Vie du Père Béchara Abou Mourad
Zahlé, terre d’hommes et de saints
Il s’appelait Salim Jabbour Abou Mourad et vit le jour à Zahlé, « l’épouse de la Békaa », en 1853, dans une vieille maison du quartier de Mar Élias des Salvatoriens, qui porte le nom des Pères salvatoriens qui s’y sont succédé pour le servir, et qui le servent encore. Son père, Jabbour Abou Mourad, était un cultivateur aisé, et sa mère, Élisabeth Al-Qashsh, une femme vertueuse et pieuse, qui s’efforça de semer dans le cœur de ses enfants, dès leur plus jeune âge, les graines de la piété et de la vertu. Sur cette période de la vie du jeune Salim, le Père Constantin Bacha, historien de l’Ordre basilien salvatorien et de l’Église grecque-catholique, et biographe du Père Béchara, écrit : « Il avait alors sept ans, qu’il avait passés à la maison auprès de sa mère, jusqu’à être nourri du lait de sa piété. Elle lui apprit à prier avec elle à la maison et l’habitua à assister aux offices liturgiques à l’église, où elle l’emmenait avec elle. Si bien que (selon le récit de son beau-frère et compagnon, Youssef Abdallah), à l’heure de la récréation, il échappait à ses camarades de l’école et entrait dans l’église pour y prier, sans que personne le sache, à moins que l’un d’eux n’y entre par hasard ou pour le chercher ; alors il sortait et rentrait à la maison ou à l’école » (Père Constantin Bacha, Vie du Père Béchara Abou Mourad le Salvatorien).
Salim grandit dans de belles qualités ; il montrait une forte inclination pour la prière, le recueillement, le sacrifice et l’esprit de mortification, ce qui augmenta son désir de se consacrer entièrement au Seigneur dans la vie religieuse. Il voyait dans les Pères du monastère du Saint-Sauveur le modèle vivant de la vertu, et il décida d’y entrer dès qu’il aurait obtenu le consentement de ses parents. Le Père Bacha écrit à propos de cette période : « Il se mit à parler franchement et courageusement à sa mère, lui demandant son accord pour devenir moine, et il en parla aussi à son père. Mais il n’obtint rien d’eux (…). En même temps, il ne cessait de supplier sa mère de l’aider à obtenir l’accord de son père pour qu’il le laisse partir au monastère du Saint-Sauveur. Il resta longtemps à la maison dans cet état, sans parler à personne, au point qu’il paraissait à sa famille comme égaré, n’ayant d’autre souci que le monastère du Saint-Sauveur et la vie religieuse, comme nous l’a raconté sa sœur Saadé. Le cœur de sa mère, pieuse et sincère dans son amour pour lui, s’attendrit, et elle parla à son père pour qu’il le laisse aller au monastère. Elle le convainquit, par ce que Dieu mit dans son cœur et sur ses lèvres, que la vie religieuse est un appel de Dieu, et qu’il ne nous est pas permis d’empêcher notre fils d’obéir à Dieu s’il l’y appelle. Et en raison de l’estime et de la considération qu’il avait pour elle, pour sa piété et sa sagesse, il consentit avec elle à permettre à son fils de partir au monastère du Saint-Sauveur pour faire l’essai de la vie religieuse : s’il réussissait, la volonté de Dieu serait faite en lui ; sinon, il vaudrait mieux qu’il revienne à la maison. Salim se réjouit extrêmement, car son vœu était exaucé : il avait obtenu le consentement de ses parents, qu’il considérait comme une bénédiction et un gage de réussite dans cette vie et dans l’autre » (Père Constantin Bacha).
Au monastère du Saint-Sauveur
Salim arriva au monastère du Saint-Sauveur, à Joun, dans le Chouf, le soir du 7 septembre 1874, à l’âge de vingt et un ans. Il reçut aussitôt l’habit de novice, le 19 septembre de la même année, et prit le nom de Béchara. Le noviciat, pour ceux qui ne le savent pas, est la première étape du candidat à la vie religieuse : il y passe deux ans de prière, de méditation, de retraite complète, de travaux manuels et de conférences spirituelles, afin de connaître la vie religieuse, l’histoire de l’Ordre et sa spiritualité. Cette période fut pour le frère Béchara un paradis spirituel où il s’élança dans les espaces de l’Esprit et dans l’entretien avec le Seigneur, dans une atmosphère de silence, de solitude et de sainteté cachée, que lui offrait le monastère Notre-Dame de la Dormition, perdu au milieu des chênes et des pins dans la vallée de Bisri, au flanc du fleuve Awali. Au bout de deux ans, le 4 novembre 1876, il prononça ses trois vœux religieux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Ce jour fut pour lui un débordement de joie intérieure, car ses souhaits se réalisaient : être consacré au Seigneur et tout entier voué à son service.
