La fête de la Nativité de la très sainte Mère de Dieu, et le dogme de l’Immaculée Conception selon l’Église catholique et l’Église orthodoxe
Lorsque nous considérons la vie de la sainte Vierge Marie et méditons sur son parcours très pur, nous devons nous appuyer sur les livres de la Révélation divine et sur les vastes études laissées par les Pères de l’Église dans leur interprétation de la Sainte Écriture. Selon l’enseignement de ces Pères, des dizaines de prophéties annoncées par la Révélation divine et consignées dans les livres prophétiques de l’Ancien Testament se sont accomplies en la Vierge Marie ; les Pères ont aussi vu dans certains personnages et événements de l’Écriture des symboles et des figures qui la désignent.
Elle est la femme visée par la promesse de salut que Dieu fit à l’homme : « La descendance de la femme écrasera la tête du serpent » (Gn 3, 15) ; sa descendance, c’est le Christ Jésus, conçu en elle de l’Esprit Saint et non d’une semence d’homme. Elle est la nouvelle Ève, comme son Fils, le Christ, est le nouvel Adam. Et si Dieu prit une côte du côté d’Adam pour en faire Ève, la première femme, dans le renouvellement de la création le Dieu incarné, second Adam, est né de la Vierge, qui est la seconde Ève. Elle est la Vierge dont le prophète Isaïe (VIIIe siècle avant J.-C.) a dit dans sa célèbre prophétie : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel » (Is 7, 14), ce qui se traduit : « Dieu avec nous » (Mt 1, 23). Les Pères ont traité dans leurs écrits de ces prophéties, de ces symboles et de ces figures, et en ont intégré certains dans les livres de prière.
Les justes d’autrefois ont aussi donné à Marie, fille de David, la sainte Vierge, des noms beaux et lumineux : Ézéchiel, fils de l’exil, l’a appelée « porte fermée » ; Salomon l’a nommée « jardin clos et source scellée » ; David l’a appelée « ville où le Christ a germé comme l’herbe », sans semence, « et il est devenu la nourriture des peuples » ; et au jour de sa naissance, il nous a délivrés de la malédiction.
« Le buisson que Moïse vit sur le mont Sinaï te préfigure, ô sainte Vierge : le buisson représente ton corps saint, ses feuilles qui ne brûlaient pas symbolisent ta virginité, et le feu dans le buisson symbolise Dieu qui a demeuré en toi. »
« Le char que vit Ézéchiel, le prophète élu, n’atteint pas ta beauté : les vivants qui y sont attelés et les chérubins bénissent, et les figures des quatre visages — celles du lion, du taureau, de l’aigle et de l’homme — diffèrent les unes des autres. Mais tes genoux, ô Mère bénie, sont devenus pour lui un char, tes bras une roue, et ta bouche chante la gloire. »
« Moïse t’a préfigurée par le buisson (ô Marie), David ton père par l’arche d’alliance, Gédéon par la toison, et Jacob le juste par l’échelle par laquelle le genre humain est monté au ciel. »
« Bienheureuse es-tu, Marie, car l’arche d’alliance que Moïse fit comme modèle te préfigure de manière mystique : elle contenait les deux tables écrites par Dieu, mais toi, Marie, tu as porté le vrai pain de la vie. »
« Le rocher d’où jaillirent des fleuves dans le désert te préfigurait, ô sainte Vierge : de toi s’est levé pour le monde le Fils de Dieu, qui est le rocher de la vérité, selon la parole de l’apôtre Paul. Ô Vierge pleine de charme, c’est de toi que le roi David a prophétisé en disant : La fille du roi se tient (à la droite du roi) dans la gloire et la sainteté ; le roi a désiré sa beauté, il est descendu et a demeuré en son sein. »
Certains Pères ont vu encore d’autres symboles de la Vierge, comme l’arbre du mont Moriah qui porta le bélier par lequel Isaac fut sauvé du sacrifice, ou le bâton d’Aaron qui fleurit et produisit des amandes, et d’autres encore.
