Méditation du sixième dimanche du Carême : dimanche des Rameaux
Jean 12, 1-18
Le dimanche des Rameaux ouvre la Semaine sainte, qui commence dans la joie (les Rameaux) et s’achève dans la joie (la Résurrection).
« Hosanna » (sauve-nous) ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël ! Voilà le cri qui remplira ce jour, et que nous avons entendu dans l’Évangile.
Il fait écho aux paroles de l’apôtre Paul : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie… Et le Dieu de la paix sera avec vous. »
Voici le Roi qui vient : il est le roi d’Israël, le roi de la paix, « Melchisédech », c’est-à-dire le roi de justice.
Qu’elle est belle, notre liturgie, qui place ces paroles au cœur de notre vie !
Dans un instant, nous ferons la procession avec les rameaux, et nous entrerons dans l’église pour exprimer l’entrée du Christ à Jérusalem, en criant avec les disciples : Hosanna…
Que porterons-nous dans notre cœur ? Qui est ce Roi qui vient ?
Par nature, et depuis l’aube de l’histoire, l’homme recherche la paix, et il voit dans sa réalisation son bonheur et sa tranquillité.
Mais il se trompe souvent dans le choix des chemins qu’il croit capables de l’y conduire.
Que de fois l’homme est tombé dans la guerre en cherchant la paix !
Pour la paix, beaucoup ont eu recours à la tyrannie ;
en quête de la paix, d’autres se sont rués sur l’accumulation de l’argent ;
au nom de la paix, certains n’ont reculé devant aucun moyen et n’ont pas hésité à prendre n’importe quel mauvais chemin.
Une lecture attentive de l’histoire humaine montre, d’une part, la quête intime de la paix par l’homme ;
mais elle montre aussi l’échec de la plupart des chemins qu’il a suivis et de la plupart des solutions qu’il a proposées.
Les Juifs qui criaient : « Sauve-nous ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » ont vécu leur longue histoire tourmentée en recherchant la paix avec soif.
Ils la désiraient, mais leurs rêves la voyaient à travers l’indépendance – ce qui, bien souvent, ne signifiait rien de moins que la tyrannie –,
et ils l’attendaient dans la libération, fût-ce parfois au prix de l’asservissement des autres.
Ils ont cherché la paix dans des rêves de gloire et de puissance, dans une philosophie de la domination et des désirs d’hégémonie, oubliant la prophétie de Zacharie :
« Exulte, fille de Sion ! Voici ton roi qui vient à toi, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. »
Après trois années d’enseignement et d’œuvres, le Seigneur Jésus parvint aux portes de Jérusalem dans un climat de défi sévère,
et il y entra en vainqueur, après la résurrection de Lazare.
Il avait conquis le cœur des gens par sa puissance, jusque sur la mort.
Le peuple vit en lui l’objet de ses rêves, et il entra à Jérusalem comme roi d’Israël,
mais d’une manière étrange : sur le petit d’une ânesse.
Par cette entrée triomphale, et de cette manière, Jésus veut annoncer la nature de son Royaume.
C’est le Royaume de la justice et de la vraie paix.
C’est ce que souligne le texte de l’épître d’aujourd’hui :
« Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte… Et le Dieu de la paix sera avec vous. »
Voilà les armes de la paix que nous cherchons à réaliser.
Le Seigneur Jésus, le vainqueur d’aujourd’hui, fonde ce royaume.
Voilà les chemins de la paix, et voilà ce que signifie la procession des Rameaux.
Cette procession est la « marche » pacifique des chrétiens, où ils élèvent leurs slogans, leurs buts et leurs armes,
c’est-à-dire les branches de palmier, que toute la tradition interprète comme des symboles des vertus, comme le disent les hymnes bénies.
Ainsi, le Seigneur Jésus a conquis Jérusalem, et il a inauguré ce Royaume de paix, nous laissant à nous, chrétiens, le soin de l’achever et de le réaliser sur toute la face de la terre.
Le Christ est entré une fois comme roi à Jérusalem, pour que nous le fassions régner, nous, sur le monde entier, pour toujours.
L’Église seule, par la justice qu’elle enseigne, qu’elle vit et qu’elle annonce, est le centre de la paix sur la terre entre les peuples, bien plus, son signe et sa force.
Le Royaume de ce Roi, c’est l’Église, qui bâtit la justice et renverse les piliers du mal ;
qui unit les hommes par l’amour en abolissant toutes les différences.
Elle rassemble vraiment, face à tant de rassemblements qui rassemblent pour diviser ;
elle réconcilie les hommes et les fait rivaliser seulement dans la justice.
La procession des Rameaux est une « marche » ; en voici le sens :
nous proclamons, pour nous et pour les autres, que nous fondons un royaume
où la force est l’amour,
où la grandeur est l’humilité,
où la gloire est le service,
et où le Maître est celui qui vient sur le petit d’une ânesse.
Voilà le risque de la foi, et une foi sans risque est vaine.
Notre foi, c’est que, comme notre Maître, nous resterons croyants ;
que l’injustice est faible, parce qu’elle passe,
mais que le sacrifice, même s’il commence par la mort, est un grain qui se relèvera en épis de victoire.
Tout ce qui est faible aux yeux des hommes est, dans notre foi, l’arme la plus forte.
Beaucoup ont dominé les hommes par le pouvoir et conquis le monde par la force : ils ont été, et ils ont disparu.
Seul notre Seigneur était, et parce qu’il a combattu par l’amour, il est et il vient.
Ils nous persécutent par l’injustice : nous répondons par le pardon ;
ils dominent par la gloire : nous répondons par l’humilité ;
car l’injustice meurt, et le pardon ressuscite.
L’une est fragile ; l’autre est vivant et ne meurt pas.
C’est pourquoi nous élevons ta croix, Seigneur, et nous disons :
Hosanna au plus haut des cieux ! Béni soit le roi d’Israël, qui vient au nom du Seigneur !
Amen.
P. Gérard Abi Saab
Méditation du sixième dimanche du Carême : dimanche des Rameaux (Jean 12, 1-18)