Après les vœux vint l’étape des études au séminaire salvatorien, près du monastère du Saint-Sauveur. Il fut formé par des Pères connus pour leur piété et leur vertu, et étudia la philosophie, la théologie, l’arabe et le français. Le frère Béchara était un magnifique exemple de religieux fervent et pieux, si bien que ses supérieurs lui confièrent le soin de ses frères religieux, voyant en lui un bon exemple. À l’approche du sacerdoce, ses supérieurs eurent du mal à le convaincre de recevoir le diaconat puis la prêtrise, car il se jugeait indigne de la grande dignité du sacerdoce : « Quand certains supérieurs insistaient sur ce point, il répondait le plus souvent par le silence, ou bien il leur disait : “Je ne suis venu dans la vie religieuse que pour sauver mon âme, et non pour être ordonné” » (Père Constantin Bacha).
Après plusieurs tentatives, ils réussirent à le convaincre, grâce à cet argument : une fois prêtre, il pourrait offrir le sacrifice pour le repos de l’âme de ses deux frères, Youssef et Mourad, morts à la fleur de l’âge. Le diacre Béchara fut ordonné prêtre le lendemain de Noël, le 26 décembre 1883. Il prit pour devise de son sacerdoce la parole du prophète Ézéchiel : « Je t’ai établi guetteur pour ce peuple ; toute âme qui se perdra par ta faute, je te la réclamerai » (cf. Ézéchiel 3, 17-18). Cette devise reflétait le zèle du Père Béchara pour le salut des âmes, un zèle qui ne le quitta jamais. Sa messe était d’une extrême piété ; en témoigne l’un de ses confrères, le Père Boutros Khiryati, salvatorien : « Peu après l’ordination de ce bon prêtre, il commença à offrir le divin sacrifice avec un recueillement singulier. Nous le voyions comme un ange du ciel et non comme un homme de la terre. Il restait immobile sur la marche de l’autel, les mains levées vers le ciel, les yeux fixés vers le haut, s’entretenant avec l’objet de son amour et parlant aux anges du ciel et aux habitants de la cour divine, récitant les prières de l’office avec un recueillement inégalé. Ces prières étaient comme une flèche brûlante qui transperçait le cœur de chacun des assistants. (…) Cette piété rare, nous ne l’avons vue que chez cet homme, et elle nous touchait profondément. Pendant la messe, nous le voyions comme élevé au-dessus du sol. Et au moment de la communion reçue de sa main sainte, nous ne nous sentions plus terrestres, tant le recueillement qui nous envahissait alors était grand » (Père Constantin Bacha).
En route vers Deir el-Qamar et ses vallées
La première tâche qui lui fut confiée fut la formation des séminaristes au collège du monastère du Saint-Sauveur. Pendant huit ans, il travailla à sa propre sanctification et à l’éducation des élèves confiés à sa charge. Il était pour eux un père, un frère et un ami, et une icône vivante de persévérance dans la prière, dans le culte de Dieu et dans la mortification. Combien ce travail lui plaisait, car il le gardait proche de l’église et du tabernacle, où il passait des heures prosterné, s’oubliant lui-même dans une contemplation continue et une conversation profonde avec Dieu. Mais Dieu voulut autre chose pour lui : la piété de ce prêtre ne devait pas rester enfermée entre les murs du monastère, car la lumière de sa lampe devait être mise sur le lampadaire pour que tous la voient et en soient éclairés.