La généalogie de la Vierge
La sainte Vierge Marie appartient à la tribu de Juda ; elle est de la descendance de David. Elle est apparentée à Élisabeth, mère de Jean le Baptiste, que l’Évangile appelle la parente de la Vierge (Lc 1, 36) ; on dit qu’elle était sa tante. Salomé, femme de Zébédée et mère de Jacques et de Jean, était elle aussi apparentée à la Vierge Marie (Mt 27, 56 ; Mc 15, 40). L’Évangile donne la généalogie du Seigneur Christ du côté de Joseph, l’époux de la Vierge (Mt 1, 16 ; Lc 3, 23 ; Ac 2, 30 ; Rm 1, 3), et la Vierge et Joseph sont de la même tribu.
La Vierge Marie descend donc des prêtres, des rois et des prophètes ; elle est fille de David. C’est pourquoi l’ange, en lui annonçant la conception divine, lui dit : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils… Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob » (Lc 1, 31-33).
Joachim et Anne, les parents stériles de la Vierge Marie
La tradition de l’Église, s’appuyant sur l’enseignement des apôtres, rapporte que les parents de la Vierge Marie étaient Joachim et Anne ; que le père d’Anne était le prêtre Matthan, de la tribu de Lévi et de la maison d’Aaron, et que la mère d’Anne était Marie, de la tribu de Juda. Joachim et Anne vivaient dans un village près de Nazareth, en Galilée ; ils étaient aisés et partageaient leurs revenus entre le Temple et les pauvres, gardant le reste pour leurs besoins. Ils étaient stériles, justes devant Dieu et marchant selon ses lois divines. Chez les Juifs, la stérilité était considérée comme une malédiction de Dieu et une honte devant les hommes, car toute jeune fille juive espérait et priait pour que naisse d’elle le Christ, le Messie attendu. Joachim et Anne persévéraient donc dans la prière et suppliaient Dieu d’ôter la honte de leur maison ; ils arrivèrent ainsi à la vieillesse sans que leur prière fût exaucée.
On raconte qu’un jour Joachim vint au Temple du Seigneur pour présenter une offrande, et que le prêtre la refusa parce que celui qui l’offrait était « stérile ». Joachim rentra chez lui, affligé, le cœur brisé, humilié, et pleura beaucoup devant Dieu, avec son épouse Anne. Dieu exauça leur prière et leur donna une fille qu’ils appelèrent Marie. Selon certains, ce nom serait araméen, composé de « mor » et « yam », et signifierait « mer d’amertume » ; d’autres disent que le nom Marie signifie « étoile de la mer », ou encore « lumière ».
La conception immaculée de la Vierge et sa naissance
Il faut rappeler ici que la conception de la Vierge Marie s’est faite selon la loi naturelle : elle est née d’un homme, Joachim, et d’une femme, Anne ; la Vierge est fille de parents stériles, comme Isaac, Samuel et Jean le Baptiste.
Nous entrons ici dans une divergence doctrinale. L’Église orthodoxe n’accepte pas le dogme de l’Immaculée Conception ; elle dit que la Vierge, comme ceux-là et comme tous les hommes, a hérité de ses parents la faute de nos premiers parents, Adam et Ève, appelée « péché originel » ou « péché ancestral », qui concerne toute l’humanité depuis Adam : lorsqu’il pécha, il représentait sa descendance, et sa postérité a participé à la responsabilité de ce péché, qui ne pouvait être effacé de l’humanité déchue que par l’incarnation de la deuxième Personne de la Sainte Trinité.
C’est pourquoi l’apôtre Paul dit : « Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché » (Rm 5, 12). Et David dit : « Voici que je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère » (Ps 50, 7 ; 51, 7). Nul de ceux qui ont revêtu la chair n’a été exempté de l’héritage de ce péché, sinon notre Seigneur Jésus-Christ, « qui a tout pris de nous, excepté le péché », et qui est devenu propitiation pour les péchés du monde : « Ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus. Car Dieu a exposé le Christ comme instrument d’expiation, par le moyen de la foi en son sang, pour montrer sa justice, en passant par-dessus les péchés commis autrefois, au temps de sa patience » (Rm 3, 24-26). Et de même que par un homme le péché est entré dans le monde, de même par un homme il a été ôté (Rm 5, 12.15). La Vierge, selon l’Église orthodoxe, est donc née comme tous les hommes sous l’empire du péché ; elle est née probablement à Nazareth.
