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Pourquoi bénit-on le raisin à la fête de la Transfiguration ?

Pourquoi bénit-on le raisin à la fête de la Transfiguration ?

Dans l’Église primitive, lorsque les fidèles apportaient le pain et le vin pour le Sacrifice divin, ils apportaient aussi d’autres produits comme le blé, l’huile, le miel, le raisin et d’autres fruits, ainsi que le lait et ses dérivés, des fleurs et même des animaux.

Cette coutume fut écartée par le canon 3 des Canons apostoliques, qui rappela la nécessité de garder la tradition apostolique et évangélique en n’offrant pour le Sacrifice divin que le pain et le vin, car les autres offrandes relèvent des traditions et des sacrifices de l’Ancien Testament. Ces offrandes avaient un caractère d’action de grâce envers Dieu « qui nous les a données pour notre nourriture et notre guérison ».

Le concile de Carthage (419) prescrivit que ces offrandes soient faites en dehors du Sacrifice divin. Dans ses canons 37 et 44, il fut décidé de ne pas réunir les prémices du pain et du vin avec le miel, le lait et le reste, mais de bénir à part les autres fruits, « car cela est contraire à la sanctification du Corps et du Sang du Christ ».

Les fidèles furent donc autorisés à offrir le raisin et le blé comme prémices, et non comme sacrifice. Cependant, cette coutume ancienne persista dans certaines Églises jusqu’au VIIe siècle : on mêlait le jus du premier raisin au calice sacré et on le distribuait aux fidèles en même temps.

Le concile in Trullo (692), réuni pour compléter les cinquième et sixième conciles œcuméniques, prescrivit dans son canon 28 « que le prêtre bénisse le raisin à part et le distribue aux fidèles, en action de grâce à Dieu qui donne les fruits pour la nourriture et la force du corps, selon son dessein divin ».

Cette tradition se maintint jusqu’au XIIIe siècle. On trouve dans les manuscrits liturgiques une « prière pour l’offrande des prémices », comme le raisin, la figue, la pomme, la grenade, la pêche, etc. Ces textes rendent grâce à Dieu « qui donne tout fruit pour la joie et la nourriture de l’humanité ».

De même, entre le VIIIe et le IXe siècle, il était d’usage de tenir des célébrations, en présence de l’empereur byzantin et du patriarche, pour bénir les premières récoltes. C’était l’empereur lui-même qui le faisait. La bénédiction avait lieu après la Divine Liturgie, par la lecture d’une prière propre à l’occasion ; on chantait des pièces composées pour la circonstance et l’on échangeait des grappes de raisin.

Il est donc clair que l’Église, selon l’usage ancien, a toujours béni la récolte et le raisin comme prémices et premiers fruits ; il existe même un canon qui oblige les fidèles à faire bénir le blé et le raisin avant de les consommer.

La bénédiction du raisin le 6 août, jour de la fête de la Transfiguration de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ, prolonge cette tradition ; elle est attestée par une prière particulière prévue dans des manuscrits du Xe siècle. La prière est simple et brève ; le prêtre la dit pour rendre grâce à Dieu « qui, par la douceur de l’air, la descente de la pluie et la sérénité des saisons, a bien voulu les amener à cet état de maturité, afin que ce fruit de la vigne soit pour nous qui en mangeons un motif de joie, et pour ceux qui l’offrent une offrande pour le pardon des péchés, par le Corps et le Sang très purs du Christ ».

On ne sait pas à quel moment précis la bénédiction du raisin, tradition ancienne, fut liée à la fête de la Transfiguration. Cette fête fut d’abord connue à Jérusalem au VIIe siècle et entra dans le calendrier byzantin au IXe siècle, c’est-à-dire à l’époque où l’offrande et la bénédiction du raisin s’étaient séparées du Sacrifice divin.

La plupart des sources anciennes associent la bénédiction du raisin à la Transfiguration, comme le typikon de saint Nil et le typikon du monastère Saint-Sabbas. La raison en est peut-être que la bénédiction dépend du climat et de la saison où mûrissent les fruits. Certaines sources la mentionnent le 15 août, d’autres le 14 septembre, fête de l’Exaltation de la Croix.

Enfin, la bénédiction du raisin évoque la moisson du monde ; c’est un acte liturgique qui met l’accent sur l’action de grâce constante et sur l’offrande eucharistique de la matière et des fruits de la terre au Créateur et Dieu de l’univers.

P. Gérard Abi Saab

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