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Méditation du vingtième dimanche après la Pentecôte : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »

Méditation du vingtième dimanche après la Pentecôte – Évangile : Luc 6, 31-36

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. »

L’amour est le mot le plus répandu et le plus échangé entre les hommes, mais c’est aussi le plus élastique dans son usage. Peut-être ne trouverons-nous personne qui ne prétende aimer, et peut-être ne trouverons-nous pas beaucoup de gens qui aiment vraiment.

Ce qu’il y a de plus important dans la vie d’un homme, ce sont ses relations avec les autres. Des relations réussies lui donnent la paix et la joie ; des relations ratées deviennent une source de douleur et de trouble. La relation réussie est celle qui porte les fruits de l’Esprit, la joie, l’amour et la paix : c’est la relation fondée sur la « miséricorde », c’est-à-dire l’amour. Mais l’amour a bien des degrés.

La première forme d’amour est l’amour « instinctif » ou « naturel », comme celui qui unit les membres d’une famille, l’instinct entre la mère et son fils, entre le père et ses enfants. Cet amour instinctif, familial, est un lien très fort et sacré : combien de fois a-t-il uni les gens pendant de longues années, construit des joies et partagé des consolations, créé de merveilleuses relations humaines ! Mais bien souvent il se révèle imparfait : il y a des amours qui tuent. Que de mères ont aimé leur enfant au point de lui nuire, parce que, par instinct, elles aiment pour se combler elles-mêmes ! L’amour instinctif est un lien noble, mais il a toujours besoin d’être sanctifié et purifié. Cet amour naturel est souvent facilement brisé par les intérêts : que de fois l’argent a divisé des frères, et les détails de la vie ont dressé les membres d’une famille les uns contre les autres !

La deuxième forme d’amour est l’« amour social », qui naît des relations sociales, à l’école, au travail, dans les entreprises et les activités. Il dépend encore plus des circonstances que le précédent. Bien souvent, le changement inévitable des situations de la vie en fait un amour de quelques jours seulement, un amour passager, quand il n’est pas tué en chemin par les coups de l’égoïsme, des intérêts et des disputes.

Toutes ces formes d’amour, instinctif et social, se brisent facilement, parce qu’elles attendent quelque chose pour elles-mêmes dans l’amour. C’est leur limite, malgré leur beauté. L’amour social est celui que Jésus évoque dans l’Évangile : « Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs font de même. » Et l’amour instinctif est celui de ses paroles : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. »

Le secret de la réussite de l’amour dans le christianisme, c’est l’amour « parfait », qui n’attend rien pour lui-même. C’est donc l’amour « spirituel », ni instinctif ni social, mais fondé sur une construction chrétienne qui rend celui qui le porte doux et miséricordieux comme son Père céleste miséricordieux. Un amour qui aime parce qu’il est amour, qui ne fait pas de commerce et n’attend rien. Un amour qui aime comme le Seigneur nous aime. Un amour qui peut aimer parce qu’il puise sa force dans l’amour du Christ.

La mesure la plus juste du degré d’amour d’un homme est l’amour des ennemis. Un tel amour, ni l’instinct ni la nature ne le connaissent, ni les coutumes ni les systèmes ; seul un cœur semblable à celui du Seigneur miséricordieux le connaît, parce qu’il ne demande absolument rien pour lui-même. C’est un amour qui ne dépend ni des fluctuations de l’instinct ni des changements des circonstances et des relations sociales, parce que c’est un amour donné par l’Esprit Saint. C’est l’amour d’un homme spirituel, que l’Esprit a rempli de grâce et de paix, et qui ne peut qu’aimer. Ce n’est pas un amour de circonstances, mais l’amour d’un cœur compatissant. C’est un amour formé par la grâce divine, et non par la nature. C’est l’amour parfait, qui voit en chaque homme le visage d’un bien-aimé, un fils du Très-Haut et un frère de Jésus, le Fils premier-né.

L’amour naturel et l’amour social sont des commencements de l’amour parfait, qui doit en être l’aboutissement. La Parole divine, avec la sainteté de vie – dans la pauvreté de cœur –, transforme ces deux premières formes en la vérité lumineuse de l’amour parfait. Qu’il est beau, l’amour instinctif d’une mère quand il est purifié par l’Esprit, comme l’amour de la Vierge pour le Christ ! Et qu’elles sont bonnes, les relations sociales qui construisent des relations spirituelles !

L’amour est plus qu’une relation du moment. L’amour est le mystère de la miséricorde : il transforme la présence de l’homme, d’un instinct ou d’une relation sociale, en une personnalité chrétienne semblable à son Père céleste miséricordieux.

Amen.

P. Gérard Abi Saab

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