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Comment être témoin de Jésus ?

Comment puis-je être témoin de Jésus ?

On raconte qu’à l’époque de l’Union soviétique, un philosophe athée se mit à étudier la théologie, à sa façon, pour être capable de nier l’existence de Jésus. Il allait de ville en ville et de village en village, rassemblant les gens pour leur dire que Jésus n’existait pas, persuadé d’atteindre ainsi son but athée. Jusqu’au jour où, lors d’une de ces rencontres, un paysan russe, pauvre et sans grande instruction, mais dont la foi en Jésus était toute la science, se leva à la fin de la conférence de ce philosophe et lui dit : « Professeur, nous sommes très contents de votre conférence, parce qu’elle nous a convaincus que Jésus existe. Car il n’est pas possible que quelqu’un se donne autant de peine et mette autant d’efforts pour une personne qui n’existe pas. Est-il possible de passer sa vie pour quelqu’un qui n’existe pas ?! »
On raconte que ce philosophe, sur son lit de mort, dit à ceux qui l’entouraient : « Personne n’a tourmenté ma conscience toute ma vie, sauf ce paysan. Si seulement vous pouviez l’envoyer chercher, pour qu’il me montre maintenant où je vais. »

Mes chers amis, hier, le premier jour, nous avons vu que la retraite de Carême m’invite à penser d’une manière nouvelle, à la manière du Christ.
Aujourd’hui, après cette histoire, la retraite de Carême m’invite à être témoin à la manière du Christ, avec ce que j’ai, avec les moyens dont je dispose, dans le moment où je me trouve, mais avec une petite différence… que cela passe avec un peu d’amour. Toute la différence est là. Le témoin de Jésus n’a pas besoin d’être un grand prédicateur ou un bon orateur. Le témoin est quelqu’un qui transmet simplement, à travers sa vie quotidienne, l’amour de Jésus.
Ce qui est frappant, c’est que Jésus n’a pas écrit lui-même l’Évangile. Il n’a même pas demandé à ses disciples d’écrire sous sa dictée… et ils n’ont pas non plus reçu l’inspiration divine en prenant des notes sur les paroles de Jésus… C’est seulement après avoir vécu la Parole pendant des années et en avoir témoigné qu’ils ont commencé à écrire, sous l’inspiration divine.

J’ai lu une belle phrase il y a quelques jours sur Facebook : « Cet homme est pauvre, car il ne possède que de l’argent. » Cette phrase m’a frappé. Je peux dire aussi du philosophe qu’il était pauvre, car il ne possédait que son savoir, privé d’amour et de foi ; il a senti à un moment donné que tout s’écroulait devant le courage du témoignage d’un paysan sans grande instruction, mais dont le savoir était celui du cœur et de l’esprit éclairés par la force de la foi en Jésus. Nous nous rappelons ici la parole de Jésus : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. »

Le témoignage de ce paysan a changé la pensée et la vie de ce philosophe. Quelques mots simples, dans un témoignage plein d’amour et de conviction, ont suffi pour laisser une empreinte profonde.
Mes chers amis, si nous voulions définir notre religion chrétienne en un mot, ce serait « la religion du témoignage ». On dit même parfois que le christianisme n’est pas une religion parmi d’autres : c’est une communauté de témoins, une communauté qui témoigne d’une personne qui s’appelle Jésus. Le pape François dit à ce sujet : la foi chrétienne est plus qu’un ensemble de doctrines théologiques et de vérités de foi, plus que des services sociaux, si importants soient-ils, plus qu’une bonne entente entre nous. C’est une rencontre… la rencontre avec une personne qui s’appelle Jésus. Cette rencontre me transforme, m’ouvre de nouveaux horizons et fait de moi un témoin, son témoin.
Et ce témoignage, je peux l’exprimer de différentes manières.
Par une pensée : ce paysan a témoigné de Jésus par cette pensée simple mais profonde. Nos pensées, malgré leur faiblesse et parfois leur fatigue, doivent laisser passer Jésus. Nos rencontres, nos conversations, ce sont autant de moyens de témoigner de Jésus.
Par l’expression : l’expression reflète ce qui est en nous ; elle révèle la vérité de notre identité et de notre personnalité. La façon dont je dis bonjour et bonsoir… Des choses simples par lesquelles j’exprime un grand amour. Jésus a exprimé son amour pour les gens par de nombreux gestes humains : le toucher – il touche le lépreux avec tendresse, il touche les yeux de l’aveugle ; il regarde avec amour le jeune homme riche ; il entend le cri de douleur de l’aveugle de Jéricho et arrête toute la foule pour le rencontrer et lui parler… il pardonne du haut de la croix… L’expression, ce sont aussi des positions fermes et exigeantes dans notre vie : quand Jésus nous dit de bâtir notre maison sur le roc et non sur le sable, cela veut dire savoir prendre les positions justes, fortes et sincères, sans tomber dans la tentation des compromis et des arrangements aux dépens de la dignité de Dieu et de la dignité de l’homme en nous… la position ferme de Jésus face aux anciens des Juifs et la femme adultère… et même la position de Jésus face à son père et à sa mère, lorsqu’il préfère rester au Temple… Au moment de vérité, le témoignage peut aller jusque-là : renoncer aux plus proches, à tout, pour lui.
Enfin, par l’expérience de vie : le moyen d’expression le plus simple et le plus proche, c’est l’expérience de vie. Comme c’est beau parfois d’entendre les expériences de personnes de tous horizons, de voir comment Dieu a agi dans leur vie… Nous sommes émerveillés, et notre foi se fortifie.
Essayons, avec ce qu’il nous a donné, d’être ses témoins, surtout cette année où nous célébrons dans l’Église maronite l’année du témoignage et des martyrs.

Homélie du P. Joseph Abi Aoun lors de la retraite de Carême, église Notre-Dame du Rosaire, Zouk Mosbeh

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