Les symboles de l’icône de la Théophanie
Le récit du baptême du Seigneur Jésus-Christ se trouve dans les trois Évangiles synoptiques : Matthieu 3, 13-17 ; Marc 1, 9-11 ; Luc 3, 21-22.
Le nom de la fête
La fête s’appelle « Théophanie » (Θεοφάνεια), ou fête des Lumières (Φῶτα), ou encore « Ghtas ». On emploie le nom de Théophanie (manifestation de Dieu) pour le baptême du Christ, parce que lors de son baptême par Jean dans le Jourdain, Jésus s’est manifesté au monde comme le Fils unique de Dieu, l’un de la Sainte Trinité, comme l’attestent la voix du Père et l’Esprit descendu sur lui sous la forme d’une colombe. Jean dit : « Je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël » (Jean 1, 31). En même temps, le baptême du Christ fut la première manifestation de la Sainte Trinité, comme le dit le tropaire de la fête : « fut manifestée l’adoration de la Trinité ».
Dans cette Théophanie, Dieu se manifeste comme un Père aimant : il ne demeure pas isolé dans la plénitude de sa divinité, mais il est communion par nature, et il a un Fils éternel et divin. En elle se manifeste aussi le Fils unique de Dieu, le Fils bien-aimé. Et l’Esprit Saint de Dieu se révèle comme une Personne divine unique. Que le Seigneur se manifeste publiquement au monde lors de son baptême a une bonne raison : le baptême est le symbole de la mort et de la résurrection, et le Christ est venu sur la terre pour mourir puis ressusciter. Le baptême est aussi le symbole du repentir des péchés, et le Christ est venu comme l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde et l’en délivre. Au IVe siècle, cette fête fut liée au baptême des catéchumènes, d’où son autre nom de fête des Lumières.
Quant à la célébration liturgique, jusqu’au IVe siècle on célébrait la Nativité et la Théophanie le même jour. La raison principale de fêter les deux événements le même jour se fonde sur ce que rapporte l’évangéliste Luc, qui parle de la venue du Christ pour être baptisé par Jean, quand il avait « environ trente ans » : on considérait que Jésus était venu se faire baptiser par Jean le jour de son trentième anniversaire, et qu’il commença alors sa prédication. Mais plus tard, la fête de la Nativité fut séparée de celle de la Théophanie.
L’icône de la fête de la Théophanie
Le Seigneur. Le Christ est représenté au centre de l’icône, debout dans le Jourdain, recouvert par les eaux. Il bénit l’eau de sa main droite, la sanctifie et en fait une eau de purification. Le visage du Christ est peint avec une expression majestueuse et grave, signe du grand mystère qui s’accomplit. L’icône le représente nu, comme Adam à la création, ou ceint d’un linge blanc, comme s’il montrait au monde le vêtement lumineux du paradis. Nous voyons le Christ baptisé pour ensevelir dans l’eau le vieil homme. Et quand le Christ remonte de l’eau, il fait remonter avec lui le monde entier, et il voit s’ouvrir les cieux qu’Adam avait fermés pour lui-même et pour sa descendance. La descente du Christ au fond du Jourdain préfigure sa descente aux enfers. Le Christ, innocent de tout péché, apparaît sous les traits d’un pénitent, car le baptême de Jean était un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Le Seigneur Jésus n’avait pas besoin de se convertir, mais son baptême devait « accomplir toute justice » (Matthieu 3, 15), lui permettre de partager la condition déchue de ses créatures et de les recréer pour la vie du Royaume de Dieu. Marc dit dans son récit du baptême du Christ : « Il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. Et aussitôt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer… » (Marc 1, 9-10). Le mot « aussitôt » montre que Jésus, contrairement aux autres baptisés qui confessaient leurs péchés dans l’eau, remonta tout de suite, n’ayant aucun péché à confesser.
Le ciel ouvert. En haut de l’icône est peint un demi-cercle qui symbolise les cieux ouverts, d’où partent vers le Christ des rayons lumineux.
