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Méditation du sixième dimanche après Pâques : dimanche de l’Aveugle-né (Jean 9, 1-38)

Méditation du sixième dimanche après Pâques : dimanche de l’Aveugle-né (Jean 9, 1-38)

« Ni lui, ni ses parents n’ont péché ; mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. »
Les disciples ont posé cette question à Jésus. Et la question se pose chaque jour : pourquoi celui-ci naît-il aveugle, ou celui-là paralysé… ? Les cas de ce genre sont innombrables. Les disciples ont posé cette question au Créateur lui-même ! Pourquoi l’homme souffre-t-il tant de douleurs ? Autrement dit, que sont ces maux naturels qui accompagnent la vie de l’homme à chaque instant, et pourquoi ? La vie de l’homme est un mélange de santé et de maladie, de repos et de douleur ; et souvent l’équation ne s’équilibre pas : le malheur colore la vie de l’homme et lui met toujours sur les lèvres la question : « Pourquoi celui-ci est-il né aveugle ? » Quel est donc notre regard sur la souffrance après la Résurrection ?

Les réponses des gens à cette question sont nombreuses, et la réponse du Seigneur à la question des disciples – « Qui a péché, lui ou ses parents ? » – les contient et les résume.
Si « celui-ci a péché », cela veut dire que la solution au problème de la souffrance passe par la « réincarnation » : car il était aveugle de naissance ; il aurait donc péché dans une vie antérieure, avant sa naissance, et sa cécité serait la conséquence de ce péché passé.
Si « ses parents ont péché », cela veut dire que l’explication de la souffrance repose sur une croyance en une « hérédité du péché » : les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils en sont agacées ! Et il ne faut pas s’étonner que certains chrétiens, aujourd’hui encore, croient à une transmission du péché originel comme si nous étions condamnés pour le péché de nos premiers parents, et que nous, fils d’Adam, portions toujours le châtiment de la faute du premier Adam. (Note : selon l’enseignement catholique, Catéchisme n° 404-405, le péché originel transmis est la privation de la sainteté originelle, une nature blessée, et non une faute personnelle commise par chacun.)
Mais le Christ a répondu à ces deux conceptions erronées : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché », mais « pour que la gloire de Dieu se manifeste en lui ».
Il y a donc une autre solution, chrétienne, qui ne croit pas à la réincarnation ni ne considère une hérédité du péché : la souffrance existe « pour que le nom de Dieu soit glorifié ». À première vue, la réponse semble très injuste. Mais Jésus l’a aussitôt expliquée en ajoutant à ses paroles les gestes de la première création, rappelant l’œuvre de la création initiale. Il a donné la vie aux yeux de l’aveugle qui n’avaient pas connu la vie, comme il avait donné la vie au paradis. Il a pétri ici de la terre comme là-bas, et il y a craché ici comme il avait soufflé là-bas. Il désigne ainsi la « recréation », le « renouvellement de la création » et la « création nouvelle ». Et nous sommes encore dans la joie de la sainte Pâque, c’est pourquoi nous pouvons comprendre clairement ces expressions. Ainsi, pour répondre à la question de ses disciples – pourquoi il a permis la souffrance dans sa création –, le Créateur a mis en parallèle la première création au paradis et la seconde après la Résurrection.
Dans la première création, Adam est né immortel par la grâce et sans connaître la souffrance ; non par nature, mais par grâce. Le premier Adam reçut donc la résurrection du corps, c’est-à-dire l’immortalité du corps ; et dans cette immortalité, alors conditionnelle, il lui était demandé de se parfaire par l’esprit et la connaissance de Dieu, c’est-à-dire la résurrection de la vie.