Le 8 novembre 1891, le Père Béchara reçut l’ordre de partir pour Deir el-Qamar, et il « prit son grabat et marcha ». À Deir el-Qamar, il fut d’abord nommé pour un an professeur à l’école épiscopale, puis curé des villages des vallées de Deir el-Qamar : Serjbal, Wadi Benhlieh, Baouerta (Bnwiti), Wadi ed-Deir, Wadi Deir Dourit… Son ministère s’étendit aussi à d’autres villages, de Moukhtara dans la montagne jusqu’à Damour sur la côte. Il est difficile de résumer en quelques lignes trente et une années de service pénible et dévoué. Qu’il suffise de dire que son souvenir est encore aujourd’hui vivant dans la mémoire et dans le cœur des gens de cette région, bien qu’il soit mort en 1930. Si saint Charbel s’est sanctifié dans l’ermitage, le Père Béchara s’est sanctifié dans le service pastoral, qui ne connut ni fatigue ni lassitude, et que n’arrêtèrent ni la chaleur ni le froid, ni l’hiver ni la neige, ni la tempête ni la canicule.
Deux traits marquèrent son long ministère. Le premier : sa fidélité à la devise de son sacerdoce, le salut des âmes, et son souci de les rapprocher de Dieu par les sacrements de la pénitence et de l’onction des malades, au point que l’on disait qu’aucun de ses paroissiens ne mourait sans avoir reçu les derniers sacrements et sans être en état de grâce. Combien d’heures il passait au confessionnal, sans interruption, sans que ni la faim ni la fatigue ne l’arrêtent ! Voici un témoignage du Père Bacha lui-même : « En 1893, je suis allé à Deir el-Qamar rendre visite au Père Béchara Abou Mourad (…) et je lui ai demandé de m’entendre en confession ; il m’emmena aussitôt au confessionnal. À peine avais-je fini ma confession que je vis les gens venir à l’église pour se confesser à lui sans interruption. Il resta au confessionnal d’environ sept heures du matin jusqu’à environ quatre heures de la nuit, entendant la confession de tous ceux qui venaient à lui, hommes et femmes, garçons et filles, de notre communauté et des maronites (…). Nous sommes restés là un moment, jusqu’à ce que les lumières de la fête s’éteignent, puis nous sommes allés dormir, et le Père Béchara était toujours au confessionnal : il n’était sorti de l’église ni pour dîner, ni pour boire un verre d’eau, ni pour se reposer » (Père Constantin Bacha).
Le second trait est son souci des pauvres et l’aide qu’il leur apportait. « Déjà auparavant, il se privait souvent de certains aliments pour les donner au premier pauvre qu’il rencontrait. Mais pendant les années de guerre (1914-1918), il s’imposa à ce sujet une règle dont il ne s’écarta jamais : il donnait aux pauvres la plus grande partie du pain qu’on lui donnait pour sa subsistance (…). Cela dura plusieurs années, si bien que la faim l’épuisa, que son corps s’amaigrit beaucoup et que son teint changea (…). Arrivé à ce point, sans en rien dire à personne, le Père Mélèce Khoury (…) fit venir pour lui le docteur Soleiman Machaqa, pour l’examiner et lui prescrire le traitement qui convenait. Après l’avoir examiné, le médecin déclara qu’il souffrait de la maladie de la faim, et qu’il n’y avait pas d’autre remède que de manger suffisamment » (Père Constantin Bacha).
En un mot, le Père Béchara fut, tout au long de son ministère sacerdotal, un homme qui se laissait « manger ». À force de peine, de labeur, de travail et de prière, ses forces commencèrent à décliner, ses yeux à s’éteindre, et des crises cardiaques le frappaient de temps à autre. On le transféra donc de Deir el-Qamar à Saïda le 4 décembre 1922 ; il avait alors soixante-neuf ans. Le but de ce transfert était d’alléger ses déplacements et de prendre soin de sa santé, dans l’espoir que le climat doux de la côte serait plus clément pour sa vieillesse que le froid de la montagne. À Saïda, le combattant ne se reposa pas et ne se soucia pas du poids des années : il continua à lutter, jeûnant, priant, servant, prêchant et confessant, surtout les élèves des écoles et les confréries de la région. Sur cette période, Mgr Augustin Boustany, évêque maronite de Saïda, donne un précieux témoignage : « Le poids des années n’affaiblissait pas sa détermination sur ce chemin difficile ; au contraire, nous le voyions dans cette dernière période de sa vie plus actif et plus résolu, comme le soldat courageux qui voit briller devant lui l’aube du jour de la victoire et redouble d’audace pour affronter les dangers, sachant que sa tête sera bientôt ceinte de la couronne de gloire et de splendeur. Ainsi l’homme de Dieu gravit les degrés de l’amour divin, jusqu’à atteindre le sommet de la montagne de la sainteté, dans une belle vieillesse chargée des plus belles œuvres et parfumée des plus hautes vertus » (Père Constantin Bacha).
