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Méditation du deuxième dimanche du Carême (dimanche des saintes reliques et mémoire de saint Grégoire Palamas)

Méditation du deuxième dimanche du Carême (dimanche des saintes reliques et mémoire de saint Grégoire Palamas) – Marc 2, 1-12

L’Église grecque-melkite catholique vénère les reliques des saints. C’est le patriarche Maximos III Mazloum, de bienheureuse mémoire, qui a institué la fête des saintes reliques par sa lettre patriarcale du 1er décembre 1843 ; c’est lui aussi qui en a organisé la célébration et qui a rassemblé et composé les pièces chantées dans l’office divin propre à cette fête. La fête des saintes reliques complète ainsi la fête de la vénération des saintes icônes.

Auparavant, dans la seconde moitié du XIVe siècle, l’Église de Constantinople avait commencé à célébrer, en ce dimanche, la mémoire de notre père parmi les saints Grégoire Palamas, archevêque de Thessalonique. Cette tradition s’est ensuite étendue peu à peu à toutes les Églises byzantines.
Lors de son synode de 1971, l’Église grecque-melkite catholique a adopté la fête de saint Grégoire Palamas en ce dimanche.

Vie de saint Grégoire Palamas, archevêque de Thessalonique : il est né vers 1296 à Constantinople, dans une famille aisée et nombreuse. Orphelin de père, il fut élevé par sa mère, qui veilla à donner à ses enfants une bonne éducation chrétienne. Le jeune homme pieux reçut une vaste culture religieuse et littéraire dans les meilleures écoles. Vers l’âge de vingt ans, attiré par la vie ascétique, il se rendit à la Sainte Montagne (l’Athos) et se mit à l’école des anciens les plus savants et les plus saints. Il persuada ensuite sa mère et ses frères et sœurs de suivre le chemin du renoncement et de la vraie piété : ils distribuèrent leurs biens aux pauvres et entrèrent tous dans des monastères. Mais les erreurs répandues à son époque, en particulier au sujet de la prière hésychaste et de la lumière incréée, le ramenèrent à défendre la foi orthodoxe. Il fut ordonné prêtre, puis évêque, et lutta avec un courage rare, réfutant les discours des hérétiques et préservant son troupeau de leur ivraie. Il s’endormit dans le Seigneur vers l’âge de soixante-trois ans, en 1359, laissant le souvenir d’un moine mystique et d’un bon et fidèle pasteur. Grégoire Palamas, théologien de l’Église, a connu dans la lumière la source de sa lumière ; sa foi en Dieu l’a conduit vers Celui dont l’éclat ne se couche pas, et il l’a glorifié à son tour.

Comme nous l’avons dit, en ce cinquième dimanche avant la glorieuse Pâque, nous vénérons les saintes reliques. Les saints ont glorifié Dieu dans leur corps, sanctifié par les saints mystères et par les œuvres de pénitence, d’ascèse, de mortification, de jeûne, de prière, de veilles et de vigiles. Ils sont pour nous un modèle sur le chemin du saint Carême et méritent notre vénération. C’est pourquoi cette fête est célébrée et l’on porte les saintes reliques en procession en ce dimanche.
Les reliques des saints sont placées dans les autels lors de la consécration des nouvelles églises, et normalement on ne célèbre la divine liturgie que sur un autel qui contient des reliques de saints. Nos prières liturgiques nous rappellent les saintes reliques lors des fêtes des saints thaumaturges dont les reliques sont conservées dans les églises des grandes villes chrétiennes.
Le premier dimanche du Carême, nous avons vénéré les saintes icônes. En ce deuxième dimanche, nous vénérons les saintes reliques. Et le troisième dimanche, nous vénérerons la sainte relique qui surpasse toutes les autres : celle du bois de la Croix vénérable. Nous faisons des processions ces dimanches-là

pour qu’elles nous accompagnent sur le chemin du jeûne vers la Semaine sainte et les joies de la glorieuse Résurrection.

Notre Évangile d’aujourd’hui nous parle de gens qui amènent à Jésus un paralytique, en lui demandant évidemment de le délivrer et de le guérir de son infirmité physique. Mais Jésus se tourne de façon étrange vers ce paralytique, alors que la paralysie est la plus visible des maladies, comme s’il ne voyait que la maladie qu’il tenait à guérir, et il lui dit : « Tes péchés sont pardonnés. » Et les assistants sont stupéfaits.

Ces événements nous laissent bien des questions. Quelle est la conception du péché chez Jésus, qui lui fait négliger le besoin physique pour se concentrer sur la maladie spirituelle ? Et ensuite, pourquoi l’Église a-t-elle choisi ce texte pour le dimanche de saint Grégoire Palamas, que nous fêtons aujourd’hui, lui qui s’est opposé au XIVe siècle au rationalisme de Barlaam de Calabre ?

