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Méditation du dimanche de la Sainte Pentecôte

Méditation du dimanche de la Sainte Pentecôte
(Jean 7, 37-52 et 8, 12)
« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive »

Les chrétiens ont reçu la fête de la Pentecôte des Juifs, dès l’époque apostolique. Au départ, c’était une fête agricole, la fête de la « Moisson », où l’on offrait les « prémices » des récoltes. Puis, entre le Ve et le IIIe siècle avant le Christ, elle a pris un caractère plus religieux et est devenue une fête en mémoire du salut et de l’Alliance. Elle était célébrée sept semaines après la Pâque, car selon la tradition Moïse a reçu les commandements au Sinaï cinquante jours après la Pâque (Exode 19, 1). L’Évangile de ce jour, lui, se situe pendant une autre grande fête juive, la fête des Tentes : on y faisait mémoire de la colonne de feu qui avait guidé le peuple au désert en allumant de grands chandeliers, et de l’eau jaillie du rocher par la main de Moïse en répandant de l’eau. Au dernier jour de la fête, le Christ se tient au milieu de ces célébrations et s’écrie : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive », et de celui qui croit en lui « des fleuves d’eau vive couleront de son cœur », comme le rapporte l’évangéliste Jean. L’eau que Jésus donnera, c’est l’Esprit Saint : « En disant cela, il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. »

Notre tradition patristique montre clairement que les événements de l’Ancien Testament se sont accomplis par le « Verbe » non encore incarné, comme ceux du Nouveau Testament par le « Verbe » incarné, Jésus. L’apôtre Paul le déclare ouvertement en expliquant l’épisode

de l’eau jaillie du rocher : « Ce rocher, c’était le Christ » (1 Corinthiens 10, 4). Oui, le rocher est le Christ, et l’eau qui en jaillit alors correspond aujourd’hui à l’Esprit Saint que le Fils enverra au monde. Celui qui le reçoit deviendra un homme spirituel, qui vit par l’Esprit et dont le cœur déborde à son tour de « fleuves d’eau vive » pour les autres.

À première vue, la scène paraît simple, mais elle renferme en profondeur de grands mystères. Jésus entre dans la fête et déclare aux Juifs que tout ce qu’ils font annonce sa personne et mène à lui, comme il l’a dit à la Samaritaine : « Je le suis » ! Il y a là tout un monde, avec son histoire : le judaïsme, qui a sa propre manière de dire « d’où vient la vie » et « ce qu’est la vie », et qui s’est construit son savoir, ses traditions et ses rites. Et au milieu de ce monde, Jésus vient soudain dire : « Je suis » la lumière du monde, et celui qui a soif de vie, « qu’il vienne à moi ».

Que va-t-il se passer devant ce défi ? Exactement ce que rapporte le texte : une « division ». Les uns ont cru qu’il était le Christ, les autres l’ont nié. Un tel défi est présent en permanence au milieu de notre monde, et c’est à nous, chrétiens, de le prouver ou de le démentir. Notre monde est fait de civilisations qui cherchent chacune à prouver aux autres que c’est « elle » qui possède la meilleure manière de « vivre ». Et au milieu de toutes ces forces mondiales, intellectuelles, matérielles, politiques et économiques, au milieu de toutes les prétentions à garantir et à donner « la vie », les chrétiens se tiennent comme leur Maître et crient : « Jésus est la lumière du monde », et celui qui a soif, « qu’il vienne à lui, et qu’il boive » !

Le christianisme n’a jamais été une « religion » au sens philosophique, intellectuel et culturel, comme si les religions s’occupaient d’expliquer la « métaphysique » tandis que les sciences s’occupent de « la vie ». Pour le christianisme, c’est tout le contraire. Le christianisme est la réponse à la véritable soif humaine. C’est pourquoi il a toujours veillé à ne pas se laisser coller l’étiquette de « religion », au sens où les religions ont façonné l’identité et le sens de ce mot. Le chrétien peut proclamer avec audace que si toutes les sciences et tous les biens disparaissaient de la vie de l’homme, il ressentirait un manque ; mais si le christianisme seul disparaissait, c’est toute « la vie » qui ne tiendrait plus debout pour l’homme. Tout ce qui n’est pas le christianisme n’est que cadres et précautions pour « la vie » ; mais c’est Jésus qui a proclamé l’étanchement de la soif humaine de vie en criant : « Qu’il vienne à moi, et qu’il boive. »

Cette vérité n’est-elle qu’une philosophie religieuse ? Le monde peut-il aujourd’hui y croire ou en sentir la vérité ? Et comment les chrétiens donneront-ils la vie à ceux qui y auront cru ?