Retour au monastère du Saint-Sauveur et repos du combattant
Le 26 février 1923, le Père Béchara fut transféré définitivement au monastère du Saint-Sauveur pour son dernier repos. Il retrouva le monastère dont son âme avait tant la nostalgie. Il l’avait quitté jeune homme, il y revenait vieillard vénérable, la tête couronnée de cheveux blancs et le cœur de la pureté de sa vie. Il choisit dans le monastère une chambre près de l’église, pour rester proche de son divin Bien-Aimé ; il donnait pour prétexte qu’il voulait veiller sur l’huile de la lampe du Saint-Sacrement. Il devint lui-même une lampe vivante, dont l’âme éclairait tous les habitants du monastère et les visiteurs, qui affluaient en grand nombre et faisaient de sa chambre un lieu de pèlerinage, de prière et de bénédiction. En effet, le Père Béchara avait gagné le respect de tous, non seulement des chrétiens, mais aussi des musulmans et des druzes, qui ne manquaient pas de venir voir ce « saint prêtre » pour recevoir sa bénédiction, lui demander son aide et ses prières.
La maladie du Père Béchara s’aggrava et ses forces l’abandonnèrent : « Quand, le 3 février, sa maladie s’aggrava et que de violentes crises se succédèrent, tous ses frères religieux s’inquiétèrent pour lui et ne quittèrent plus sa chambre. Il était alors sur son lit un parfait modèle de belle patience et un spectacle de la piété des saints. Sa chambre devint semblable à une église, où l’on célébrait intégralement l’office aux heures prescrites (…). Malgré sa force d’âme, sa fermeté et sa patience dans la douleur, il dit un jour au Père Antoine Kiwork, qui était seul avec lui dans sa chambre : “Je sens mon cœur comme une flamme de feu.” Le Père lui répondit : “C’est parce que ton cœur brûle de l’amour de Dieu” (…). Et il disait aux Pères du conseil : “Quand je serai mort, gardez-vous d’annoncer ma mort à qui que ce soit, de peur que les gens ne pensent que je suis quelqu’un d’important, alors que je suis le plus grand des pécheurs” » (Père Constantin Bacha).
« Elle coûte aux yeux du Seigneur, la mort de ses fidèles »
Le matin du samedi des défunts, le 22 février 1930, vint l’heure de la rencontre avec son Seigneur : son âme pure et juste s’envola au ciel, au milieu de la tristesse de ses frères religieux et de tous ceux qui l’avaient connu. Les autorités de l’Ordre décidèrent aussitôt qu’il serait enterré, non pas avec les autres moines, mais dans une tombe particulière, en raison de la sainteté de sa vie et de l’héroïcité de ses vertus. On creusa le mur sud de l’église du monastère du Saint-Sauveur, on y déposa son corps, et l’on fixa sur sa tombe une plaque portant cette inscription : « Ici repose, dans l’espérance de la résurrection finale, le serviteur de Dieu le Père Béchara Abou Mourad, salvatorien, modèle de la plus haute vie religieuse et de la plus sublime perfection sacerdotale. »
Depuis lors, sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage pour les fidèles et un recours pour tous ceux qui cherchent de l’aide, et plusieurs guérisons obtenues par l’intercession du Père Béchara ont été consignées dans le registre de la tombe. Convaincues de la sainteté de sa vie, les autorités de l’Ordre ont présenté sa cause à la Congrégation pour les causes des saints, à Rome, afin qu’il soit déclaré vénérable, puis bienheureux et saint, sur les autels de l’Église universelle. Toutes les procédures canoniques nécessaires ont été menées au niveau local, les témoignages recueillis, et un dossier a été constitué et soumis à l’étude des théologiens spécialistes des dicastères compétents du Vatican.