Le conflit entre Palamas et Barlaam n’était pas un débat théorique et intellectuel : c’était un désaccord sur la manière dont l’homme se tient devant Dieu, l’adore, vit avec lui et marche vers lui.

Oui, peut-être l’athéisme contemporain n’est-il pas de ne pas croire à l’existence de Dieu, ce qui était la forme de l’athéisme d’autrefois, mais de falsifier et de corrompre cette foi. C’est pourquoi le danger pour la foi ne vient plus des persécutions extérieures, mais de la perte de la pureté de la foi, c’est-à-dire de l’intérieur. Si nous regardons notre conception du péché, l’une des questions les plus délicates de notre relation à Dieu, nous constatons que cette conception délicate est réellement menacée, et peut-être falsifiée, par le rationalisme occidental de type barlaamite. Voyons donc ce qu’est le péché selon notre véritable conception chrétienne !

D’un point de vue rationnel, l’homme d’aujourd’hui se demande : pourquoi, dans le langage religieux, appeler certains actes et comportements « péché », alors que bien souvent ils me semblent utiles, me conviennent ou me soulagent, et satisfont mes désirs sans nuire à personne, et parfois même semblent utiles aux autres ? Pourquoi cette notion « dépassée » et « compliquée » du péché ?

D’un point de vue rationnel, la plupart des gens analysent aujourd’hui la notion de péché en se heurtant aux anciennes conceptions « religieuses » ! Ils veulent donc dépasser tous les interdits et tout frein moral, même si cela leur coûte parfois de faire taire la voix de leur conscience, en s’accommodant de toute la confusion intérieure que laisse cette manière d’analyser. Ensuite, ils recourent à de nouvelles appellations pour justifier ces comportements. Si nous prenions les comportements humains les plus délicats et les plus importants et que nous demandions comment l’homme moderne y définit le péché, nous verrions que, souvent, nous le corrompons : nous remplaçons la corruption par l’habileté, nous confondons parfois l’amour et l’adultère, nous transformons le service en exploitation, nous substituons l’intérêt à la charité, nous définissons le bonheur par le confort… Et nous ne tardons pas à justifier tout cela par une analyse rationnelle.

Pensons rationnellement, comme l’homme d’aujourd’hui, « avec des concepts modernes », comme on dit ! Le pot-de-vin fait-il du tort s’il fait avancer les affaires de toutes les parties ? Quel est le mal de l’adultère s’il satisfait le désir des deux ? Quel est le tort de l’exploitation si elle assure l’équilibre de tous ? Est-ce une honte de chercher notre intérêt ? Et pourquoi le sacrifice et l’amour, et tous ces fardeaux évangéliques et angéliques, alors que nous sommes des hommes ? Le repos n’est-il pas dans la détente ? Cela fait-il du mal à quelqu’un ? Et bien d’autres choses encore… Où est le péché dans tout cela ?

Religieusement, et que ce mot comporte de risques et se prête à de malentendus !, nous nous trompons aussi dans l’interprétation du péché en le définissant comme une transgression du commandement divin, comme si celui qui était lésé, c’était Dieu, qui devrait, par justice, peut-être par « égoïsme » et pour son honneur, récupérer ses droits sur nous en nous infligeant des punitions dans cette vie avant l’enfer à venir. Mais en réfléchissant plus profondément, nous comprendrions que le péché ne peut pas atteindre Dieu. Si Dieu nous a donné des lois et des règles qui nous interdisent le péché, ce n’est pas pour un intérêt qui le concerne, mais pour nous, « pour que nous soyons heureux… et que nous vivions ». Le Dieu de la Bible, notre Dieu, n’est pas le dieu des épicuriens ni le dieu d’Aristote, qui ne se soucie ni de l’homme ni du monde !

La vérité du péché, d’un point de vue chrétien concret, et telle que la définit saint Grégoire Palamas, c’est le refus de Dieu comme Père, le refus de l’amour paternel, c’est-à-dire le refus de la grâce divine, et la vie dans un isolement rationnel. Ce qui a attristé le père dans la parabole du « fils prodigue », c’est le départ de son fils. Le fils a offensé son père en le privant de sa présence de fils ; c’est pourquoi ce péché n’est pardonné que par le retour. L’amour divin répandu a rendu Dieu, si l’on ose dire, « vulnérable ». Le péché, c’est de refuser la lumière et d’aimer les ténèbres quand la lumière vient à nous. Le péché du fils consiste toujours à penser seul. La plus grande offense faite au père, c’est d’ignorer son amour. Nous pouvons vivre selon la raison et décider de notre destin par nos analyses. Mais nous pouvons aussi vivre avec Dieu par la foi, et c’est seulement ainsi que nous rendons au Père ce qui lui est dû. Au fond, Adam n’a péché qu’en voulant vivre, penser et faire des projets pour lui-même sans Dieu. Nous isoler de Dieu, c’est aussi l’isoler. N’est-ce pas là le véritable athéisme, et donc le péché entre le fils et son père, entre nous et Dieu ? Le « péché », c’est de prétendre être des fils alors que l’amour du Père n’est pas en nous. Vivre avec Dieu, ce n’est pas seulement reconnaître son existence ou savoir beaucoup de choses sur lui ; vivre avec Dieu, c’est être heureux de notre vie avec lui, autrement dit que Dieu soit notre bonheur. Lire la théologie, par exemple, seulement pour savoir, c’est un péché ! Car si nous lisons la théologie sans nous réjouir, sans nous recueillir et sans vivre, nous offensons Dieu, qui est venu à nous comme vie. Dieu n’est pas venu occuper notre intelligence, mais enflammer notre cœur. La vie avec Dieu n’est pas faite d’informations, mais d’expériences. Dieu n’est ni saisi ni décrit par les études : on parle de lui à partir de l’expérience. Les études sont positives quand elles enrichissent l’expérience. Barlaam représente le leurre de la religion comme savoir ; saint Grégoire Palamas nous rappelle l’expérience de la religion comme vie.