Mais la chute de l’homme a montré clairement que les fils d’Adam n’étaient pas dignes de la perfection du corps qui leur était donnée. Le but de la perfection et de l’immortalité du corps est la perfection de la vie, c’est-à-dire notre résurrection spirituelle. Car, comme le dit saint Grégoire de Nysse, l’immortalité du corps dans une corruption morale signifierait que le mal devienne impérissable. Dans la pensée de Dieu, l’immortalité du corps est un vase précieux pour la vie parfaite. Et la chute de l’homme a prouvé que ce don était inutile, et que l’homme avait choisi de se parfaire par la voie de la souffrance. C’est pourquoi, après la Résurrection, nous avons connu le chemin nouveau de la perfection : que l’homme se parfasse d’abord spirituellement, pour se parfaire ensuite corporellement, et que la perfection morale précède, comme garantie, la perfection corporelle. Autrement dit, nous devons d’abord ressusciter spirituellement pour que Dieu nous donne ensuite notre résurrection corporelle. Nous devons être renouvelés spirituellement pour que nous soient donnés les corps de lumière.
La résurrection du Christ est la preuve certaine que ces corps nous seront donnés. Mais ce qui nous est demandé maintenant, c’est d’offrir la perfection spirituelle : avant le corps de lumière, la perfection spirituelle est requise. La résurrection du Christ est le gage de ce corps ; nous devons donc mourir avec lui d’une mort semblable à la sienne, pour ressusciter avec lui d’une résurrection semblable à la sienne. Bien plus, ce corps de lumière mérite de notre part la perfection spirituelle, que Dieu a permis de réaliser par la souffrance et par la mort, après qu’il fut apparu que l’homme ne l’avait pas réalisée dans les délices du paradis. Après la Résurrection, l’homme offre la perfection de la vie spirituelle parce qu’il attend de recevoir la perfection du corps de lumière, dont il a reçu le gage dans la résurrection du Christ.
Les justes et les méchants ressusciteront au jour du jugement. Ce que dit le psaume premier – que les méchants ne se lèveront pas au jugement – ne signifie pas qu’ils ne recevront pas la résurrection du corps, mais qu’ils ne pourront pas tenir debout, ni faire face au jour du jugement. Nous serons donc tous immortels, mais de quelle immortalité ? La vie n’est pas l’immortalité du corps, qui sera donnée à tous ; la vie, c’est la connaissance de Dieu. La résurrection de Jésus-Christ est d’abord la preuve que nous avons reçu le gage de l’immortalité du corps ; et elle est d’autre part une exigence : vivre par l’esprit et connaître Jésus-Christ, car l’immortalité du corps exige vraiment que nous soyons vivants dans le Seigneur.
Pourquoi donc cet homme est-il né aveugle ? Pour que le nom de Dieu soit glorifié. Et pourquoi la souffrance dans le monde ? La souffrance est un appel et une annonce : nous recevrons un corps sans souffrance ; mais la vraie souffrance serait d’être dans ce corps sans la vie dans le Christ, et cela, c’est l’enfer.
C’est pourquoi il est très clair, dans le récit de la Samaritaine, que l’eau vive était finalement pour elle la connaissance de Jésus. Au dimanche du Paralytique, après que Jésus eut guéri le corps de ce malade – et cette guérison de la paralysie est le gage de la résurrection générale du corps immortel et lumineux –, Jésus dit aussitôt au paralytique : « Te voilà guéri. Ne pèche plus », lui demandant la perfection spirituelle requise. Et ici, avec l’aveugle, Jésus donne la lumière à ses yeux, et l’aveugle lui répond : « Je crois, Seigneur ! », et il se prosterne devant lui. Comme le dit saint Jean Chrysostome : « Quel tort lui a fait sa cécité, puisqu’elle l’a conduit à connaître Jésus et à glorifier son nom ? Et à quoi a servi à ses parents leur vue, puisque la vue corporelle ne les a pas rendus capables de le connaître ? Lui, par ses souffrances, a obtenu la vie ; eux, par leur santé, l’ont perdue. »
La résurrection de Jésus-Christ résout pour nous le problème de la souffrance dans le monde. Les souffrances ne sont pas des malheurs : elles sont un appel au repentir et au renouvellement de la vie spirituelle. La souffrance est un appel au repentir ; c’est un chemin vers la vie spirituelle. Elle nous rappelle d’abord le premier Adam, qui en était exempt, et ensuite le corps immortel qui nous attend. Elle nous rappelle notre retour vers la pleine stature du Christ et vers un corps de lumière semblable au sien. La souffrance est donc un chemin de recréation spirituelle, qui nous rend aptes à la recréation lumineuse.
Vraiment, la souffrance était là pour que le nom de Dieu y soit glorifié. Amen.

P. Gérard Abi Saab

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