En 2005, l’Ordre salvatorien a célébré le 75ᵉ anniversaire de la mort du Père Béchara, et à cette occasion ses autorités ont décidé de produire un grand film sur sa vie.
« Si ce prêtre persévère dans ces œuvres et triomphe du démon avec cette arme, l’arme de la croix et de la prière, il sera certainement béatifié comme saint. » Ainsi parla un jour du Père Béchara, alors qu’il était encore en vie, Mgr Basile Hajjar, évêque grec-catholique de Saïda et Deir el-Qamar. Ce qu’il disait s’est réalisé : le Père Béchara a vaincu le démon, et l’on attend que l’Église proclame sa sainteté, si Dieu le veut. Quant à nous, nous sommes fiers de lui, un autre saint du Liban, et pour tout le Liban.
Quelques grâces qui lui sont attribuées
– M. Youssef Khalil Abou Safi, né à Saïda en 1903, mort en 2001, racontait en détail sa guérison de la fièvre typhoïde, qui sévissait après la Grande Guerre et avait fait de nombreuses victimes. En 1922, Youssef tomba malade et fut à l’article de la mort. Alors que les médecins avaient perdu tout espoir de le guérir, le Père Béchara entra, comme à son habitude, pour rendre visite au malade ; il le bénit, bénit de l’eau et la lui fit boire, puis bénit une croix et la posa sur sa poitrine. Le malade guérit la nuit même. Le médecin, l’apprenant, dit : « Vraiment, Abouna Béchara est un saint. » Youssef Abou Safi, dans sa vieillesse, était heureux quand un prêtre lui demandait de l’accompagner aux veillées paroissiales, pour parler avec une grande émotion de ce qu’il avait connu du Père Béchara, qu’il avait accompagné dans sa jeunesse à Saïda et au monastère du Saint-Sauveur. Il gardait la croix comme une relique dont il était fier, le plus bel héritage à laisser à ses petits-enfants. À la mort du Père Béchara, c’est lui qui se chargea de préparer sa tombe dans le mur de l’église du monastère du Saint-Sauveur.
– Le 6 mai 1929, après des semaines de sécheresse et de chaleur dans la région de l’Iqlim el-Kharroub, le Père Béchara passa devant le Père général en se rendant à l’église. Après lui avoir baisé la main, comme à son habitude, le Père général lui dit : « Entre, et dis à Jésus de faire tomber la pluie, par pitié pour les enfants. » Il répondit : « Je suis un pécheur, Père général. » Le supérieur lui répondit : « Je ne sais pas ; entre, l’obéissance sanctifie les intentions. » Après une heure de prière, le temps changea, le tonnerre gronda, et une pluie d’une abondance inhabituelle se mit à tomber.
– Près du monastère du Saint-Sauveur se trouve un petit village dont les habitants travaillent sur les terres du monastère ; certaines femmes travaillent au couvent des religieuses. L’une d’elles, nommée Warda Rahhal, lavait le linge des moines. Elle souffrait d’une grave maladie des yeux, qui la faisait cruellement souffrir. Un jour, elle choisit les vêtements du Père Béchara pour les laver, en se disant : « Ce prêtre est un saint, il doit me guérir. » Avec une grande foi, elle prit de l’eau de lavage et s’en lava le visage, et surtout les yeux. Le lendemain, elle était guérie et abandonna tous les médicaments qu’elle avait.
– Un jeune homme de Deir el-Qamar est venu visiter la tombe du Père Béchara et nous a raconté que, lorsque sa mère eut son premier fils, le Père Béchara, alors curé de Deir el-Qamar, vint prier pour la mère et le nouveau-né. Il dit à ma mère : « Que Dieu te bénisse, tu auras sept garçons. » Ma mère s’écria : « Je t’en prie, Abouna, je veux aussi une fille ! » Après un bref silence, il lui répondit : « Accordé, et une fille aussi. » Et le jeune homme poursuivit : « Je suis le septième garçon, et ma petite sœur s’est mariée récemment. Nous tous, à Deir el-Qamar et dans les environs, considérons le Père Béchara comme un prêtre saint, et nous venons recevoir sa bénédiction sur sa tombe. »
– Le 16 décembre 2001, l’économe général de l’Ordre salvatorien passa au Caire (Égypte) pour inspecter les biens de l’Ordre. Il rendit visite à une jeune famille qui avait longuement essayé, avec les médecins, pendant des années, d’avoir des enfants, sans succès. Le prêtre donna à l’épouse une image du Père Béchara qu’il avait dans sa poche et lui demanda de solliciter son intercession auprès de Dieu pour obtenir ce qu’elle désirait. Elle le fit. Quatre mois plus tard, l’économe général revint en Égypte et fut surpris d’apprendre de cette dame l’heureuse nouvelle : elle était enceinte de jumeaux !
