Le Seigneur dit cette parabole : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain.
Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.”
Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !”
Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »
Mes chers frères…
Aujourd’hui, dans notre Église melkite,
dimanche 24 janvier 2021, c’est le dimanche du pharisien et du publicain, le dixième dimanche avant Pâques.
Nous l’appelons aussi le dimanche de l’ouverture du Triode,
qui s’étend sur les dix semaines précédant la fête de Pâques, la glorieuse fête de la Résurrection.
Le temps du Triode, comme je l’ai dit, s’étend sur les dix semaines qui précèdent la célébration de la Résurrection.
Il comprend trois étapes.
La première prépare au jeûne et dure un mois : quatre dimanches
(le dimanche du pharisien et du publicain, puis celui du fils prodigue, puis le dimanche de l’abstinence de viande et le dimanche de l’abstinence de laitages).
La deuxième est le saint Carême de quarante jours, qui s’étend sur cinq dimanches ; puis vient la troisième et dernière étape :
la Semaine sainte, qui s’achève le soir du saint et grand Samedi.
La sainte Église nous propose ce texte de l’Évangile, Luc 18, 10-14, au début du temps du Triode,
pour nous appeler, et insister, au début de notre marche vers la Résurrection, sur l’humilité du publicain, alors que nous méditons aujourd’hui la parabole du pharisien et du publicain.
L’attitude du pharisien nous rappelle la situation de chacun de nous. Nous devons entrer dans le regret et la conversion pour nos péchés.
C’est pourquoi l’Église nous invite à nous préparer à la rencontre du Seigneur,
et pendant la Grande Entrée des dons, à la liturgie, nous chantons :
« Déposons tout souci du monde pour recevoir le Roi de l’univers. »
Cela signifie nous réconcilier avec les autres et leur pardonner,
et ne pas laisser notre pensée et notre cœur s’occuper de quoi que ce soit de contraire à la pensée du Christ ;
ne pas nous juger les uns les autres, mais nous aimer les uns les autres ;
ne pas devenir des juges comme le pharisien, et ne pas avoir d’orgueil spirituel ou matériel.
Tout ce qui se fait par orgueil devient une cause de condamnation.
Dieu n’aime pas le péché et ne s’en réjouit pas, mais il aime l’homme, même pécheur, comme le publicain.
L’humilité est le fondement de la foi et de l’amour chrétien.
Car lorsque nous nous comparons aux autres, nous devons aussi nous comparer à Dieu,
et alors nous devenons humbles.
C’est cette prière qui ouvre nos âmes pour accueillir la grâce et la miséricorde de Dieu.
Deux personnes prient le même Dieu, mais leur connaissance et leur compréhension de ce Dieu diffèrent.
Pour le pharisien, la prière n’a qu’une direction et un seul pôle :
la satisfaction de soi, la sécurité, et la conviction d’être le seul justifié et le préféré.
Nous faisons souvent comme ce pharisien :
untel détourne de l’argent… untel a une liaison avec la femme d’untel… unetelle est mêlée à…
Le cœur n’a pas de repos, à cause de l’autojustification et du jugement porté sur l’autre.
Pour lui, la sainteté consiste dans l’image satisfaisante qu’il a de lui-même, selon les règles qu’il s’est fixées et selon les rites religieux
(la dîme, la prière, le jeûne).
Lui seul serait l’image de l’amour de Dieu pour l’homme.
Il doit rabaisser les autres pour se justifier
(« Je te rends grâce parce que je ne suis pas comme ce… »).
Il n’a jamais dit : « Je suis comme… » ou « Je suis avec… ».
Le publicain, lui, n’est pas venu montrer à Dieu combien il est exceptionnel, mais dire à Dieu : « Je suis misérable et pécheur… aie pitié de moi. »
Il n’ose pas lever les yeux au ciel, car au fond de lui il ne se sent pas digne de cet amour divin.
Il ne songe même pas à se comparer aux autres, car il s’est comparé à la bonté de Dieu
et a découvert sa faiblesse.
Seule cette prière nous ouvre le chemin de la paix et nous place directement devant Dieu.
Celui qui s’abaisse sera élevé.
Voilà la croix, la sagesse de la croix, la pensée du Christ que nous sommes appelés à suivre pour devenir des Évangiles ouverts pour tous ceux qui nous entourent. Voilà notre espérance et notre foi.
Je vous souhaite un bon début du temps du Triode.
Déposons toutes nos difficultés devant le Seigneur,
dans l’espérance de contempler sa Résurrection et de ressusciter avec lui.
Amen.
Père Raji (Élie) Saleh – paroisse Notre-Dame-de-l’Annonciation, ouest de Montréal
Éparchie melkite catholique du Canada



