Le fils prodigue
C’est aujourd’hui le quatrième dimanche du Carême : le fils prodigue, celui qui a réclamé sa part de l’héritage de son père et l’a prise.
Selon notre regard humain, les deux fils, l’aîné comme le cadet, ne méritent ni récompense ni dédommagement. Un dieu qui satisferait nos sentiments et nos désirs passionnels les rejetterait tous les deux.
Le cadet mériterait d’être puni pour s’être révolté contre son père, avoir réclamé sa part d’héritage et quitté la maison, parce qu’il ne la sentait plus comme sa maison, le lieu de sa liberté et de sa croissance naturelle ; il est parti aussi loin que possible de la maison, dans un pays lointain.
L’aîné mériterait lui aussi d’être puni, parce qu’il manque d’âme et d’humanité. Il est à la maison comme s’il n’était pas chez lui. Il travaille pour travailler, croyant obtenir la récompense par le seul travail. Il n’y a aucune différence entre lui et un ouvrier salarié.
Les deux, l’aîné et le cadet, représentent la situation religieuse et sociale qui régnait au temps du Christ chez le peuple juif.
Avec le temps, le cœur du peuple s’était éloigné de Dieu ; la mentalité pharisienne rigide l’avait emporté, le peuple était devenu prisonnier de la lettre et avait fabriqué un « dieu » à son image et à sa ressemblance.
D’où des jugements durs et douloureux contre tous ceux qui pensaient autrement ou qui souffraient de certaines difficultés de la vie.
C’est ce « dieu »-là que Jésus a combattu et rejeté chez eux. Contre ce « dieu » sans miséricorde, sans justice et sans amour, Jésus s’est dressé : il a discuté avec eux et s’est opposé à eux.
Il leur a montré, par ses paroles, ses paraboles et ses miracles, que le vrai Dieu est « autre » dans son amour, et non dans la dureté de son cœur ; « autre » dans sa proximité, et non dans la séparation des hommes entre eux ; « autre » dans sa manière d’aborder les réalités de la terre, et non seulement dans l’observance de la lettre qui tue ; « autre » dans sa manière de prier, d’être présent, de regarder, d’agir et d’expliquer la Parole, et non dans l’image d’un juge dur, sans cœur ni sensibilité.
Ce Dieu « autre » est celui que Jésus a révélé à travers toute sa manière de vivre, en leur annonçant et en affirmant : « Voilà le vrai Dieu. »
Il est un Père, et non simplement un dieu au-dessus des nuages. Il aime, il ressent, il habite parmi nous et nous ressemble en tout, excepté le péché.
Parce que ce Dieu est « autre », il avait la capacité d’un amour illimité, loin des passions humaines, pour accueillir les deux fils, le cadet et l’aîné, sans les traiter selon la réaction de la Loi, mais seulement par la force de l’amour.
Voilà l’importance de la parabole du fils prodigue : à travers elle, nous connaissons mieux notre vrai Dieu, que nous avons vu et connu en Jésus… C’est lui, Dieu.
Donne-nous, Seigneur Jésus, la force du repentir, pour arracher de nous les dieux que nous avons fabriqués au fil du temps, et pour t’accueillir, toi, le vrai Dieu, dans l’amour, le pardon
et la vraie vie… Amen.
P. Joseph Abi Aoun




