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Méditation du dimanche de tous les saints

Méditation du dimanche de tous les saints – Évangile : Matthieu 10, 32-33.37-38 et 19, 27-30

« Seigneur, voici que nous avons tout quitté pour te suivre »
Il n’y a pas de parole plus juste ni plus belle que celle-ci, que nous pouvons offrir en réponse à la descente de l’Esprit Saint sur nous, dimanche dernier, à la Pentecôte.
En ce dimanche qui suit la Pentecôte, l’Église fait mémoire de tous les saints. Cette nuée de saints prouve que la Pentecôte est un événement qui continue dans l’histoire et que l’Esprit Saint agit toujours ; ces fruits en sont la meilleure preuve. Telle est la volonté de Dieu : que nous soyons saints comme notre Père céleste est saint. La volonté de Dieu, c’est que nous entrions en communion avec sa sainteté.
Au commencement était le Verbe (le Christ), et le Verbe, deuxième personne, était auprès de Dieu, c’est-à-dire avec Dieu, dans un mouvement de communication et d’amour continuel. Le Verbe était tourné vers Dieu. Et ce Verbe s’est fait chair, et Jésus a voulu que les hommes se tournent à leur tour vers Dieu ; autrement dit, il a voulu qu’ils partagent la gloire qu’il avait auprès de son Père. Jésus est venu accomplir la volonté du Père et nous faire participer, nous les hommes, à la vie de la Très Sainte

Trinité, c’est-à-dire nous tourner par notre amour et notre élan vers le Père. Après l’Ascension, le Christ nous a envoyé l’Esprit Saint pour nous guider vers la vérité tout entière, et la vérité, c’est le Christ ; et le Christ nous conduit vers le Père. L’Esprit Saint est descendu le jour de la Pentecôte pour poursuivre ce que Jésus avait commencé, c’est-à-dire pour crier « en nous, par des gémissements inexprimables : Abba, Père ! »
Qui est donc le saint ? C’est celui qui, comme l’Épouse, avec l’Esprit, crie au Christ : « Viens ! » Oui, tu nous as appelés et nous t’avons suivi, selon les dernières paroles du livre de l’Apocalypse. Le saint est celui qui dirige la force de son amour vers Dieu. Et c’est l’Esprit qui nous y pousse et nous y conduit. La descente de l’Esprit Saint exige de nous une attitude vivante, qui s’exprime par la plus belle des paroles : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. »

Saint Jean Chrysostome, commentant cette parole, s’arrête pour demander : « Qu’as-tu donc quitté, Pierre ? » N’était-ce pas simplement un filet et des poissons ? Pierre n’était ni riche ni l’un des grands de ce monde.
Là réside le secret du « renoncement » qu’a vécu Pierre : il a tourné tout son amour, de toutes choses, vers Jésus, même s’il n’a offert, lui aussi, que la pièce de la veuve. Nous quittons tout, que ce soit peu ou beaucoup, peu importe ; l’important, c’est que le Christ devienne tout pour nous. Voilà la sainteté.

La sainteté, c’est bien plus que quelques perfections morales, et bien plus que des comportements que nous appelons vertus chrétiennes. Celles-ci sont les fruits d’un cœur qui aime beaucoup et pour qui le Christ est devenu tout l’amour. Cet amour n’exige pas qu’on abandonne ou qu’on renie un autre être aimé. C’est pourquoi Jésus a dit : « Celui qui aime… plus que moi n’est pas digne de moi. » Cela montre deux choses : d’abord la hiérarchie dans le cœur, ensuite la nature de cet amour.

D’abord, quand Jésus est tout pour nous, tout autre amour qui s’y oppose est rejeté ; ensuite, devant l’amour de Jésus tombe tout amour idolâtre et toute affection égoïste. Aux pieds de Jésus, nous offrons chacun de nos amours pour un être cher, nous l’offrons en prière, en intercession, en service et en dévouement. N’est-ce pas lui qui nous a commandé : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » ? Dans cette perspective, le saint n’est pas celui qui n’aime que Jésus, mais celui qui aime toutes choses en Jésus. Car toute chose est une occasion de prouver que nous aimons Jésus, surtout quand nous nous rappelons que toute chose est aussi aimée de Jésus, et que notre Seigneur l’a placée sur notre route pour que nous la portions comme une croix, comme une mission, ou pour lui porter la Bonne Nouvelle. Le saint est celui qui a compris qu’il n’est qu’un envoyé du Seigneur Jésus, que chaque personne est aimée parce qu’elle est l’objet de l’amour de son Maître, et que notre Seigneur l’a envoyé vers elle.
Sommes-nous parents ? Aimons nos enfants jusqu’au bout. Et y a-t-il plus grand amour que de les tourner vers Jésus ? Ainsi, nous poursuivons l’œuvre de l’Esprit Saint. Si nous aimons en nos enfants nos propres sentiments plus que Jésus, d’une part nous ne les aimons pas d’un vrai amour, et d’autre part nous ne sommes pas dignes du Seigneur. Le saint est celui qui a aimé le Seigneur au point que tout ce que son Seigneur aime lui est devenu cher.

Et comme le dit aujourd’hui l’apôtre dans la lettre aux Hébreux : « Ainsi donc, nous aussi, entourés de cette immense nuée de témoins, débarrassons-nous de tout ce qui nous alourdit… les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi » (Hébreux 12, 1-2). Avec tous ces saints, nous crions donc : « Seigneur, nous quittons tout parce que nous t’avons suivi », et nous crions avec l’Esprit et l’Épouse : « Viens, Seigneur Jésus ! » Et au Seigneur Jésus, notre réponse est toujours « oui », et jamais « non ».
Roi céleste, viens et demeure en nous, purifie-nous de toute souillure et purifie l’amour en nous, pour que nous marchions sur le chemin de tes saints.

Amen.

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