En tant que chrétiens, demandons-nous la souffrance pour nous-mêmes ?
… Ô Mère de Jésus, fille très noble du Père,
ô Épouse très grande de l’Esprit Saint,
fais-nous participer aux souffrances de notre Rédempteur…
D’où la question : en tant que chrétiens, demandons-nous la souffrance pour nous-mêmes ? La Vierge veut-elle pour nous la souffrance ou la joie ? Est-il juste de demander la souffrance en disant : « Fais-nous participer aux souffrances de notre Rédempteur » ?
Je crois que cette petite phrase porte des significations théologiques « mariales » et humaines élevées et profondes. Quand je dis à la Vierge Marie : « Fais-nous participer aux souffrances de notre Rédempteur », nous affirmons la participation de la Vierge Marie aux souffrances de son Fils Jésus. Ce n’est pas une participation extérieure, faite seulement de douleur et de chagrin devant sa souffrance ; c’est une participation spirituelle et humaine profonde, qui a touché tout son être : spirituel, psychologique, social, affectif et intellectuel… Marie tout entière se tenait au pied de la croix au moment de la souffrance, de l’agonie et de la mort de son Fils Jésus. Sa participation à cet instant décisif n’était pas une « participation physique » au sens strict, mais sa présence, avec tout son amour et toute sa foi, aux côtés de son Fils suspendu à la croix. Cette présence particulière de Marie, « debout » comme nous la décrit l’évangéliste Jean (Jean 19, 25), l’Église y voit le sommet de la communion de Marie avec son Fils Jésus.
« Debout » : elle ne s’est pas effondrée, ni dérobée, ni n’a hésité, douté, eu peur, flanché ou murmuré ; elle se tenait debout. Cette manière d’être debout, de « tout » son être, au pied de la croix est en soi une participation profonde et sincère aux souffrances de son Fils. La mère qui se tient auprès de son fils (ou de sa fille) souffrant sur un lit de malade n’exprime pas sa participation à sa douleur par les larmes… mais par sa présence, son courage et la capacité de son amour à tenir bon. Elle aussi, comme Marie, se tient au pied de son enfant malade et souffrant ; elle souffre avec lui et le veille. Le sommet de la communion dans l’amour et la souffrance, c’est d’être là, présent, attentif, consolant, réconfortant, à l’écoute, compréhensif.
Marie, debout au pied de la croix, est la mère et la croyante qui adhère pleinement au projet de salut de son Fils.
L’Église voit en elle sa véritable image : à l’exemple de Marie, l’Église est appelée à se tenir debout au pied de la croix, avec toute sa foi, à recevoir de Jésus les grâces pour les distribuer en dons de salut au monde entier.
Quand nous disons : « Fais-nous participer aux souffrances de ton Fils », c’est la plus belle chose que nous puissions demander à Marie : être comme elle, « debout » dans notre vie malgré tout… Partager la souffrance avec Jésus, c’est le sommet du partage de l’amour et de la présence, dans un monde assoiffé de cet amour partagé et de cette présence de qualité.
Oui, Marie, fais-nous participer aux souffrances de ton Fils Jésus, pour que nous soyons comme toi, selon nos moyens, des instruments qui transmettent l’amour de Jésus et allègent les souffrances des autres… Amen.
Une simple méditation qui peut nous aider à comprendre la profondeur de la communion aux souffrances de Jésus, en regardant notre Mère Marie.
Père Joseph Abi Aoun