Dans l’enseignement de l’Église catholique, en revanche — enseignement lui aussi tout à fait recevable —, l’Immaculée Conception, ou « Notre-Dame conçue sans péché », est un dogme chrétien concernant la Vierge Marie, qui relève de la mariologie. Bien qu’on le trouve dans de nombreux écrits des Pères, il a été défini officiellement sous le pontificat du pape Pie IX en 1854. Il affirme que la Vierge Marie a été conçue sans hériter du péché originel, c’est-à-dire du péché d’Adam et Ève dont hérite le genre humain ; non par ses propres forces, mais, comme le dit la définition du dogme, « en vue des mérites de Jésus-Christ ». Autrement dit, Jésus l’a sauvée elle aussi, comme tous les chrétiens, mais d’une manière unique, avant sa prédication et sa crucifixion, dès le premier instant où elle fut conçue dans le sein de sa mère. Le dogme ne dit pas que sa conception s’est faite sans union charnelle ; il dit que Marie a été préservée du péché originel dès le premier instant de sa conception. Le but du dogme est d’affirmer que la Vierge n’a jamais eu aucun lien avec le péché : elle est toute pure, sans péché originel ni personnel, depuis le premier instant de sa conception et pendant toute son existence humaine, en raison de la place qu’elle allait occuper comme Mère de Dieu.
La théologie catholique explique ainsi la définition donnée par Pie IX :
« L’Immaculée Conception, la préservation du péché originel, fut pour Marie un don de Dieu et une disposition exceptionnelle accordée à elle seule. On voit par là la cause efficiente de la conception immaculée de Marie : c’est le Dieu tout-puissant ; et la cause méritoire : c’est Jésus-Christ Rédempteur. Il en résulte que Marie avait besoin de la rédemption et qu’elle a été effectivement rachetée : par son origine naturelle, elle était, comme tous les enfants d’Adam, soumise à la nécessité de contracter le péché originel ; mais par une intervention spéciale de Dieu, elle a été préservée de la souillure du péché originel. Elle a ainsi été rachetée par la grâce du Christ, mais d’une manière plus parfaite que tous les autres hommes. Et la cause finale prochaine de la conception immaculée de Marie est sa maternité divine. »
L’Église catholique voit aussi plusieurs passages de l’Écriture qui appuient ce dogme, comme le Cantique des cantiques (4, 7) : « Tu es toute belle, ma bien-aimée, et sans tache aucune. » Les chrétiens croient que ce verset s’applique à Marie et à son absence de toute « tache », le péché originel étant l’une de ces taches.
De même, elle est appelée « Comblée-de-grâce » en Luc 1, 28 : être rempli de grâce implique aussi d’être libre du péché originel. Par ailleurs, certaines traductions portent « toi qui as reçu la faveur de Dieu », ce qui amène à se demander quand a commencé cette faveur et cette plénitude de grâce ; elle doit s’étendre à toute la vie de la Vierge, depuis le premier instant.
D’autres passages s’appuient sur le livre de Ben Sira et sur d’autres livres de l’Ancien Testament, ainsi que sur les écrits des premiers Pères de l’Église.
Comme nous l’avons dit, les Églises orthodoxes s’opposent au dogme de l’Immaculée Conception et le jugent contraire à l’enseignement de l’Écriture. L’objection vient surtout de la parole de Marie dans l’Évangile de Luc : « Exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur » (Lc 1, 47). Mais les théologiens catholiques n’y voient pas de contradiction, puisque le salut a été accompli par Jésus, son Fils, que ce soit avant ou après la crucifixion ; d’autant que le livre des Psaumes dit : « Le Très-Haut a sanctifié sa demeure » (Ps 45, 5 selon la Septante ; Ps 46, 5) : comment le Fils aurait-il pris pour demeure un corps marqué du péché originel ? La seconde objection vient de la lettre aux Romains, qui affirme l’universalité du péché originel pour tous les hommes. Mais les théologiens catholiques font remarquer que la lettre aux Hébreux dit aussi que les hommes ne meurent qu’une seule fois (He 9, 27), et pourtant l’Ancien et le Nouveau Testament mentionnent plusieurs personnes revenues à la vie par un miracle, qui sont donc mortes deux fois et non une seule : l’exception est donc toujours possible.
