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Homélie sur le Carême

On raconte l’histoire d’un garçon qui s’était disputé avec sa mère. Fâché, il quitte la maison. Il marche, marche, et parcourt une longue distance. Soudain, un grand mur très haut se dresse devant lui. Il était tellement fâché et en colère qu’il se met à crier contre le mur :

« Je te déteste… je te déteste… » Et il entend une voix lui répondre : « Je te déteste, je te déteste. »
Le garçon crie de nouveau, encore plus fort : « Je te déteste, je te déteste… » Et il entend encore : « Je te déteste, je te déteste. »
Il rentre tout triste chez sa mère et lui dit : « Non seulement je suis fâché et malheureux à la maison, mais en plus il y a quelqu’un au bout de la forêt qui me déteste. » Sa mère s’étonne : qui donc peut détester son petit garçon ? Elle lui dit : « Emmène-moi chez lui. » Arrivés au mur, il se met à crier : « Je te déteste… je te déteste… » Et il entend de nouveau : « Je te déteste, je te déteste. » Sa mère lui dit : « Mon chéri, crie-lui plutôt : je t’aime… je t’aime. » Le garçon crie, et la réponse revient : « Je t’aime, je t’aime. »
Mes chers amis, hier nous avons vu comment la retraite de Carême nous invite à être témoins de l’Eucharistie.
Aujourd’hui, vendredi, comme nous l’avons vu, nous avons célébré le chemin de croix, et nous terminerons la messe par la procession de la Croix. Comment pouvons-nous être témoins de la Croix ? De la Croix qui, malgré tout, chaque fois que je viens à elle, me dit : « Je t’aime… je t’aime. »
Nous allons voir des visages difficiles de la Croix, à travers quelques étapes que Jésus a traversées avant d’arriver au Golgotha et d’être crucifié, et nous allons les lire à la lumière de notre vie.

1 – Après que Jésus eut été arrêté par la troupe des gardes du Temple, trahi par le baiser de Judas, et conduit chez les grands prêtres, nous voyons ces mêmes gardes se moquer de lui et le frapper ; ils lui voilent le visage et lui demandent : « Fais le prophète ! Qui est-ce qui t’a frappé ? » Et l’Évangile continue, de façon très tragique : « Et ils proféraient contre lui beaucoup d’autres blasphèmes. » Et Jésus se tait… un silence qui voit, qui entend, qui souffre, qui aime et qui pardonne.
C’est un visage fort de la Croix, qui passe souvent dans notre vie et nous gifle violemment, au visage et à la tête : quand nous recevons des blessures de bien des côtés, et surtout de ceux qui devraient être les plus proches. Naissent alors en nous la peine, la colère, les larmes et l’amertume… Nous ne pouvons pas toujours parler. Nous gardons tout dans notre cœur. Et nous nous demandons, et nous lui demandons : pourquoi c’est arrivé ? Pourquoi suis-je toujours blessé ? Qu’ai-je fait ? Pourquoi toujours moi ? Moi qui ai fait du bien à ces gens-là et à d’autres : pourquoi m’ont-ils fait du mal ?
La réponse : il y a quelqu’un de l’autre côté, qui porte la Croix et qui me dit : « Moi aussi, il m’est arrivé la même chose… et je t’aime. Continue à m’aimer et avance. »

2 – Quand les grands prêtres étaient chez Pilate pour le convaincre de condamner Jésus à mourir sur la croix, ils se mirent à l’accuser devant lui de choses fausses, qui ne méritaient pas une telle condamnation. Pilate leur dit : « Je ne trouve en cet homme aucun motif de condamnation. » Et eux insistent pour qu’il meure.
La calomnie… une croix qui fait mal, qui blesse au plus profond. Combien de gens ont perdu leur vie et leur bonheur à cause de calomnies ! Et plus dur encore, la médisance, c’est-à-dire tuer la réputation d’autrui, à tort ou à raison. Vous connaissez l’histoire de cette dame qui vint se confesser au curé : « Mon Père, j’ai dit du mal de quelqu’un de la paroisse. » Le curé lui dit : « Pas de problème. Avant de vous donner l’absolution, prenez une poule, tuez-la et répandez ses plumes sur le chemin en venant chez moi. » Une fois arrivée chez le curé, elle lui dit qu’elle avait fait ce qu’il avait demandé, et lui demanda l’absolution. Il lui dit : « Encore une petite chose : allez ramasser toutes ces plumes et revenez me voir. » « Mais mon Père, elles se sont envolées partout dans le village ! » Il lui dit : « Eh bien, la réputation de cette personne est maintenant sur toutes les lèvres : comment pouvez-vous lui rendre sa dignité ?! »
Jésus aussi est de l’autre côté de la Croix, et il me dit : « Je t’aime… et avance. »

3 – L’évangéliste dit qu’après tout ce débat, « Pilate livra Jésus à leur bon plaisir ».
Cette phrase est terrible, mes chers amis : « à leur bon plaisir ». Que de souffrance, de douleur et d’injustice, psychologique avant d’être physique ! Que veut dire « à leur bon plaisir » ? Qu’ils disposent de lui selon la volonté de leur haine, de leur jalousie, de leur intransigeance, de leur détestation, de leur égoïsme et du littéralisme de leur loi… Pilate a livré Jésus à la volonté de leurs instincts.
Et nous… si nous passons par une telle expérience… il sera aussi de l’autre côté de la Croix et me dira : « Je t’aime… avance. »

4 – L’Évangile nous dit que, tandis qu’ils emmenaient Jésus pour le crucifier, ils virent quelqu’un qui revenait de son travail et qui n’avait rien à voir avec tout ce qui se passait, un certain Simon de Cyrène, et ils l’obligèrent à porter la croix avec Jésus.
Ouf… pourquoi suis-je toujours obligé d’être gentil ? Pourquoi est-ce à moi de m’occuper, de payer, d’accueillir et de me sacrifier ? Pourquoi les autres n’y pensent-ils pas ? Ça suffit, je suis fatigué… je n’en peux plus… c’est trop.
Il y a quelqu’un de l’autre côté de la Croix qui sourit et me dit : « Je t’aime, et avance. »

5 – Enfin, après tout ce qui est arrivé à Jésus – insultes, mépris, flagellation, couronne d’épines enfoncée dans sa tête, clous dans ses mains et ses pieds, soif, isolement, solitude, puis la mort –, le centurion, qui avait été témoin de toutes les étapes de son « chemin de croix », s’agenouillera et s’écriera du plus profond de lui-même : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »
La Croix, ce sont toutes ces situations, et bien d’autres situations difficiles qui, parfois, n’ont ni solution ni réponse. Mais il y a certainement quelqu’un, debout de l’autre côté, qui me dit : « Je t’aime. »
N’oublions pas, pour finir, que la Croix, c’est un sourire, c’est un consentement, c’est une conviction, c’est une ambition, c’est un effort pour changer, c’est la persévérance, c’est l’attention, c’est la communication ; c’est continuer à aimer, à prier, à partager et à rire malgré tout… et s’agenouiller en silence devant lui en essayant de dire comme lui : « Père, pardonne-leur… parce que je t’aime. »

P. Joseph Abi Aoun

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