Pour répondre à ce défi existentiel sur la question de la vie, nous devons d’abord définir ce qu’est la véritable soif humaine, et ensuite connaître l’eau vive que Jésus a donnée au monde.

Il y a dans la vie beaucoup, beaucoup de nécessités. Mais il est facile à chacun de les classer par ordre de priorité, entre l’essentiel et le superflu. Et si réduit que soit l’essentiel, il en reste toujours le plus nécessaire : la nourriture et la boisson. Entre les deux, l’homme peut supporter longtemps d’être privé de nourriture, alors que l’eau est pour lui le besoin vital le plus pressant. C’est pourquoi la soif a toujours été plus dure que la faim. Si l’eau et la nourriture sont finalement l’expression ultime du besoin de vivre, Jésus proclame clairement que l’homme ne vit pas seulement de pain et d’eau, mais « de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». L’eau assure les nécessités de la vie, mais une fois celles-ci assurées, commence la vie, qui vient « de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». C’est pourquoi le psaume 21 (22) chante : « Les pauvres mangeront et seront rassasiés, leur cœur vivra, ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent… » Les besoins, ce sont les nécessités ; mais la vie vient de la louange. Nous mangeons et sommes rassasiés pour louer, et ainsi nous vivons.

La soif profonde de l’homme n’était ni de cultiver le paradis ni d’en goûter les fruits, mais la divinisation, c’est-à-dire que la « Parole de Dieu » habite en l’homme. Le diable connaissait parfaitement cette soif profonde. C’est pourquoi il n’a pas séduit Adam et Ève par de petits rêves ou en répondant à des besoins de la vie : il leur a promis, en les trompant, la vie, en leur disant : « Vous serez comme des dieux. » Il savait très bien que le désir ultime de l’homme et la quête de son cœur, c’est la divinisation. Et ce qu’Adam a manqué au paradis, trompé par la séduction du diable, nous est donné aujourd’hui comme vie dans l’Église par Jésus, qui a envoyé l’Esprit Saint.

Les différentes idéologies et les multiples civilisations, avec leurs politiques et leurs structures, ne sont-elles pas aujourd’hui une nouvelle séduction diabolique, lorsqu’elles perdent de leur substance la vérité que le christianisme est venu faire vivre ? C’est pourquoi, quand saint Grégoire de Nysse a voulu dépeindre l’homme idéal, en qui la vie est en plénitude, il a écrit la vie de « Moïse », qui « est entré dans la nuée divine, a contemplé Celui qui est et a acquis la connaissance de l’Esprit » ; et quand il est descendu de la montagne, son visage était lumineux : ce sont là les signes de la divinisation. Et le prêtre, dans les prières silencieuses de la liturgie, demande à Dieu pour tous les fidèles : « Donne-nous en ce siècle la connaissance de ta vérité, et dans le siècle à venir la vie éternelle. » Nous comprenons ainsi les expressions profondes de nos saints, comme celle de saint Grégoire Palamas : « Le Christ est l’amour, la soif ultime de l’homme », c’est-à-dire la plus belle image vers laquelle tend, au fond, le cœur humain. Ne sommes-nous pas « à son image et à sa ressemblance » ?

Si l’image de Jésus est la soif profonde de l’homme, nous devons ensuite définir quelle est l’eau vive qui étanche cette soif. Jésus Christ a envoyé l’Esprit Saint après son Ascension, comme il l’avait promis, le jour de la Pentecôte, le cinquantième jour. Jésus envoie l’Esprit, et l’Esprit forme le Christ en nous. C’est pourquoi Jésus a dit clairement que l’eau vive que recevraient ceux qui croiraient en lui, c’est l’Esprit Saint qu’il allait envoyer.

La Pentecôte est l’anniversaire de l’Église, non comme institution historique, mais comme « descente de l’Esprit Saint ». L’Église est le milieu, dans l’espace et le temps, où l’Esprit se répand, transfigure notre vie, forme Jésus en nous et nous façonne à son image, et ainsi nous vivons.

Oui, nous devons nous tenir aujourd’hui, en ce grand moment de tous les temps, au milieu du monde, et dire : « L’Église est la lumière du monde », et « celui qui a soif, qu’il vienne à elle et boive » la grâce de l’Esprit Consolateur. Amen.

Père Gérard Abi Saab

Note : dans l’Évangile de Jean (chapitre 7), la scène se déroule pendant la fête des Tentes ; les rites de l’eau et de la lumière évoqués ici appartiennent à cette fête, que la tradition liturgique relie à la Pentecôte par le don de l’Esprit.

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