Les Églises orthodoxes orientales ont rejeté ce dogme, considérant qu’il ne relevait pas de la substance de la foi et qu’il n’y avait pas besoin d’une définition dogmatique particulière, conformément à leur conception du péché originel. Quant à Martin Luther, il aurait accepté l’Immaculée Conception, en s’appuyant sur saint Augustin ; mais la plupart des protestants considèrent ce dogme comme une controverse théologique inutile.
Cependant, l’Église catholique précise et affirme que, si la Vierge a été préservée du péché originel, elle n’a pas été exemptée des suites du péché, c’est-à-dire de la souffrance et de la douleur.
« Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! » (Lc 1, 49)
La vie de la Vierge Marie est le meilleur commentaire de ce verset, et la vie de la Mère de Dieu est le meilleur exemple pour nous, les hommes.
Une créature humaine comme nous, sanctifiée par la grâce, a enfanté Dieu. Quel grand mystère, qui dépasse toute intelligence ! Une vierge devient Mère de Dieu ! Dans cette seule expression se trouve « tout le mystère de l’économie du salut » (saint Jean Damascène).
L’humilité de la Vierge Marie a attiré Dieu : voilà le cœur du sujet. « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8). Elle n’a pas seulement vu Dieu : elle l’a porté en son sein. Ainsi, par son chemin, s’accomplissent les paroles des prophètes sur le salut que Dieu avait promis aux hommes. Dieu se fait homme.
L’Église célèbre la Nativité de la Vierge parce qu’en elle s’est accompli le dessein divin du salut des hommes. De sa naissance, nous tirons cette leçon : « Tout être humain qui naît est un projet de sainteté et un porteur de Dieu », s’il le veut, bien sûr. L’Église célèbre d’ailleurs plusieurs fêtes de la Mère de Dieu au cours de l’année.
Mais il faut bien comprendre que toutes les grandes fêtes de l’Église (au nombre de douze, sans compter Pâques), fixes ou mobiles, sont des fêtes du Seigneur, parce qu’elles tournent autour du Seigneur Jésus-Christ et lui sont liées. Elles sont appelées « fêtes du Seigneur » (du mot « Seigneur », et non « Notre-Dame »). Même la Nativité de la Mère de Dieu, son Entrée au Temple, l’Annonciation et la Dormition, qui font partie des douze grandes fêtes, sont des fêtes du Seigneur liées à lui, même si on les appelle fêtes de la Mère de Dieu.
Il est à noter que la fête de la Nativité de la Mère de Dieu (8 septembre) est la première grande fête dans l’Église byzantine, puisque l’année liturgique commence le 1er septembre ; de même, la fête de la Dormition de la Mère de Dieu est la dernière grande fête, le 15 août.
Pourquoi l’Église a-t-elle choisi de célébrer cette fête précisément le huitième jour de l’année ecclésiale ?
La réponse tient à ce que représente ce jour : c’est le jour qui vient après les six jours de la création et le jour du sabbat. Si le septième jour est celui de l’Ancien Testament, le huitième jour est celui du Nouveau Testament.
Dieu a créé le monde en six jours et s’est reposé le septième. Le huitième jour vient comme le jour eschatologique, le jour du Royaume, que le Seigneur Jésus a inauguré par sa résurrection d’entre les morts. Par la résurrection, ce jour pascal est devenu à la fois le premier et le huitième jour, et il nous reste ouvert pour l’éternité ; nous le commençons dès ici-bas.
C’est pourquoi l’Église nous dit en cette fête : « Aujourd’hui l’humanité naît comme une création nouvelle, après être tombée autrefois par le péché, et elle commence son cycle pour traverser l’océan de l’année jusqu’à la glorieuse Résurrection. » Et celui qui croit au salut de notre Dieu ne meurt pas au terme de ses années, mais il s’endort comme la Mère de Dieu, et Dieu le prend auprès de lui pour la vie éternelle.
De cette nature même, sur laquelle l’ennemi de l’homme avait lancé ses flèches pour la détruire, est venu celui qui a écrasé la tête du serpent et ouvert à l’humanité les portes des cieux.
