Comment pourront-ils semer la paix en Syrie et en Irak, alors qu’à Washington il y a des quartiers où la police ne peut pas entrer ???
Homélie du dernier dimanche de l’année 2015
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Dans quelques jours, nous dirons au revoir à l’année 2015, pleine de bienfaits, et nous en rendons grâce à Dieu, ainsi que pour toutes les grâces qu’il nous a accordées. Sa Sainteté le pape François, qui a proclamé l’année de la miséricorde, ne veut évidemment pas dire que 2015 n’était pas une année de miséricorde. L’ouverture de l’année de la miséricorde en 2015 nous rappelle peut-être que la miséricorde de notre Seigneur n’a de limites ni dans le temps ni dans l’espace : Dieu ne reçoit pas d’ordres des hommes, même sous forme de prière. Mais devant les nombreuses tragédies du monde, Sa Sainteté a voulu augmenter la dose de miséricorde, non pas dans le cœur de Dieu, mais dans le cœur des hommes : dans mon cœur, dans le tien, dans le cœur de chacun de nous. Car Hérode, qui a ordonné le massacre des enfants comme nous l’avons entendu dans l’Évangile d’aujourd’hui, continue de nos jours à ordonner le massacre des enfants et des innocents, non par milliers mais par millions, dans le monde entier. Et nous crions de nouveau avec le prophète Jérémie : « Une voix se fait entendre à Rama, des pleurs et une longue plainte : c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus. » L’Hérode d’aujourd’hui s’est incarné dans la volonté de millions de mères qui, par leur décision personnelle, font mourir peut-être des milliards d’embryons par l’avortement. Et aujourd’hui, il y aura aussi un « avortement » des adultes par les lois sur l’euthanasie, qui donnent à une personne le droit de mettre fin à sa vie, ou à une autre personne le droit d’y mettre fin. Quel est le problème du monde aujourd’hui ??? La folie de la guerre a tué de son épée la sagesse de l’homme et son amour de la paix. On crée un ennemi, on l’arme, on l’entraîne, puis on le combat pour que le monde croie qu’il est vraiment dangereux. Bien sûr, grâce à eux, il l’est devenu. On parle d’implanter la démocratie par la force des armes, si bien que la démocratie a besoin d’une révolution contre elle-même pour faire revivre les valeurs sur lesquelles elle a été fondée. Et puis, qui a dit que dans les pays démocratiques la démocratie se porte bien ? À l’ère des écoutes et de la perte de la vie privée, si tu protestes, on te monte un dossier, on t’accuse de collaboration, de trahison ou d’un crime quelconque. La plupart des gens dans le monde libre vivent désormais dans la peur de lois et de systèmes instaurés au nom de la protection de la démocratie. Et quand un enfant est tué injustement dans un pays démocratique, c’est un tollé, alors que des millions d’enfants sont tués sous leurs yeux, et parfois sous leur supervision, par les guerres, la faim, l’avortement, le contrôle des naissances et les maladies.
Quel est le problème du monde aujourd’hui ??? Des États puissants se sont érigés en police des États faibles et ont fait de leurs peuples une proie, bien plus encore que leurs propres dirigeants. Comment pourront-ils semer la paix en Syrie et en Irak, alors qu’à Washington il y a des quartiers où la police ne peut pas entrer ? Ils veulent dépenser des milliards dans des guerres sur la terre des autres, alors que sur leur propre sol des gens meurent de faim au bord des routes, que des millions de personnes n’ont pas l’assurance nécessaire et que les chômeurs se comptent par millions. Des millions de jeunes sont devenus prisonniers de la dépendance, chaque jour de nouveaux foyers sont détruits, et l’homme continue de choisir la haine et de refuser l’amour. L’Hérode du blanchiment d’argent, l’Hérode du culte de l’argent, l’Hérode de la mafia, l’Hérode du trafic de drogue, l’Hérode du trafic d’organes humains, l’Hérode de la corruption politique, l’Hérode du pouvoir, l’Hérode de la chirurgie esthétique et des cosmétiques, l’Hérode de la marginalisation de l’autre, de l’atteinte à sa réputation et du mépris de sa dignité, l’Hérode de la pornographie et de la destruction des valeurs morales, l’Hérode de la mode et de la richesse excessive, l’Hérode de l’envie, de la rancune, de la haine et du divorce, et du mariage entre personnes de même sexe, l’Hérode des abus sur les enfants et les mineurs, l’Hérode de la violence faite aux femmes, et ainsi de suite… une liste sans fin d’Hérodes qui dominent sur nous, sur notre destin, notre présent et notre avenir, bien plus encore que sur notre passé.
Quel est le problème du monde aujourd’hui ??? Nous voyons même des pasteurs exploiter leurs enfants, et des enfants exploiter leurs pasteurs, comme si certains d’entre nous dans l’Église avaient davantage la nostalgie de la gifle et du fouet du Christ que de son Évangile et de son salut. Nous, pasteurs, voulons sentir sur nous l’odeur du troupeau, a dit le grand pape François ; et si seulement nous voyions aussi un troupeau qui porte l’odeur de ses pasteurs !
Le problème du monde aujourd’hui, c’est qu’il a oublié où est la solution, et la solution est simple : remettre la pierre angulaire à sa place, au fondement, et c’est Jésus, l’Évangile de Jésus, le Cœur de Jésus, la Bonne Nouvelle de Jésus, son joug léger, sa croix salvatrice et ses paroles, telles que jamais homme n’en a prononcé. La solution est dans sa miséricorde et dans notre miséricorde les uns envers les autres. La solution, c’est de réveiller la conscience, de nous sacrifier pour la vérité, d’aimer d’abord ceux de notre maison et tous les hommes ; d’élever nos enfants dans l’amour de la paix, le choix de la paix et la construction de la paix, dans le rejet de la violence, de la guerre, des armes, de la loi du plus fort, de la domination et de l’oppression d’autrui. La solution, c’est de reconnaître de nouveau, en paroles et en actes, que l’homme est plus important que le sabbat, que la paix est plus forte que la guerre, que l’enfant est plus important que les animaux de compagnie, que la dignité de l’homme est au-dessus de celle de l’arbre (avec tout mon amour pour les animaux, pour toute la nature et toute la création), et que bâtir l’homme est plus important que bâtir des tours et des gratte-ciel. La solution, c’est de convaincre Noirs et Blancs d’accepter d’être dans la même classe et la même école, dans certains quartiers de New York et d’autres villes américaines, avant de les convaincre d’être dans le même char, le même sous-marin et derrière le même canon. S’ils ne se rencontrent pas pour s’instruire, pourquoi se rencontreraient-ils pour la guerre ?
Ma prière, mon espoir et mon espérance aujourd’hui, en ce dernier dimanche de l’année, c’est qu’un jour Rachel soit consolée et qu’il n’y ait plus d’enfant tué, vendu ou abandonné dans un camp.
Amen.
Mgr Ibrahim Ibrahim, éparque des Melkites catholiques au Canada



