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Méditation du dix-huitième dimanche après la Pentecôte (Luc 7, 11-16)

Méditation du dix-huitième dimanche après la Pentecôte – Luc 7, 11-16

Dans sa mission, Jésus agissait et enseignait, prêchait et guérissait, et il confirmait la parole par des signes. Parmi les œuvres de Jésus, les plus frappantes sont peut-être ses miracles, et surtout les résurrections de morts : il a ressuscité la fille de Jaïre, le fils de la veuve de Naïm, comme nous venons de l’entendre dans l’Évangile, et Lazare, mort depuis quatre jours. Dans le miracle du fils de la veuve de Naïm, nous observons la réalité humaine dans sa relation avec le monde et avec Dieu.
Le premier élément de cet événement est la présence du mal qui fait souffrir l’homme ; ici, il apparaît sous sa forme ultime et définitive : la mort. L’homme vit dans un monde qui l’entoure et où il lutte pour son existence et pour bien vivre. Les maladies, les dangers naturels et les dangers moraux qui viennent des hommes rendent la vie quotidienne de l’homme menacée et combattue.
Le second élément du miracle est l’amour divin : Dieu intervient pour répondre à ces défis et à ces difficultés
qui épuisent la vie de l’homme. Dieu intervient dans les lois de la nature : ici il supprime une maladie, là il sauve de la noyade, ailleurs il chasse la misère et nourrit cinq mille hommes avec cinq pains, et ainsi de suite… Et ici, il ressuscite le fils de la veuve de Naïm, que la loi de la nature avait condamné à mort. Dieu est l’auteur des ordres et des lois de la nature, et lui seul peut les modifier quand il le veut, par amour pour l’homme.
L’intervention miraculeuse de Dieu dans l’histoire des hommes est une preuve décisive de sa providence et de son amour pour eux. Par ses envoyés, il cherche à porter avec l’homme ses difficultés et à réparer le désordre que le péché humain a introduit dans la vie des hommes. Chaque miracle est un rappel que Dieu accompagne l’homme dans ses pas. Le miracle est un panneau sur lequel est écrite, en grandes lettres, une seule phrase claire : « Dieu est ici », « Dieu est avec nous », « Dieu est parmi nous ».
Vu sous cet angle, le miracle de la résurrection du fils de la veuve de Naïm rappelle la présence de Dieu parmi nous ; non plus par des envoyés, mais il annonce sa propre venue, celle du « Messie », parmi nous. Il est le Seigneur, comme l’appelle Luc dans cet épisode, où, pour la première fois dans son récit, Luc donne ce titre à Jésus. La résurrection de ce jeune homme prépare la réponse de Jésus à la question des disciples de Jean : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Elle prouve qu’il est « celui qui vient », puisque les malades sont guéris « et les morts ressuscitent ».

Le miracle du fils de la veuve de Naïm signifiait pour les gens de ce temps que « le Christ Seigneur est parmi nous », qu’Emmanuel, « Dieu avec nous », est venu, et qu’il est là, maintenant, à l’œuvre. C’est le signe non seulement d’une intervention de Dieu, mais de sa présence même. C’est le signe que nous sommes vraiment entrés dans les derniers temps, où Dieu lui-même sera au milieu de son peuple. La résurrection de ce jeune homme indique non pas la providence de Dieu, mais sa présence directe ! Et cette présence met à l’épreuve la réaction des gens. La réponse humaine à la présence du Seigneur ne peut pas être la neutralité ! Ici, la réaction fut bonne : en voyant le Seigneur Jésus affronter la mort et la vaincre, les gens ont ressenti la « visite » de Dieu et sa présence parmi eux.
Le Seigneur Jésus a souvent refusé de faire des miracles, parce qu’il savait que les réactions ne seraient pas celles qu’il fallait, et que le miracle ne servirait pas alors à lever la barrière entre Dieu et l’homme : il ne contribuerait pas à la réconciliation, ne conduirait pas l’homme au repentir et à la conversion vers Dieu, et ne le ferait pas répondre « oui » à la visite divine. C’est pourquoi il a refusé à Satan de se jeter du haut du Temple ou de changer les pierres en pain. Il n’a accepté aucune demande de signe de cette génération, qu’il a appelée mauvaise et adultère parce que ses intentions étaient mauvaises ; il a dit au contraire qu’il ne lui serait donné que le signe du prophète Jonas, c’est-à-dire sa résurrection. Il n’a pas non plus fait de miracles dans son pays comme à Capharnaüm, parce qu’on ne l’y a pas accueilli comme prophète. Et il n’a pas satisfait la curiosité d’Hérode, qui voulait le voir faire des miracles.

C’est l’attitude humaine qui empêche Dieu d’intervenir ou qui le lui permet. Dieu intervient parfois par des miracles, mais il intervient toujours de mille manières. C’est l’attitude humaine qui rend la présence divine parmi les hommes efficace ou inefficace. La présence divine à elle seule ne suffit pas : écarter Dieu, c’est en réalité le tuer parmi nous. Les miracles de Dieu sont visibles et invisibles. Les événements miraculeux sont un des visages de la providence divine envers l’homme et une expression claire de son désir d’accompagner notre vie. Mais les miracles sont la façade qui montre une grande profondeur d’amour et de dispositions divines en notre faveur. La résurrection du fils de la veuve de Naïm éclaire la question que Dieu nous adresse : sentons-nous la visite de Dieu ? Est-ce que cela signifie quelque chose pour nous que Dieu soit avec nous ?
Nous devons toujours, et maintenant, lorsque nous lisons l’Évangile, savoir que Dieu est présent parmi nous et agit avec nous ; et répondre à sa présence en criant sans cesse : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. »
Voici le temps du Seigneur, voici le temps du salut. Amen.

P. Gérard Abi Saab

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