Par là aussi, l’Église a voulu dire que la Mère de Dieu, qui a porté en son sein Celui qui tient tout en son pouvoir, porte en son sein tout le cycle de nos fêtes liturgiques, du début à la fin.
Comment en serait-il autrement, puisqu’elle est la Mère qui nous accueille : chaque fois que nous regardons son icône, c’est elle qui nous regarde en face pour nous dire : « Exultons ensemble pour le Seigneur Jésus-Christ, il est l’unique Sauveur. Mon Dieu et votre Dieu, mon Sauveur et votre Sauveur. » Avec la naissance de Marie commencent les premières annonces de la joie et l’accomplissement de la promesse du salut. Cette enfant sera la Mère de Dieu. Elle a vaincu toutes sortes d’épreuves par son amour passionné pour Dieu et son union à lui. Nous sommes donc appelés à suivre ses pas et à la prendre pour modèle : celui qui s’unit à Dieu et à sa grâce triomphe de toutes sortes de péchés.
Le péché n’est jamais plus fort que l’homme, si grand et si lourd soit-il : il est vaincu par la lumière du Christ. Cela nous rappelle ce que Dieu dit à Caïn dès le début de la Genèse : « Le péché est accroupi à ta porte. Il est à l’affût, mais toi, domine-le » (Gn 4, 7). Ces mots, « toi, domine-le », sont pour chacun de nous : nous dominons le péché en demeurant fermes en Dieu.
Avec la naissance de Marie commence notre voyage de retour vers le Royaume. Et avec sa dormition et son passage au ciel s’accomplit ce que le Seigneur Jésus nous a dit : « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (Jn 11, 25). Nous avons été créés pour être des êtres de résurrection, dans le Ressuscité, pour toujours.
L’histoire de la fête
L’origine de la fête remonte au milieu du Ve siècle à Jérusalem, lorsqu’une église fut consacrée à la Mère de Dieu près de la « piscine probatique », ou piscine de Bethesda, à Jérusalem.
De Jérusalem, la célébration de la Nativité de la Vierge passa au VIe siècle à Constantinople, où saint Romain le Mélode composa les hymnes propres à cette fête ; nous en chantons encore certaines dans nos offices.
De l’Orient, la fête passa en Occident sous le pape Serge Ier (687-701), originaire d’Antioche.
Comme nous l’avons dit, le Nouveau Testament ne dit rien de l’enfance de Marie, ni de sa naissance ni de sa dormition, car le but des Évangiles est d’annoncer le Seigneur Jésus, Dieu incarné, et l’économie du salut par ses actes et ses enseignements. Mais la Tradition de l’Église, qui a gardé une place particulière à la Mère de Dieu, rapporte que sa naissance eut lieu par une intervention directe de Dieu, comme pour plusieurs personnages de l’Ancien Testament : Isaac, fils d’Abraham, Samson, Samuel et Jean le Baptiste. Tout cela s’inscrit dans le mystère de l’économie du salut.
L’une des principales sources est le « Protévangile de Jacques ». Signalons ici que les évangiles apocryphes ne sont pas tous hérétiques et corrompus : certains sont utiles, mais l’Église ne les a pas intégrés à la Bible parce qu’ils ne concernent pas directement le salut ; d’autres sont mensongers et visent à nuire à l’Église, comme l’Évangile de Judas. Les saints Pères, qui ont confirmé l’enseignement de l’Église, ont expliqué toutes ces choses, et rien n’est caché à personne : tout cela est consigné depuis les premiers siècles du christianisme.
Voici ce que rapporte le « Protévangile de Jacques » : Joachim, père de Marie, de la tribu de Juda et de la descendance de David, fut élevé dans une famille pieuse qui pratiquait la Loi et offrait des sacrifices. Il était très riche et présentait des offrandes à Dieu en disant en son cœur : « Que mes biens soient pour tout le peuple, pour le pardon de mes péchés auprès de Dieu, afin que le Seigneur ait pitié de moi. »
De même Anne, mère de la Vierge Marie, était la fille du prêtre Matthan, de la tribu d’Aaron ; mais elle était triste à cause de sa stérilité, car la stérilité était considérée chez les Juifs comme une honte et une malédiction de Dieu, tandis que l’enfantement signifiait assurer la descendance pour la venue du Messie attendu.
