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Ni « jeudi du souvenir » ni « jeudi des ivrognes » dans notre Église grecque-melkite

Ni « jeudi du souvenir » ni « jeudi des ivrognes » aujourd’hui dans notre Église grecque-melkite

Voici l’explication :

Il n’existe ni « jeudi du souvenir » (Khamis al-Dhakara) ni « jeudi des ivrognes » (Khamis al-Sakara), ni ce jeudi qui précède le temps béni du Carême, ni aucun autre jeudi de l’année liturgique, dans notre Église grecque-melkite ou dans la tradition orthodoxe en général. L’idée d’un « jeudi du souvenir » est peut-être venue chez certains comme une tentative malheureuse de supprimer la tradition inventée appelée « jeudi des ivrognes ». Dans notre Église, nous faisons mémoire de tous nos pères et frères défunts depuis les origines deux fois par an : la première fois le samedi qui précède le dimanche du Carnaval (de l’abstinence de viande), appelé aussi dimanche du Jugement, qui est le huitième dimanche avant Pâques (c’est-à-dire dimanche dernier) ; la seconde fois le samedi qui précède immédiatement le dimanche de la Pentecôte. Que cessent donc ceux qui se permettent d’introduire un prétendu « jeudi du souvenir » dans la tradition claire et ancienne de notre Église.
Dans l’Église melkite et l’Église orthodoxe, il y a deux « dimanches de l’abstinence » : celui de la viande (Carnaval), qui tombe le dimanche précédant le dernier dimanche avant le jeûne, puis celui des laitages. Pendant la semaine qui précède le jeûne, appelée semaine de la Tyrophagie, c’est-à-dire entre le dimanche du Carnaval et le dimanche de la Tyrophagie, le mercredi et le vendredi sont comptés comme jours de jeûne, en préparation au saint jeûne de quarante jours. Il n’y a évidemment aucune place entre ces deux jours pour un « jour des ivrognes ». Il est regrettable aussi de voir dans notre Église melkite des explications illogiques qui tentent de justifier l’idée d’un « jeudi du souvenir » quelques jours seulement après le samedi des défunts. Et l’on peut se demander où se trouve le mot « dhakara » dans la langue arabe, alors que nous savons bien que le pluriel de « souvenir » (dhikra) est « tidhkarat ». Quant au mot « ivrognes », que certains associent à un temps saint comme celui du jeûne, il n’est pas à sa place et n’exprime ni de près ni de loin l’intention d’une quelconque Église de fortifier les âmes et de les préparer au temps saint du jeûne. Est-il concevable que l’Église appelle l’une de ses fêtes la fête des ivrognes, des fumeurs ou des joueurs, etc. ? Viendra-t-il des jours où certains lanceront des traditions non moins mauvaises que ces fléaux pour tenter de les légitimer ?
J’ai été frappé par une explication du P. Youssef Mouannès qui éclaire davantage cette question dans l’Église maronite : « Ce jour s’appelle le jeudi de l’abstinence (ni “ivrognes” ni “souvenir”), c’est-à-dire le jeudi où l’on écarte la viande, pour commencer à nous préparer à écarter la viande, car nous allons entrer dans le jeûne. Et ce vendredi est le vendredi de l’abstinence : chaque jour, nous écartons une chose précise, pour que le dimanche nous écartions tout et entrions dans le jeûne. » Et il ajoute : « À l’origine, c’est le jeudi de l’abstinence ; mais comme cette semaine est la semaine des défunts et que nous faisons mémoire de nos morts toute la semaine, le mot “souvenir” a été remplacé par “dhakara“, et les gens se sont perdus. Mais le plus important est que nous allons entrer dans le jeûne et que nous devons nous y préparer, et préparer la fête de la Résurrection. »
Par cette explication, nous comprenons qu’il y a un seul dimanche de l’abstinence dans l’Église maronite, qui fait mémoire des défunts pendant toute la semaine qui précède le jeûne, et que cette semaine entière est aussi la semaine de l’abstinence, qui se conclut par le dimanche de l’abstinence.
Je conclus par de belles paroles de Mgr Georges Khodr, qui expriment aussi ma conviction : « Le chrétien superficiel croit qu’il arrive par des pratiques. C’est le comble de l’illusion. On arrive par l’amour, car il est à la fois le but et le moyen. »

(Mgr Ibrahim Ibrahim)

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