Du point de vue orthodoxe, l’homme ne vit que de la manne céleste, c’est-à-dire de la grâce divine. L’homme ne vit pas de pain, mais de la grâce et de la parole divine qui sort de la bouche de Dieu. Sur cette base, nous définissons le péché comme une « perte » : nous refusons la grâce qui nous est donnée et nous vivons dans les limites d’une raison isolée de Dieu et de sa grâce. Le péché, c’est dire « non » à l’amour divin qui se déverse vers nous et en nous.

Crois-tu ? Voilà l’aventure de la foi, et même sa certitude : nous levons l’ancre et naviguons en nous fiant au vent de la grâce, et non à la force de nos propres rames. Toute foi a ses dimensions ; la raison a ses limites, qui ne dépassent pas les cadres charnels, humains et temporels. Les dimensions de la foi sont tout autres, car elles s’ouvrent à la grâce divine et divinisante, et nous conduisent par l’Esprit au paradis des saints.

Toute foi a un chemin et un but, et le péché, c’est d’y porter atteinte. Saint Séraphim de Sarov définit le but de la vie chrétienne comme « l’acquisition de l’Esprit Saint » ; c’est pourquoi tout ce qui entrave ce chemin est péché. C’est sur cette balance que nous devons peser le pot-de-vin, l’intérêt et tous les autres désirs… et non sur les balances rationnelles des enfants de ce siècle. Voilà notre grand péché, comme le dit l’épître d’aujourd’hui : si ceux qui ont négligé un message transmis par des anges ont été condamnés, « comment échapperons-nous si nous négligeons un tel salut » (Hébreux 2, 2-3), en refusant de chercher la grâce ?

À partir de cette vision du péché, nous comprenons pourquoi le Christ a voulu pardonner au paralytique son péché avant de guérir ses membres. D’un point de vue seulement rationnel, nous pouvons à juste titre nous demander à quoi bon le jeûne, qui serait une torture du corps, ou à quoi bon la prière, qui peut paraître naïve ! Mais si nous cherchons la grâce divine, la question s’inverse : pourquoi ne pas jeûner, ne pas prier, ne pas veiller… ?

Voilà le cri de saint Grégoire Palamas aujourd’hui : défier le rationalisme en cherchant la grâce par les jeûnes, les veilles et les prières, en nous élevant au-dessus du monde de la logique terrestre. « Le juste vivra par la foi », afin qu’en recevant dans la pureté la grâce divine, nous comprenions et méritions la parole du Christ :
« Mon enfant, tes péchés sont pardonnés ; te voilà guéri, ne pèche plus. »

Mes frères, ceux qui portent le paralytique, ce sont les saints qui nous portent dans leur prière et nous protègent par leur présence dans leurs saintes reliques, pour nous présenter au Christ afin qu’il nous guérisse.
Et nous aussi, nous sommes des reliques vivantes dans l’Église : nous nous portons les uns les autres dans la prière et le jeûne, nous nous présentons les uns les autres au Christ en lui demandant le salut, le pardon de nos péchés et la guérison de la paralysie de nos âmes et de nos corps.
Ce paralytique est la leçon la plus importante : il ne s’est pas résigné à sa paralysie, il n’a pas considéré le péché et la maladie comme une fatalité, et il n’a pas laissé le désespoir s’emparer de son cœur. Ce paralytique a accepté le pardon offert par le Christ et a reçu la guérison comme un grand don de Dieu. Il est un modèle de patience dans la souffrance et d’espérance ; il est un modèle de foi.
Je dis à ma chère paroisse : le salut est dans le Christ ; l’important, c’est de le prier et de l’entendre te dire : « Tes péchés sont pardonnés. Lève-toi ! Debout ! » Amen.

Note : la date et le lieu de naissance de saint Grégoire Palamas (vers 1296, à Constantinople), la date de sa mort (1359) et l’objet de la controverse (l’hésychasme et la lumière incréée) ont été rectifiés par rapport au texte arabe.

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