Anne pria le Seigneur en disant : « Dieu de mes pères, bénis-moi et exauce ma prière, comme tu as béni le sein de Sara et lui as donné un fils, Isaac. » Et voici que l’ange du Seigneur lui dit : « Anne, Dieu a entendu ta prière ; tu concevras et tu enfanteras, et ta descendance sera célèbre dans le monde entier. » Anne répondit : « Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, que ce soit un garçon ou une fille que j’enfante, je l’offrirai au Seigneur, et il consacrera sa vie au service de Dieu. » Anne conçut, et au neuvième mois elle mit au monde une fille, qu’elle appela « Marie », et elle rendit grâce à Dieu en disant : « Mon âme a été exaltée en cette heure. »
La liturgie de la fête
Les hymnes de la fête sont remplis de joie, d’allégresse et de jubilation : « Voici le jour du Seigneur ; exultez, ô peuples… » ; « Aujourd’hui sont apparues pour le monde entier les annonces de la joie… » ; « Aujourd’hui est le commencement de notre salut, ô peuples… » ; « … que la terre se pare de ses plus beaux ornements, que les rois dansent de joie, que les prêtres se réjouissent des bénédictions, et que le monde entier soit en fête… ».
Les lectures de la fête ont une grande importance, car elles relient l’Ancien et le Nouveau Testament :
- Première lecture : l’échelle dressée (Gn 28, 12-14). « (Jacob) eut un songe : voici qu’une échelle était dressée sur la terre, son sommet touchait le ciel, et des anges de Dieu montaient et descendaient. Le Seigneur se tenait près de lui. Il dit : “Je suis le Seigneur, le Dieu d’Abraham ton père, le Dieu d’Isaac…” »
La Vierge Marie est l’échelle par laquelle Dieu est descendu. - Deuxième lecture : la porte fermée du sanctuaire (Ez 44, 1-2). « Le Seigneur me dit : “Cette porte restera fermée. On ne l’ouvrira pas, personne n’y passera, car le Seigneur, le Dieu d’Israël, y est passé. Elle restera fermée.” »
Selon l’interprétation de l’Église, cette lecture désigne la virginité perpétuelle de Marie (avant, pendant et après l’enfantement) et sa maternité miraculeuse, qui dépasse toute expression. - Troisième lecture : la Sagesse et sa maison (Pr 9, 1). « La Sagesse a bâti sa maison, elle a taillé sept colonnes. Elle a tué ses bêtes, et préparé son vin, puis a dressé la table. Elle a envoyé ses servantes, elle appelle sur les hauteurs de la cité… »
Selon l’interprétation de l’Église et de ses saints Pères, ce texte désigne la Vierge Marie, la maison que Dieu, la Sagesse suprême, s’est bâtie, et l’invitation des hommes à la table du Seigneur.
La théologie de la fête
Une hymne des matines dit : « Ô merveille étonnante ! Le fruit né de la stérile, sur un signe du Créateur et Maître de toutes choses, a fait cesser avec puissance la stérilité du monde en bonnes œuvres. »
De même que Joachim et Anne sont l’image du monde stérile, Marie est l’image du monde nouveau devenu fécond, l’image de l’Église qui ne vieillit pas.
Notre joie pour la naissance de la Vierge Marie est une joie et une allégresse pour le Seigneur Jésus qui naîtra d’elle : le Christ, qui a fait de Marie la Mère de la vie par l’Esprit Saint et qui l’a rendue Mère de la lumière, fait aussi de l’Église la source de la vie.
C’est ce que nous oublions souvent : nous traitons la Mère de Dieu comme si elle existait par elle-même, indépendamment du rôle de Dieu dans sa vie. Mais l’Église appelle Marie « Mère de Dieu » dans toutes ses hymnes et tous ses chants, et elle apparaît toujours ainsi dans les icônes avec le Seigneur Jésus, sauf dans des cas très particuliers.
En définitive, la célébration par l’Église de la naissance de Marie, Mère de Dieu, est l’annonce joyeuse de la naissance de l’aube du salut, car celle qui est née de parents stériles a aimé Dieu et s’est consacrée à lui, et elle a accepté d’obéir à son dessein de salut pour enfanter le Christ au monde.
Père Gérard Abi Saab






