HomeArticles - FrMéditation du deuxième dimanche après la Pentecôte : l'appel des apôtres

Méditation du deuxième dimanche après la Pentecôte : l’appel des apôtres

Méditation du deuxième dimanche après la Pentecôte : l’appel des apôtres

« Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Matthieu 4, 18-23)

Ce passage de l’Évangile raconte le début de la prédication de Jésus. On y voit comment Jésus a appelé des disciples et des collaborateurs pour lancer sa mission. Il les appelle pour fonder avec eux son Église et accomplir par eux son œuvre sur la terre, surtout après son Ascension. C’est pourquoi l’apôtre Paul s’écrie : « Comment croiraient-ils s’ils ne l’ont pas entendu ? Comment entendraient-ils si personne ne proclame ? Comment proclamer sans être envoyé ? » (Romains 10, 14-15)

Ces paroles claires de l’apôtre Paul, et avant elles l’appel des disciples par Jésus, nous poussent à réfléchir et à méditer en profondeur sur quelques questions importantes : qu’est-ce que la vocation, et à qui s’adresse-t-elle ? Comment et où recevons-nous l’appel, ou l’entendons-nous ? Notre vocation à tous est-elle une, ou diverse ? Et enfin, quelle est notre réponse personnelle à toutes ces questions ?

Pour certains, la « vocation » semble être un don particulier que Dieu adresse à un groupe d’« élus », et de plus d’une très grande élévation et sainteté. Deux idées qui nous amènent facilement à penser qu’elle ne nous concerne pas ! Nous voyons alors notre rôle dans l’Église, au mieux, comme l’accomplissement des devoirs qui nous maintiennent dans le rang des pratiquants, ou encore dans le rang de ceux qui encouragent ces élus à accepter l’appel de Dieu.

La vocation est pour tous ! C’est une vérité que nous devons reconnaître. Les paraboles du Seigneur sont claires : celle du semeur, qui sème également sur toutes sortes de terrains, sur le roc comme sur la bonne terre ; celle des invités aux noces et au banquet… elles montrent que l’appel est adressé à tous également.

Le Seigneur Jésus précise : « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus » (Matthieu 22, 14). Cette différence ne vient pas de celui qui appelle (le Seigneur), mais du refus de certains invités de répondre à l’appel de leur Maître. Le Seigneur ne peut pas réserver d’avance des appels différents. La différence existe, mais pas dans l’appel de Dieu : dans la réponse des appelés. Dieu appelle tout le monde, et c’est ce que nous appelons dans l’Église le sacerdoce royal commun. Le jour où nous sommes baptisés et oints du saint chrême, nous déclarons pleinement devant l’Église que nous avons accepté cet appel et que nous sommes devenus « une nation sainte, un sacerdoce royal ». C’est ainsi que l’apôtre Paul s’adresse aux Romains dans sa lettre et les appelle « appelés à être saints » (Romains 1, 7). La vie chrétienne est par nature une vocation, parce qu’elle est vie dans l’Esprit, et l’Esprit nous conduit là où il veut.

L’appel s’adresse à nous et à tous ! Mais beaucoup, souvent, ne le perçoivent pas. Nous percevons l’appel et y prêtons attention quand se produit, à un moment donné, une rencontre face à face entre Dieu et nous, au point qu’à ce moment-là nous ne parlons plus de Dieu à la troisième personne, mais lui disons « Tu ». Nous retrouvons notre vocation oubliée lorsque Dieu, à un moment donné, commence à prendre sa vraie place en nous : nous le connaissons alors dans la grandeur de son mystère et de sa mission, et nous comprenons que nous avons un rôle dans sa mission, parce qu’il a voulu la poser sur nos épaules. Le Seigneur Jésus est « celui qui envoie ». Il a envoyé tous ceux qu’il a rencontrés après sa résurrection. Toutes les apparitions de Jésus ressuscité ont été des rencontres d’envoi.

Reconnaître notre vrai rôle d’« appelés » dans l’Église attend ce moment de prise de conscience. Et c’est ce que signifie le mot « Église » dans la langue d’origine : l’assemblée réunie pour répondre à l’appel du Maître.

Il existe en effet des vocations particulières et directes, que nous connaissons dans l’histoire biblique, comme celle de Paul, que le Seigneur a voulu comme « un instrument de choix pour porter son nom auprès des nations » (Actes 9, 15) ; des vocations singulières de certains prophètes, comme Moïse, Isaïe et Jérémie ; et plus tard de certains saints. Ces vocations confient à ces appelés une mission particulière, à un moment de l’histoire où la providence divine les juge aptes à s’en charger.

