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Méditation du quatrième dimanche du Carême : dimanche de saint Jean Climaque (Marc 9, 17-31)

Méditation du quatrième dimanche du Carême : dimanche de saint Jean Climaque (Marc 9, 17-31)

« Cette espèce-là, rien ne peut la faire sortir, sauf la prière et le jeûne. »
Au quatrième dimanche du Carême, la sainte Église a fixé la mémoire de saint Jean Climaque, auteur de L’Échelle sainte (l’échelle des vertus). Elle nous y présente le modèle monastique et ascétique.
C’est pourquoi elle nous lit le passage de l’Évangile qui affirme la nécessité et le caractère unique des vertus ascétiques, c’est-à-dire le jeûne et la prière, dans la vie du chrétien croyant.
Après avoir célébré, aux premier et deuxième dimanches du Carême, des mémoires doctrinales – celle de l’Orthodoxie, celle de saint Grégoire Palamas et celle des saintes reliques –, c’est-à-dire de la droiture de la foi et de la vision, l’Église place la Croix comme l’instrument qui fait descendre la vision et la foi dans le domaine de l’action. Puis, en ce dimanche, nous vivons avec deux modèles d’action dans la prière, le jeûne et le vrai repentir : les exemples des saints Jean Climaque et Marie l’Égyptienne.
La prière et le jeûne peuvent sembler être des arts monastiques qui ne sont pas pour tout le monde, bien que l’Église affirme qu’ils sont pour tout chrétien. Si les communautés monastiques pratiquent ces deux vertus d’une certaine manière, le chrétien, où qu’il soit, ne doit pas jeter ces deux armes ni renoncer à leur grâce. Car le texte de l’Évangile est clair : il affirme que notre combat « contre les esprits du mal qui sont dans les airs », comme dit l’apôtre Paul, ne peut parvenir à sa fin victorieuse que par le jeûne et la prière.
C’est pourquoi, si certaines pratiques sont impossibles au chrétien qui ne vit pas dans un milieu monastique, il doit inventer pour lui-même les moyens adaptés, de façon à ne pas devenir moins combatif dans cette guerre spirituelle. Cela demande une compréhension profonde et consciente du jeûne et de la prière, pour maîtriser ces deux arts jusqu’à la perfection, même par des moyens différents. Le lien sur lequel insiste l’Évangile, l’union qu’il noue entre le jeûne et la prière, repose sur la structure psychosomatique de l’homme. L’homme rend son culte à Dieu de tout son être ; c’est pourquoi les deux piliers de la vie spirituelle sont la prière et le jeûne. La prière est « le jeûne de l’esprit », comme le jeûne est « la prière du corps ».
La prière, comme la définit saint Jean Climaque, est « la familiarité avec Dieu », c’est-à-dire fixer l’esprit dans la contemplation de Dieu et la méditation de la Parole divine. C’est pourquoi l’ennemi de la prière, ce sont les pensées qui lui volent sa pureté. Les pensées multiples et l’imagination sont des mets savoureux, même s’ils trompent l’esprit humain. Couper ces pensées est plus difficile qu’amputer des membres.
Ici, le croyant pratique le « jeûne des pensées » lorsqu’il sait que son esprit ne vit que du pain céleste, c’est-à-dire de l’intelligence de la Parole divine, et qu’il met de côté toute pensée terrestre, quand nous choisissons pour notre esprit les bonnes pensées de jeûne et ne vivons que d’elles. C’est pourquoi l’exercice de la prière nous conduit à affaiblir les pensées charnelles ; alors l’esprit jeûne de certaines pensées en choisissant les bonnes. De même, le jeûne est « la prière du corps ».
Comme le dit saint Grégoire Palamas, l’Écriture parle du « cri du sang d’Abel assassiné vers Dieu » ; de même, « les membres qui jeûnent et qui peinent crient avec assurance, avec l’esprit, vers le Seigneur ». L’homme peut prier avec les membres de son corps ; par le jeûne, il met donc ses membres et son corps eux aussi en état de prière continuelle.
Par le jeûne, l’homme choisit les aliments qui lui conviennent, non selon une mentalité charnelle, mais parce que l’homme vit de la parole qui sort de la bouche de Dieu.
Par le jeûne, l’homme se déclare à lui-même, par la faim de son corps, qu’il vit non pour lui-même mais pour Dieu. Il se fait connaître à lui-même sa richesse, son désir et son but. Par le corps, nous devenons pauvres en esprit, et nous avons faim du Christ, la vraie nourriture et la boisson vivante. Pour l’homme qui a faim, son corps devient un réveil qui l’accompagne et lui rappelle le but de sa vie et la présence de Dieu en elle. Ainsi, la faim est une prière silencieuse du corps.
Comme l’esprit prie avec des paroles, le corps prie par la faim volontaire. La faim est la prière du corps, comme les paroles sont la prière de l’esprit. De même, dans la prière, nous jeûnons des pensées et nous déclarons par l’esprit que nous avons faim de la Parole divine, nous détournant de toute autre, car le Seigneur est la nourriture vivante et la vraie manne de l’esprit humain. Un homme qui a fortifié son esprit par la prière et son corps par les jeûnes est comme la maison d’où les démons sont chassés : elle devient propre, elle devient la maison de Dieu et le temple de l’Esprit. C’est pourquoi le combat pour marcher vers Pâques et contempler Dieu doit reposer sur ces deux vertus : la prière comme jeûne de l’esprit, et le jeûne comme prière du corps. Amen.

P. Gérard Abi Saab

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