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Et le clou fut enfoncé

… Et le clou fut enfoncé

… Ô jeune homme… au nom de Dieu… tu m’as fait mal…

… Ça, c’est toi… et ça, c’est moi… la même douleur… et le même bourreau… l’homme.

… Moi, le clou, on m’a enfoncé dans ton corps… et de ma douleur j’ai crié… Oui, je suis dur… mais ne soyez pas injustes envers moi… je ne suis pas à votre mesure, ô humains.

… Je veux que vous écoutiez mon histoire… et jugez vous-mêmes.

Au sommet du Golgotha… lors d’une discussion… les bois de la croix m’ont saisi… et m’ont demandé :

Comment… peux-tu trahir un Dieu qui s’appelle Dieu ?

Comment… peux-tu planter tes crocs dans son corps ?

Comment… peux-tu te venger d’un homme qui a dit de lui-même qu’il était Dieu ?

Comment… peux-tu le forcer à changer sa parole et son témoignage… et à cesser de dire : « Je suis le pain de vie… aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » ?

… Ô monde, ô humains… eux m’ont interrogé… et vous aussi vous m’interrogez… Sur quoi dois-je vous jurer que je ne vous ressemble pas, que je ne suis pas un criminel et un traître comme vous ? Vous avez tué votre Seigneur et vous venez m’en accuser… Ce n’est pas juste, je ne suis pas un homme.

… Non !… Arrêtez : je suis dur, c’est mon identité… je suis du fer… c’est ma nature… Écoutez-moi, ô humains, vous qui dites de vous-mêmes que vous êtes enfants de Dieu.

… Dès le début du chemin, le marteau et moi sommes devenus amis… nous ne faisions plus qu’un… Tous les deux, vous nous avez accusés de la mort de Dieu, et nous n’y sommes pour rien.

… Pilate nous a volé son innocence… il s’est lavé les mains avant que nous puissions nous jeter dans le bassin de l’innocence… pour purifier nos mains d’une œuvre qu’on nous a imposée.

… Caïphe, l’homme du pouvoir, et ceux qui étaient avec lui… ont planté leurs ambitions, leur trahison et leurs intérêts dans le corps de leur Dieu… et c’est à moi qu’on donne le nom de clou.

… J’ai eu honte pour eux.

… Les Juifs t’ont rejeté, ô Dieu, parce que tu n’as pas exaucé leurs désirs et leurs ambitions.

… « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »… c’était leur voix… Et quelques jours plus tôt, c’était « Hosanna »… une contradiction qui fait peur.

… Ils t’ont vendu comme Judas… ils ont oublié ce que tu as fait pour l’aveugle, le paralysé et la femme qui perdait son sang… ils ont fait semblant d’oublier que tu as nourri cinq mille d’entre eux.

… Ils t’ont chargé d’une grande croix… pleine de douleur, de larmes et d’années passées… son bois rongé par leur haine, leur péché et leur orgueil… et lui, toujours Dieu.

… Ils ont traîné ton visage dans la poussière de leur Golgotha… ils se sont moqués de toi, ont ri de toi, leurs yeux écarquillés sur toi… « Qui es-tu, toi ? Tu es le Messie ? Si tu es vraiment Dieu, sauve-toi toi-même… et sauve-nous. »

Et moi, le clou, j’ai serré contre moi mon compagnon le marteau… nous étouffions dans la main de ce soldat, incapables de te protéger de leur injustice… Nous attendions, immobiles, que tu arrives… Nous pensions que si nous nous agenouillions devant toi et que tu voyais nos larmes… nous pourrions peut-être alléger un peu ta douleur…

… Et l’heure est venue… et le clou fut enfoncé.

… Je me suis ramassé sur moi-même et j’ai murmuré à mon marteau : « Doucement, frappe-moi doucement… ménage-moi juste cette fois, ne frappe pas trop fort… c’est injuste, il n’a rien fait, crois-moi. »

… Comment aurais-je le cœur de m’enfoncer dans son corps… lui qui a ôté les clous de la douleur, de la maladie et du péché du cœur des hommes ?

La main romaine m’a saisi et m’a posé sur la main de ce jeune homme… je me suis senti comme une petite fleur qu’on plante dans un grand désert… un désert assoiffé à force d’avoir donné… cette main qui a donné la vie à tant de gens… et touché tant de visages, leur rendant l’espérance.

Et en un instant, le marteau est tombé sur ma tête… et j’ai senti mon corps se noyer dans les cellules de son corps… j’ai senti ma matière devenir vie… je suis passé d’un clou inerte… à une larme versée sur sa paume, recueillant les larmes de son sang…
… (((Tu m’as fait mal, ô Dieu, tu m’as fait mal)))…

… Ta tendresse et ton amour ont brisé ma dureté… ton regard et ton cri ont fait taire en moi ma froideur… la chaleur de tes veines m’a volé mon ambition… Que puis-je désirer de plus que d’être enfoncé, de m’assoupir et de m’endormir dans la main de Dieu ?

… Le clou est devenu un rêve… et il fut enfoncé.

… Et la crucifixion est devenue réalité… celui qui la portait est mort… mais il est devenu le signe… il est devenu la Résurrection.

Étrange, cette vie… la douleur de sa croix m’a fait oublier la mienne.

… N’étais-je pas là dès qu’il est venu en ce monde ?

… J’étais enfoncé dans sa mangeoire…

… Avec Joseph, dans l’atelier et la menuiserie, j’étais son compagnon…

… Et dans le bois de la barque, je l’accompagnais… mais je n’imaginais pas que j’en arriverais à partager sa souffrance… c’est ainsi, ce monde.

… Voilà Dieu… voilà moi… et voilà vous.

Mes frères, bonjour dans le Seigneur… Pardonnez à ce clou s’il est dur dans ses paroles… mais il n’est pas plus dur que notre péché et notre éloignement de celui qui nous a créés… Revenez à lui : il vous aime… et il veut votre salut… c’est lui qui change le rocher en ruisseaux…
… et en sources de vie.

… Que votre journée soit bénie…

… Que Dieu vous sanctifie, ô fous du Seigneur…

… Et félicitations au clou : il est devenu fou comme nous…

… B. J.

Père Boutros Akouri, antonin

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