Le « jeudi des ivrognes » : est-ce une tradition de l’Église ?
Le jeudi « des ivrognes » (Khamis al-Sakara) est une idée et une tradition païennes, en prélude à l’entrée dans le jeûne chrétien. Lorsque le paganisme est entré dans l’Église, surtout dans l’Empire de Constantin, des usages et des traditions qui n’étaient pas les leurs se sont imprimés chez les chrétiens. Quand le christianisme est devenu, avec Constantin, religion et État, « tout et n’importe quoi » y est entré, dont le jeudi « des ivrognes ».
Selon cette coutume, à l’approche du Carême, on invitait les fidèles à manger de la viande, puis à finir tous les laitages et le fromage, et à s’enivrer avant de commencer sérieusement le jeûne de l’Église.
Le mot « jeudi du souvenir » (dhakara) n’existe pas : c’est une expression inexacte. L’Église n’est pas contre les réunions de famille dans la joie, à condition que les coutumes ne soient pas exagérées jusqu’à l’ivresse et l’oubli de soi : « le vin qui réjouit le cœur de l’homme, l’huile qui adoucit son visage, et le pain qui fortifie le cœur de l’homme » (Psaume 103 [104], 15).
Loin des coutumes païennes, le sens du jeûne est d’affirmer que mon attachement au Seigneur est plus fort que mon attachement à toute autre chose. L’Écriture dit aussi : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matthieu 4, 4).
Avant le début du jeûne, l’Église maronite a consacré la septième semaine après l’Épiphanie aux « fidèles défunts », pour tous ceux qui nous ont quittés pour l’autre vie, et pour nos prières et nos supplications afin qu’ils reposent éternellement, pour tout le service qu’ils nous ont rendu quand nous étions petits et pour tout ce qu’ils ont souffert avec nous dans cette vie passagère. Que Dieu les accueille dans sa vaste miséricorde. Nous, chrétiens, n’accueillons pas le jeûne par l’ivresse, car cela n’est pas acceptable pour l’Église ; la spiritualité du jeûne nous demande de l’accueillir par la pénitence, la prière et un cœur contrit.
Amen.
Préparé par l’abbé Milad Salloum