Mais l’appel au service et à l’exercice de notre sacerdoce royal est un appel général, que nous recevons dans l’Église, que nous recevons par l’éducation, dont nous prenons conscience dans la catéchèse, et dont nous assumons la responsabilité au moment où nous décidons, et comprenons, que nous ne sommes pas seulement membres de l’Église, mais responsables en elle, sous le regard de Dieu. C’est ainsi que les apôtres ont institué sept diacres quand ils en ont eu besoin : ils les ont choisis parmi ceux qui avaient bonne réputation, sans que ces sept aient reçu un « appel » direct du ciel. Existe-t-il pour un chrétien un appel au service plus fort que de sentir que l’Église a besoin de serviteurs, et que nous avons nous-mêmes besoin de vivre notre foi dans sa plénitude et non à moitié ? Ainsi, dans l’Ancien Testament, les serviteurs du Temple, la tribu de Lévi, se transmettaient la vocation par héritage, et non par des appels divins singuliers.

Quand Dieu nous appelle-t-il ? Étrange question. Dieu nous a déjà appelés, avec tous les autres. La question est plutôt : quand prenons-nous conscience de l’appel de Dieu ? Nous en prenons conscience quand l’esprit de responsabilité nous met en mouvement, quand le besoin de l’Église réveille notre zèle, et quand l’amour de Dieu arrache de nous notre décision et triomphe de toute hésitation.

D’une manière générale, c’est nous qui nous appelons nous-mêmes, au sens où l’appel est gratuit et adressé à tous ; c’est nous qui ne refusons pas l’appel du Maître et qui acceptons son invitation. Il n’y a pas de « choix préalable » ni de sélection : c’est nous qui nous choisissons nous-mêmes, si nous le voulons. Alors nous crions comme Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu », et Dieu n’est plus seulement Dieu, mais « notre Dieu ».

Et si nous sommes tous appelés, nous devons prêter attention à la diversité des dons dans la vocation. Tous sont appelés à être saints et consacrés au Seigneur dans leur sacerdoce royal, mais pour cela il existe plusieurs chemins. L’apôtre Paul énumère les dons variés dans l’unique Corps du Christ : Dieu a établi les uns enseignants, les autres prophètes… tous au service de l’unique Corps. C’est pourquoi, à côté du sacerdoce royal, il y a le sacerdoce ministériel.

Dans le sacerdoce royal, l’homme donne tout son cœur ; dans le sacerdoce ministériel, il donne en plus tout son temps et toute sa vie.

Dans la rencontre d’aujourd’hui avec les premiers disciples, des pêcheurs, le Seigneur leur dit : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Ce qui change en réalité, ce n’est pas le métier, mais le but. C’est pourquoi Jésus prend soin de dire à des pêcheurs de poissons qu’ils deviendront pêcheurs d’hommes. L’accent n’est pas mis sur le métier (ici, la pêche), mais sur le but : les hommes prennent la place des poissons.

Tous les métiers que nous exerçons, nous chrétiens, sont comme des filets. Si nous travaillons pour nous-mêmes, nous sommes pêcheurs de poissons ; mais si nous sommes apôtres dans notre métier et nos œuvres, nous devenons pêcheurs d’hommes. Le but du travail, dans le christianisme, n’est pas seulement de répondre aux besoins et d’assurer la vie, mais d’abord d’être serviteurs et témoins du Seigneur dans nos œuvres.

Tous les travaux sont des filets pour attirer les hommes à Dieu. Et parmi eux, en particulier, le « sacerdoce », un don que nous choisissons et qui est l’un de ces filets. Nous n’avons pas le choix d’être témoins ou non ! Le choix porte sur la manière de rendre témoignage au Seigneur, et sur le travail de toute une vie qui le permet.

Le sacerdoce ministériel occupe une place particulière dans l’Église, en raison de sa nature de filet vivant et solide. Le sacerdoce n’est pas le seul chemin de consécration, mais c’est le premier chemin de la consécration. Il ne faut pas penser que celui qui ne choisit pas le sacerdoce comme service de sa vie n’est pas consacré. Et en même temps, si nous sentons que les chemins de consécration sont multiples et que nous pouvons servir le Seigneur par notre travail, il ne faut pas diminuer l’importance et le caractère unique du sacerdoce comme vie de service. Le choix est libre, et la liberté demande la dignité des enfants de Dieu.

« La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux » (Matthieu 9, 37) : ce verset, avec d’autres, allume en nous le sens de l’engagement à porter la responsabilité du service dans l’Église, non seulement par nos métiers et nos œuvres, ce qui est un service béni, mais aussi en choisissant librement le don particulier, poussés par les besoins de l’Église, les attentes des gens et leur soif de la Parole divine.

L’appel est pour tous, et notre « oui » peut s’exprimer de bien des manières. Pourtant, l’Esprit enflamme parfois des jeunes et des âmes qui veulent, en un instant béni, dire au Maître : « Seigneur, voici que nous avons tout quitté pour te suivre » (Matthieu 19, 27), et répéter les paroles de Pierre : « À qui irions-nous (et que ferions-nous) ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 68).

Amen.

Père Gérard Abi Saab

RELATED ARTICLES

Most Popular