L’Esprit sous la forme d’une colombe. L’Esprit est représenté dans l’icône au milieu des rayons qui vont du Père vers le Fils : il descend sur le Christ et désigne à Jean et aux autres le Fils de Dieu dont on entendit la voix : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » La colombe est le symbole de la douceur et de l’innocence, et, selon saint Jean Chrysostome, de la pureté. C’est pourquoi l’Esprit, Esprit de douceur, apparaît sous la forme d’une colombe. L’apparition de l’Esprit sous forme de colombe est liée aussi au déluge de Noé, où une colombe portant un rameau d’olivier annonça la fin du déluge. Ainsi, la descente de l’Esprit sous forme de colombe signifie la fin du péché et le début d’une ère nouvelle pour l’humanité, qui rassemble l’Église et la conduit « dans la vérité tout entière » (Jean 16, 13).
Jean le Précurseur. Saint Jean Baptiste est représenté debout sur la rive du fleuve, avec un respect et une humilité extrêmes ; il étend une main au-dessus de la tête du Christ tandis qu’il lève l’autre en supplication, ou tient un rouleau qui symbolise sa prédication. Saint Jean Chrysostome dit de Jean Baptiste : « Il n’a pas labouré la terre, il n’a pas tracé de sillon, il n’a pas mangé son pain à la sueur de son front. Sa table était simple, son vêtement plus simple encore, et sa demeure la plus simple de toutes. Il n’avait besoin ni de toit, ni de lit, ni de table, mais il a montré dans son propre corps les signes d’une vie angélique. » Jean vint du désert après trente ans ; son aspect et son vêtement symbolisaient la libération des choses humaines et la conversion, qui résumait toute sa prédication : « Produisez donc des fruits qui expriment votre conversion » (Luc 3, 8). Jean fut saisi de crainte à l’idée de baptiser le Christ, qui, en venant se faire baptiser par lui, semblait inverser les rôles : le Maître vient avec les serviteurs demander le baptême à un serviteur. Comme le dit saint Cyrille de Jérusalem : « Jean est grand, mais qu’est-il à côté du Seigneur ? Puissante est la voix, mais qu’est-elle à côté du Verbe ? Excellent est le héraut, mais qu’est-il à côté du Roi ? Bon est celui qui baptise dans l’eau, mais quelle comparaison avec celui qui baptise dans l’Esprit Saint et le feu ? »
Les anges au service de l’événement. L’icône représente aussi deux ou trois anges debout sur l’autre rive du fleuve, la tête inclinée et les mains couvertes de linges, prêts à accueillir le Seigneur.
Le Jourdain. Au centre de l’icône, le Jourdain est peint entre de hauts rochers qui l’entourent des deux côtés. L’eau est sombre, agitée et rapide, mais elle semble ne pas toucher le corps très pur du Christ. Naaman le Syrien fut purifié de sa lèpre en se lavant dans le Jourdain ; cet épisode était une figure du baptême du Christ qui nous purifie de nos péchés, et le signe du salut qui serait donné à tous les peuples, et non seulement à Israël, par le Christ (2 Rois 5, 10-14).
La hache et l’arbre. Derrière Jean est peint un arbre avec une hache, rappel de la parole que Jean adressa aux pharisiens et aux sadducéens : « Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu » (Luc 3, 9 ; Matthieu 3, 7-10). C’est le symbole du tranchant de la Parole, qui séparera le mal du bien et le croyant de l’incroyant ; par elle, Jean voulait rappeler aux Juifs la chute de la dignité héritée des pères et le double châtiment : la coupe et le feu. Ainsi, l’icône nous parle du sens de la fête et nous rappelle les paroles de saint Grégoire le Théologien dans son discours sur la Théophanie : « Le Christ est illuminé : resplendissons avec lui. Le Christ est baptisé : descendons avec lui dans le fleuve, pour remonter aussi avec lui. »
P. Gérard Abi Saab




