieu et va vers lui. La première met Dieu dehors. La seconde embrasse le monde et y rend Dieu présent. La première est une création humaine, la seconde une révélation divine. Entre les mages et la Vierge, le contraste est évident : eux étaient des chercheurs sans sagesse, elle était une simple jeune fille, mais d’une sagesse divine. Et l’étoile a conduit ceux-là jusqu’à celle-ci. L’histoire du cosmos, par une intervention divine, a marché vers sa fin, pour se prosterner devant la Sagesse divine. Dieu a guidé l’étoile, instrument de la recherche, pour qu’elle conduise les chercheurs vers le but de toute recherche. La science peut contenir la plus dangereuse semence d’ignorance : ignorer le commencement et la fin, que la révélation divine est venue nous apporter. C’est pourquoi l’hymnographe s’écrie :
« Réjouis-toi, illumination des initiés de la Trinité ! »