– M. Joseph Semaan souffrait d’une vive douleur au dos, qui l’empêchait de porter des charges, de se pencher et de bouger facilement. Après les examens nécessaires, les médecins lui prescrivirent une opération chirurgicale indispensable. Un jour de 1998, lors d’une visite chez des proches, il tomba sur un dépliant du Père Béchara Abou Mourad racontant des miracles obtenus par l’intercession du serviteur de Dieu. Il demanda à sa femme de le lui lire en posant la main sur son dos, et il pria le Père Béchara tout en conduisant. À peine eut-elle fini sa lecture qu’il sentit une flamme brûlante traverser son dos, suivie d’un frisson. Arrivé à la maison, il constata qu’il était guéri : il se penchait normalement, sans aucune douleur. Les examens médicaux montrèrent ensuite qu’il n’avait plus besoin d’aucune opération et qu’il était complètement guéri.
Prier avec « Abouna Béchara »
« Ô Abouna Béchara… ô notre défunt, vieillard très juste, moine fervent, prêtre pieux et vénérable, tu as été bon dans ta vie et dans ta mort. Bienheureux es-tu ! Ne nous oublie pas, notre juste Père ! Intercède pour nous auprès de ton Seigneur. Souviens-toi de ta mère, la congrégation, dans ta haute demeure, et souviens-toi de chacun de tes fils et de tes frères.
Et nous, nous garderons ton souvenir, et nous n’oublierons pas ta présence majestueuse et vénérable, tes beaux cheveux blancs, ton visage rayonnant de la lumière de l’Esprit Saint, ton caractère aimable, ta piété rare, ta dévotion exemplaire, ton recueillement qui attirait, tes conseils doux et touchants, tes paroles suaves, tes prosternations et tes génuflexions, ton jeûne, ta prière et tes larmes, et ta vie remplie des vertus des martyrs, des saints Pères et des ascètes justes et bons.
(…) Tu es resté prisonnier du corps quatre-vingt-deux ans. Envole-toi aujourd’hui vers ton paradis, comme l’oiseau s’envole de sa cage ; jouis de la lumière éternelle et goûte la douceur du bonheur qui demeure, après avoir tant goûté les amertumes de la vie qui passe (…). Demeure au ciel, car tu es demeuré ferme dans la justice et la piété au service du Seigneur sur la terre. Voici qu’il te donne aujourd’hui la plus haute récompense et t’appelle : “C’est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton Seigneur.” »
Extrait de l’éloge funèbre prononcé par le Père Nicolas Abou Hanna, salvatorien, lors des funérailles du Père Béchara dans l’église du monastère du Saint-Sauveur, le 23 février 1930.
Prière pour obtenir la béatification du Père Béchara Abou Mourad
Ô Sauveur généreux, toi qui ne cesses de répandre tes grâces abondantes sur tes prêtres, qui sont ton héritage propre, pour leur sanctification et pour le bien de ton peuple, nous te supplions de daigner glorifier ton fidèle serviteur, le Père Béchara Abou Mourad, qui a marché devant toi dans la perfection religieuse et sacerdotale et t’a servi dans la justice tous les jours de sa vie. Manifeste en lui ta puissance, Seigneur, si tel est ton bon plaisir, afin qu’il brille comme une étoile éclatante dans le ciel de notre Église orientale, resplendissante de la gloire de ses saints, et que tous sachent que la source de la sainteté ne tarit pas dans ta sainte Église. Daigne couronner la tête de ton prêtre fidèle de la couronne des bienheureux, afin que nous puissions le prendre comme modèle de perfection, en imitant ses vertus, et que ton saint nom soit glorifié, Père, Fils et Saint-Esprit. Amen.
Nicolas Nabaa,
évêque de Saïda, Deir el-Qamar et dépendances




