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Le temps de l’attente

Le temps de l’attente

Homélie pour la fête de la Présentation de Jésus au Temple

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, un seul Dieu. Amen.

Quand Jésus eut quarante jours, Joseph et Marie le portèrent et montèrent avec lui à Jérusalem pour accomplir la Loi, selon laquelle tout premier-né est consacré à Dieu (« il sera appelé saint pour le Seigneur »), et pour offrir un sacrifice pour lui (un peu comme nos vœux chez nous), selon la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.
Cette fête a une icône qu’on appelle l’icône de la Rencontre, parce que cette fête est aussi la fête de la Rencontre : la rencontre du vieillard Syméon avec l’enfant Jésus. Malheureusement, cette icône n’aura pas sa place dans notre projet actuel d’icônes. Si Dieu le veut, à l’avenir, moi ou celui qui viendra après moi ferons un projet supplémentaire qui comprendra aussi quelques icônes importantes.
Lorsque Syméon porta Jésus dans ses bras, deux temps prirent fin : le temps du Temple et le temps de l’attente.
Le premier temps qui prit fin fut celui du Temple de Salomon. Ce Temple était le plus important des lieux saints pour les Juifs. On l’appelait le Premier Temple, ou la Maison sainte, en hébreu Beit HaMikdash, c’est-à-dire la Maison du Sanctuaire. Le roi Salomon le bâtit et y plaça l’Arche d’alliance, qui contenait les tables des commandements que Dieu avait données à Moïse. Nabuchodonosor II le détruisit après le siège de Jérusalem en 587 avant Jésus-Christ. Le Second Temple fut bâti au même endroit en 516 avant Jésus-Christ, considérablement agrandi à partir de 19 avant Jésus-Christ, puis finalement détruit par les Romains en l’an 70. Le Dôme du Rocher fut construit sur le site en 691. Et les conflits autour de ce lieu, vous les connaissez tous, et vous savez combien ils sont graves.

Quand le vieillard Syméon porta Jésus dans ses bras au Temple, il n’y eut plus besoin du Temple de Salomon, car le Christ Sauveur était apparu, et c’est lui le vrai Temple. Le Christ est le Temple où l’homme rencontre Dieu. « Celui qui m’a vu a vu le Père », dit Jésus. « Le Père et moi, nous sommes UN. » Et ailleurs il dit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » (Jean 2, 19). Et ailleurs encore : « L’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père… Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité » (Jean 4, 21-23).
Le vieillard Syméon saisit cette vérité et proclama que l’enfant qu’il tenait dans ses bras était le Sauveur, le Messie attendu : « Car mes yeux ont vu le salut… lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »
Et lorsque Syméon porta Jésus dans ses bras, un autre temps prit fin : le temps de l’attente.
Selon la tradition de certaines Églises, Syméon était l’un des soixante-dix savants à qui le roi Ptolémée II demanda de traduire les Écritures de l’hébreu en grec, vers 250 avant Jésus-Christ. Quand Syméon arriva au verset 14 du chapitre 7 du livre d’Isaïe, il hésita et douta de la virginité. Le verset dit : « C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel. » Syméon eut peur de traduire le mot « vierge » (hè parthénos) et que le roi se moque de lui ; il voulut le remplacer par le mot « jeune fille ». Le doute semble être entré en lui, et il se demanda : « Comment une vierge peut-elle concevoir et enfanter ? » Au milieu de ce combat intérieur entre sa confiance dans l’Écriture et sa fidélité de traducteur d’une part, et l’impossibilité de la chose d’autre part, l’Esprit Saint lui révéla (comme le dit l’Évangile de Luc) qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu cet Emmanuel né d’une vierge. Syméon vécut, dit-on, près de trois cents ans. Devenu vieux, il perdit la vue, mais lorsqu’il porta le Seigneur Christ dans ses bras, il recouvra la vue. Et il chanta, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »
Au moment de la rencontre de Syméon avec Jésus, son temps d’attente prit fin. Et l’attente est plus dure que la mort. L’attente nous étouffe tous. Nous attendons tous quelque chose. Le petit court pour grandir, et le grand voudrait redevenir petit. Personne n’est content de son présent, par peur de ce qui vient. L’attente nous vole notre joie et nous rend étrangers à nous-mêmes. Même si le présent est beau, il devient amer, parce que le souci du lendemain se change en angoisse. Voilà le secret et la cause de notre bonheur perdu : nous ne savons pas attendre. Nous passons notre vie à attendre, sans savoir ce qui nous attend ni ce que nous attendons. L’enfance attend la jeunesse, la jeunesse attend la réussite, l’âge mûr attend le repos, et la vieillesse est la plus dure et la plus longue des attentes. Plus la vie est remplie d’attente triste, d’attente passive, d’attente amère, plus la vie est courte et plus nos jours raccourcissent. Si tu veux une vie pleine, longue même si ses années sont peu nombreuses, tu dois apprendre le sens de l’attente positive et le sens de la joie. Si tu comprends l’attente et que tu en vis la beauté, tu trouves la clé du bonheur. L’attente n’est plus difficile quand tu goûtes déjà à l’avance la saveur de la rencontre.
Syméon dit : « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser partir ton serviteur… » Laisser partir, libérer : c’est un mot que l’on dit d’un prisonnier, d’un captif, d’un otage. Et peut-être cela s’applique-t-il dans une large mesure à nous tous. Nous sommes tous des captifs qui attendent que s’ouvrent devant nous les portes de la délivrance. Peut-être la différence entre nous et Syméon, c’est qu’il savait ce qu’il attendait.

Il était prisonnier d’une promesse divine, et la prison de Dieu a pour barreaux une douce brise. La rencontre avec Dieu, si elle ne nous libère pas et ne nous affranchit pas, n’est qu’une illusion. Attends avec foi, car Dieu ne revient pas sur sa promesse. Pourquoi se presser ? Tôt ou tard, aussi tard qu’il soit, l’heure finira par sonner. Sois Syméon, et ne meurs pas avant d’avoir porté Dieu dans tes bras, c’est-à-dire dans ton cœur, ta pensée, ta parole et ta conscience. Sois Syméon, et ne meurs pas avant que tes yeux aient vu le salut en Jésus-Christ, et avant d’avoir vu la lumière se lever dans tes recoins obscurs. Ne laisse pas le vide te tuer. Que ton attente soit celle de Syméon, dans un temple de prière, de sainteté, de confiance et d’abandon. Syméon, par la foi, rencontrait Jésus chaque jour. Il n’avait pas de vide : le désir remplissait son cœur. Il ne s’est pas lassé, ne s’est pas découragé, n’a pas désespéré ni renié sa foi ; au contraire, il a persévéré dans l’espérance.
Nous aujourd’hui, nous pouvons rencontrer Jésus plus encore que Syméon : par la foi. Notre rencontre avec lui s’est faite au baptême, et elle se fait chaque fois que nous recevons son Corps et son Sang. Notre rencontre avec Jésus se réalise quand nous vivons selon sa volonté et que notre conscience est pure et libre de toute rancune. Alors l’entrée du Seigneur au Temple devient son entrée dans chacun de nos cœurs, pour qu’ils deviennent à leur tour des temples de Dieu.

Homélie de Mgr Ibrahim Ibrahim

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